Page conseils 17 octobre 2025

Produire selon nos valeurs : un enjeu stratégique

Le secteur agroalimentaire, c’est notre vie, notre quotidien. Derrière chaque ferme, chaque champ et chaque produit transformé, c’est toute une économie qui prend forme. Au Canada, une personne sur neuf y travaille et l’apport de la filière est évalué à près de 150 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB). Pourtant, malgré ce poids énorme pour nos régions, cela ne représente que 7 % du PIB national. Ces chiffres nous rappellent que l’agriculture est à la fois un pilier économique et un secteur fragile, souvent dépendant de facteurs qui dépassent largement la ferme ou le champ.

Nous sortons d’une pandémie qui a bouleversé les chaînes d’approvisionnement et accéléré une spirale inflationniste. Ajoutons à cela les tensions géopolitiques, comme l’élection présidentielle américaine ou les décisions commerciales de certains pays, et il devient clair que les producteurs doivent faire face à une incertitude permanente. 

Quand les décisions d’ailleurs frappent chez nous

L’exemple du canola est parlant. En imposant des tarifs pour des raisons politiques, la Chine a eu un impact dévastateur sur les producteurs de l’Ouest canadien. L’ensemble de l’activité économique liée à ce secteur, qui génère environ 44 milliards de dollars par année, soit près de 15 % du PIB agricole du pays, dépend à 90 % des exportations. Si la décision touche surtout l’Ouest, elle nous rappelle à quel point nos productions demeurent vulnérables aux décisions prises ailleurs.

Ici, au Québec, les productions sous gestion de l’offre sont, elles aussi, sous pression. Même si elles visent surtout l’approvisionnement du marché intérieur, elles demeurent un symbole irritant pour certains partenaires commerciaux. Aux yeux du président américain, la gestion de l’offre représente une barrière, et il n’est pas exclu que ces productions se retrouvent encore une fois au cœur des négociations lors du prochain traité de libre-échange nord-américain.

Pour nos producteurs, ces enjeux ne sont pas abstraits. Une brèche supplémentaire dans le système de gestion de l’offre aurait des répercussions directes à court terme : perte de revenus stables, affaiblissement de la capacité d’investissement et fragilisation de la relève. Derrière les débats politiques et commerciaux, ce sont des fermes bien réelles qui risquent d’y laisser des plumes.

Produire selon nos valeurs

Face à ces pressions, une question demeure : comment renforcer la résilience de notre agriculture tout en restant fidèles à nos valeurs?

Produire selon nos valeurs, cela signifie conjuguer plusieurs réalités :

  • assurer la productivité et la rentabilité des entreprises;
  • répondre aux attentes sociétales en matière de durabilité, de bien-être animal et de protection de l’environnement;
  • préserver une pluralité de modèles agricoles pour refléter la diversité de notre territoire;
  • garder un tissu agricole vivant qui soutient nos régions.

C’est un équilibre difficile à atteindre, surtout quand le poids des marchés internationaux se fait sentir jusque dans nos fermes. Mais c’est aussi un choix stratégique que nous devons assumer collectivement.

Le rôle des agronomes

Dans ce contexte, les agronomes ont un rôle clé à jouer. Ils accompagnent les producteurs dans l’analyse de leurs pratiques, l’amélioration de la productivité et la mise en place de solutions durables. Que ce soit par l’optimisation des intrants, la diversification des cultures ou le soutien à l’adaptation climatique, leur mission est d’aider les fermes à rester solides et compétitives, même dans un environnement incertain.

Les agronomes ne sont pas là pour dicter une seule voie, mais pour soutenir la diversité des modèles agricoles et travailler main dans la main avec les producteurs. C’est ensemble que nous pouvons trouver l’équilibre entre rentabilité et responsabilité.

Un débat à poursuivre

Toutes ces questions seront au cœur du Congrès de l’Ordre des agronomes du Québec 2025, qui aura lieu les 10 et 11 novembre à Saint-Hyacinthe. J’aurai le privilège de coanimer ces deux journées où agronomes, experts et partenaires du milieu agricole se réuniront pour réfléchir ensemble à l’avenir de notre agriculture. La table est mise pour un échange riche et nécessaire : comment continuer à produire ce que nous voulons, comme nous le voulons, tout en restant fidèles à nos valeurs et en assurant la prospérité de nos fermes?  



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