Main-d'oeuvre 16 septembre 2025

Gens d’affaires et régions plaident pour les travailleurs étrangers temporaires

« Les dirigeants de PME sont en train de courir un marathon les deux jambes dans le plâtre à cause de la guerre tarifaire et là, les gouvernements rajoutent des haies en avant d’eux avec des restrictions sur le Programme de travailleurs étrangers temporaires. »

C’est avec cette image forte que François Vincent, vice-président québécois de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), a clôturé une conférence de presse, le 16 septembre, à Montréal, au cours de laquelle les grandes associations d’affaires, les chambres de commerce et les municipalités du Québec ont lancé un appel urgent au gouvernement fédéral.

Unanimement, ces organisations demandent « au premier ministre (Mark) Carney d’agir maintenant et de mettre en place un moratoire sur les restrictions au Programme des travailleurs étrangers temporaires, en place depuis septembre 2024 », a appelé Véronique Proulx, présidente et directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Le front commun, qui regroupe également le Conseil du patronat, l’Association de l’hôtellerie et les deux grandes unions municipales (Union des municipalités du Québec et Fédération québécoise des municipalités), demande également une clause de droits acquis pour permettre aux travailleurs étrangers temporaires déjà ici de renouveler leurs permis.

« L’enjeu numéro un »

Ces travailleurs sont « essentiels pour tous les secteurs économiques, dans toutes les régions », a fait valoir Mme Proulx, soulignant que sur le terrain « les travailleurs étrangers temporaires demeurent la priorité, l’enjeu numéro un, de nos petites et moyennes entreprises à travers le Québec, avant même la guerre tarifaire ».

La propension des gouvernements tant provincial que fédéral de blâmer l’immigration pour tous les maux est à l’origine des restrictions imposées l’an dernier, que le gouvernement Legault, à Québec, regrette déjà. Même l’augmentation du chômage chez les jeunes ne justifie pas de restreindre le nombre de travailleurs étrangers, et ce, pour au moins deux raisons : d’abord le nombre de départs à la retraite atteindra 1,4 million d’ici dix ans et déjà, 115 000 postes disponibles ne trouvent pas preneur; ensuite, il n’y a pas d’alignement entre les jeunes diplômés en recherche d’emploi et les postes disponibles, ni entre le lieu où ils se trouvent et les régions en pénurie, où les taux de chômage peuvent varier de 3,6 % à 8,9 % d’une région à l’autre. 

Daye Diallo, vice-président du Conseil du patronat, dénonce également le mythe entretenu par certains discours, soulignant que ces travailleurs étrangers temporaires ne représentent que 1,5 % des travailleurs québécois. « Ce n’est pas un afflux massif de personnes. Ce sont vraiment des gens qui sont là parce qu’il y a des besoins très clairs », notamment du côté des services sociaux et de la construction. Aussi, un autre mythe qu’il déboulonne, c’est qu’on ne parle pas seulement d’emplois d’entrée dans le domaine agricole ou hôtelier. Il y a aussi des professeurs d’université, des ingénieurs spécialisés en aéronautique, des techniciens spécialisés dont l’expertise répond à des besoins plus grands que ce que le marché peut fournir.

Les régions durement affectées

« La moitié des PME québécoises voient leur production et leurs ventes freinées à cause des pénuries de main-d’œuvre », affirme François Vincent. Les sondages menés par la FCEI, précise-t-il, montrent que 90 % des PME qui utilisent le Programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET) vont devoir les renvoyer lorsque leurs permis viendront à échéance et ne seront pas capables de trouver de la main-d’œuvre locale pour les remplacer. Pire encore, « selon nos données, ce sont 18 % des PME qui ont recours au PTET qui se disent à risque de fermer ».

Ce sont les régions qui vont souffrir le plus, font valoir les gens d’affaires et élus municipaux, car environ 80 % de ces travailleurs étrangers travaillent à l’extérieur de Montréal. Les représentants n’étaient pas en mesure de chiffrer l’impact à l’échelle du Québec, mais Daye Diallo avait au moins un exemple à donner aux journalistes : « Au Saguenay, une étude de Promotion Saguenay montre qu’il y a environ 30 millions $ de perdus déjà en contrats avec les restrictions qui existent aujourd’hui avec le programme de travailleurs étrangers temporaires. »

Les gouvernements se renvoient la balle

Le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Mascouche, Guillaume Tremblay, affirme que « des entreprises doivent refuser des contrats ou réduire leurs quarts de travail ou leur niveau de service, faute de personnel ».

Nous lançons un appel clair au gouvernement du Canada : écoutez les régions et les municipalités du Québec, reconnaissez les réalités du terrain, agissez!

Guillaume Tremblay

« Malheureusement, depuis des années, les deux gouvernements se renvoient la balle sur la question de l’immigration et c’est vraiment au détriment des entreprises. Aujourd’hui la balle est dans le camp du gouvernement fédéral de prendre ses décisions et de mettre en place sa décision », déclare Véronique Proulx.

Plusieurs de ces dirigeants ont eu des discussions avec le gouvernement Carney, précise-t-elle. « Il y a de l’écoute, on comprend qu’ils ont une sensibilité. Maintenant, pourquoi tardent-ils à agir? C’est très difficile à comprendre. »

Reconnaissant que l’immigration est un sujet complexe et sensible, elle avertit que « l’immigration, ça ne doit pas être politique. Il faut tenir compte des besoins réels des entreprises des régions. » Sa collègue Julie White, présidente-directrice générale de Manufacturiers et exportateurs du Québec, curieusement absente du regroupement, avait été moins diplomate dans une sortie publique la veille, affirmant dans un texte d’opinion que « le gouvernement fédéral se défile et se plie aux considérations électoralistes du chef conservateur, Pierre Poilievre ».


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