Forêts 24 octobre 2025

L’Université Laval mise sur l’acériculture

Portée par le développement des technologies et une demande accrue, l’industrie des produits de l’érable est en plein essor. L’Université Laval, à Québec, saisit la balle au bond et choisit d’investir le secteur. Ce nouveau virage acéricole se manifestera par l’aménagement d’une érablière-école, l’embauche d’un professeur spécialisé et la création d’une chaire de recherche.

« Depuis quelques années, la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique a des discussions avec les PPAQ [Producteurs et productrices acéricoles du Québec] pour bonifier l’offre d’enseignement et la recherche sur l’acériculture », explique Guillaume Moreau, professeur adjoint à la faculté.

À l’heure actuelle, un seul cours est consacré à l’acériculture dans les différents programmes, indique le professeur Moreau. « C’est un cours qui se donne à distance, parce qu’on n’a pas d’érablière à exploiter », précise-t-il.

L’Université Laval a été « très réceptive » à cette proposition, ajoute le professeur, en plus d’ouvrir le dialogue avec d’autres acteurs de l’industrie.

« À l’heure actuelle, on a besoin de plus de recherche, plaide le professeur. Il y a beaucoup de choses qu’on comprend mal en acériculture. Il y a eu relativement peu de recherches en forêt sur l’importance de l’acériculture, autant culturellement qu’économiquement. C’est une industrie en grande croissance, qui a beaucoup d’importance, et il semble essentiel de comprendre comment aménager les érablières pour en optimiser le potentiel. »

Une érablière-école

Pour pallier ce manque, l’Université Laval a entrepris d’investir une érablière d’enseignement et de recherche à même la forêt de 280 hectares qu’elle détient à Saint-Augustin-de-Desmaures, en banlieue de Québec.

Une érablière qui comptera environ 1 500 entailles dans sa première phase et qui occupera une superficie d’environ six hectares. 

Ce qui va nous intéresser, c’est ce qui se passe dans la forêt, ce qui influence la coulée [des érables], la productivité et la rentabilité en termes d’aménagement des érablières.

Guillaume Moreau

On y construira des stations pour récolter l’eau d’érable. Éventuellement, on pourrait augmenter le nombre d’entailles et, si les conditions sont réunies, y faire bouillir de l’eau. Le sirop d’érable ainsi produit pourrait servir à financer les activités des étudiants de la faculté et à payer l’entretien des infrastructures.

Si les étudiants de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique sont les premiers bénéficiaires de ce nouveau lieu d’apprentissage, l’érablière sera aussi ouverte aux professionnels de l’acériculture et aux ingénieurs forestiers à des fins de formation continue, indique M. Moreau.

Un spécialiste sur les rangs

En parallèle, l’établissement a entrepris cet automne un processus de recrutement afin d’embaucher un professeur spécialisé en acériculture dont le mandat serait de bonifier l’offre de cours en la matière au sein de la faculté. 

« Cette personne pourrait aussi voir au volet formation continue pour le grand public, en plus de développer un programme de laboratoire de recherche dédié à l’acériculture », avance le professeur Moreau.

Une chaire de recherche

Enfin, une chaire de recherche dédiée à l’acériculture et en aménagement des érablières est en voie d’être mise sur pied. 

Les PPAQ et l’Université Laval compteront sur le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, Ressources Naturelles Canada et d’autres partenaires privés et de l’industrie pour développer la chaire.

Celle-ci s’articulera autour de quatre axes, à savoir l’observation des érablières, la modélisation de la dynamique forestière, la mise en œuvre de traitements sylvicoles et de stratégies d’aménagement innovantes, ainsi que la valorisation des produits et l’optimisation des procédés industriels.

On a parlé avec plusieurs acteurs de l’industrie, et on va se pencher, aussi bien dans les forêts publiques que privées, sur la manière d’aménager les lieux pour que les érablières soient en santé, productives et résilientes dans un contexte de changements globaux.

Guillaume Moreau

Cette chaire sera tout de même différente de la Chaire de recherche industrielle sur les technologies acéricoles, lancée à l’Université de Sherbrooke en 2020 et dont le professeur Jean-Michel Lavoie est le titulaire, mentionne M. Moreau.

« Ce sont deux chaires complémentaires. Elles ne seront pas en compétition; au contraire, les deux vont se nourrir mutuellement », précise-t-il.

La majorité des projets de recherche porteront donc sur « des interventions en forêt pour optimiser le rendement », déterminer « quelles forêts sont les plus productives », etc.

« Il y a déjà des initiatives dans ce sens au Québec, poursuit le professeur. Des projets de recherche là-dedans, à l’UQAC et à l’UQO, par exemple. L’idée, c’est d’aller plus loin et d’arriver avec un caractère structurant qui va encourager la collaboration. »

Plaque tournante

En ce sens, la Chaire de recherche sur l’acériculture et l’aménagement des érablières servira de plaque tournante au milieu universitaire, mais aussi à l’industrie acéricole, pour le partage des connaissances et l’amélioration des techniques. « On souhaite structurer la démarche scientifique et s’assurer que les résultats se rendent aux acériculteurs, que les projets de recherche répondent à leurs enjeux et qu’ils concordent avec leurs besoins », renchérit le spécialiste.

« C’est une collaboration et une structuration de l’effort de recherche au Québec pour amener la production de sirop d’érable à un autre niveau, mais aussi pour rendre les forêts plus productives et résilientes », réitère-t-il.