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S'abonner maintenantS’il y a un stade de la vie auquel personne n’échappe, pas même les agriculteurs, c’est bien celui de la retraite. Pour bon nombre, c’est la liberté. Pour Yvan (prénom fictif), c’est terrifiant. La lettre qu’il nous a envoyée commence par : « Je vous écris parce que je cherche comment y arriver… »
Cinquante-cinq ans, ce n’est quand même pas vieux, mais la machine corporelle d’Yvan est pas mal usée. On pourrait parler d’une usure prématurée en raison d’un mauvais entretien. « J’suis pas bon pour prendre soin de moi. Ma femme le voit, mes enfants le sentent. Ils me le disent : “Tu ne peux pas continuer de même.” Pis pourtant, j’veux continuer. Toujours », écrit-il.
Cependant, même s’il est tout à fait conscient d’avoir dépassé ses limites, de ne plus venir à bout de l’ouvrage, il déclare : « J’suis pas capable d’arrêter. C’est tout ce que je connais, c’est tout ce que je suis. J’vois pas d’autre option. J’ai bâti ça, cette ferme-là, pis j’sais pas comment exister ailleurs. »
Bien entendu, il a déjà envisagé une solution, mais elle entraîne trop de frustrations chez lui. « Engager quelqu’un? J’le sais que ça pourrait m’aider. Mais c’est trop dur. Je n’ai pas le budget ni la patience. Pis la vérité, c’est que c’est lourd pour moi d’avoir à être généreux avec quelqu’un qui a besoin d’être guidé, qui n’est pas autonome rapidement dans le travail. Qui prend des pauses, qui est souvent sur son cell. Bref, qui aura de meilleures conditions de travail que moi. »
Yvan traverse une période de grande turbulence. « Tanné d’être à moitié » à son travail, il sait qu’il est à la croisée des chemins, surtout que son corps lui crie qu’il a atteint sa limite, depuis trois ans. Il n’est pas le seul à vivre ce sentiment d’impuissance, de confusion et de quête d’identité, à l’approche d’un ralentissement ou d’une sortie de l’agriculture. De nombreux producteurs de sa génération, dont toute la vie repose sur la ferme, ont cette impression d’être déboussolés.
Les crises liées aux stades de vie sont un phénomène fréquent. L’arrivée d’un changement de rôle ou d’un nouveau mode de vie peut déclencher une crise identitaire. C’est normal.
Elle se caractérise par des sentiments d’incertitude, de vide, de quête de sens ou d’idéations suicidaires. Si, comme Yvan, vous ne voyez pas comment faire face aux changements devant vous, il est important d’être proactif en ouvrant le dialogue avec vos proches et en consultant un professionnel compétent. Une travailleuse de rang, un travailleur social ou un psychologue offrira un espace pour diminuer ce tumulte, cesser de ruminer et mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur de vous. De plus, il vous transmettra des outils permettant de mieux vous connaître et de traverser cette transition comportant de nombreux deuils, dont les pertes de vos capacités physiques. Vous apprendrez à vous reconstruire, à découvrir de nouveaux intérêts ou même à repenser un modèle d’agriculture qui tiendra compte de vos capacités et de vos valeurs. Il est possible que votre objectif ne soit plus de tirer de plus en plus de bénéfices, mais de profiter de votre environnement dans une agriculture à échelle humaine.
Se reconstruire une vie est possible. Sortir de l’agriculture, un domaine aussi prenant et passionnant, nécessite une préparation particulière. Se pencher sur nos intérêts, nos talents et nos habiletés peut nous aider à remplir autrement le trou dans notre vie. Faire le premier pas, c’est le plus difficile!
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].