Technique 26 août 2025

Veaux : l’art du sevrage

Compton – Eau fraîche, paille moulue, amidon et réduction graduelle du lait sur au moins trois semaines : voilà quatre points centraux à respecter pour un sevrage réussi des veaux. Si la recette paraît simple, son application pose souvent bien des difficultés aux agriculteurs. Le sujet a d’ailleurs été abordé en long et en large, le 31 juillet, à la ferme Breault et Frères de Compton, lors d’une journée thématique organisée par Nutripartenaire à laquelle assistaient près de 140 personnes, manifestement intéressées par le sujet.

900 à 1 000 grammes par jour. C’est le gain moyen quotidien (GMQ) espéré des jeunes veaux pendant leur phase lactée, c’est-à-dire de leur naissance à l’âge de 39 à 49 jours, environ. Le défi suivant, c’est de maintenir le même rythme de GMQ pendant la période de sevrage qui suit, avec comme cible que 95 % des génisses du troupeau atteignent 85 % de leur poids adulte au moment de leur premier vêlage.

Franck Gaudin

Ça, c’est l’idéal type que recommande Franck Gaudin, consultant en nutrition des vaches laitières et de l’amélioration du ratio marge/coût de l’alimentation chez Vision Lait, une firme d’experts-conseils active au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie. « C’est important parce que le poids au premier vêlage dicte le pic de la lactation », avance le spécialiste. Une génisse qui ne fait pas le poids est une vache qui donne moins de lait, précise Franck Gaudin. « Si elles ne font pas le poids, ça signifie qu’elles sont encore en croissance et que ce que le producteur donne en nourriture pour produire du lait est détourné pour assurer leur croissance. » Or, moins de lait égal moins de revenus. Ici, le calcul est simple.

Des vaches qui donnent du lait en première lactation sont rentabilisées plus vite.

Franck Gaudin
Plus d’une centaine de personnes ont assisté à la journée de formation sur la préparation des veaux au sevrage, organisée par Nutripartenaire, à la ferme Breault et frères, à Compton. Photo : Claude Fortin

Bien préparer le veau

Il faut toutefois bien préparer le veau au sevrage pour obtenir les résultats qui précèdent, et améliorer la productivité du troupeau. Pour dire les choses simplement, il faut développer le rumen de l’animal, et, pour ça, le respect de certaines pratiques se révèle fondamental. C’est là que beaucoup de choses se jouent en termes de productivité future et de taux de survie des veaux et que la rigueur et la minutie du producteur font la différence. 

Franck Gaudin identifie quatre phases dans la préparation du veau : la naissance, la lactation, le sevrage et la croissance. Chacune possède ses propres enjeux. Les résultats obtenus dans les trois premières seront déterminants pour la réussite de la quatrième.

Première phase : la naissance

À sa naissance, par exemple, le veau ne possède aucune immunité contre les pathogènes. Il faut d’abord, et très rapidement, renforcer leur système immunitaire en leur administrant du colostrum pasteurisé dans les toutes premières heures de vie, à l’intérieur de six heures, de façon idéale, en raison de la barrière intestinale qui se referme. La moitié de leur capacité d’absorption d’immunoglobulines G (igG) disparaît pendant ce délai.

Le soin accordé aux vaches taries prend, ici, une importance particulière. Ce sont elles qui fournissent le colostrum le plus riche et abordable pour le producteur, puisqu’il le possède déjà. Si l’alimentation de ces vaches correspond à leurs besoins, notamment en ce qui concerne les acides gras et aminés, elles fourniront le colostrum dont le producteur a besoin pour protéger ses veaux. « 22 Brix (la fraction massique de saccharose dans un liquide), c’est 50 igG (un type d’anticorps) par litre. Donc quatre litres, ça fait 200. Aujourd’hui, je ne connais pas de colostrum que vous allez acheter avec 200 igG. C’est habituellement 100 à 150. Donc, la dose d’immunité que vous pouvez transmettre par votre colostrum de la ferme va être beaucoup plus importante et coûter beaucoup moins cher que celui commercialisé », soutient Franck Gaudin.

La gestion des pathogènes au lieu de vêlage s’impose pour sa part de manière presque simultanée. Cette étape, névralgique, contribue à réduire le taux de mortalité des veaux. « Gérer les pathogènes, ce n’est pas facile parce qu’il y en a partout », rappelle le consultant. Il s’agit ici de s’assurer d’une ventilation adéquate et de nettoyer les équipements avec soin. 

L’alimentation des vaches taries se révèle fondamentale pour la production d’un colostrum de qualité. Photo : Gracieuseté d’Agriservice

Deuxième phase : la lactation

Encore une fois, l’hygiène s’impose comme une condition nécessaire à la bonne préparation du veau. « La phase lactée pose parfois des problèmes lorsqu’il manque d’hygiène parce que dans ce cas, le veau peut attraper une diarrhée et en mourir », explique Franck Gaudin. Autre chose importante : augmenter rapidement la distribution de lait, mais pas trop. Elle permet la croissance du veau et donne de la marge de manœuvre au producteur en vue de la préparation au sevrage.

Troisième phase : le sevrage

L’objectif consiste à développer les papilles ruminales des veaux qui commencent à se développer aux alentours de la cinquième semaine. La meilleure façon d’y arriver consiste à réduire de manière progressive la quantité de lait distribué aux veaux et à introduire graduellement des aliments solides, sous forme de moulée, accompagnée d’eau fraîche. L’eau permet la fermentation de la matière sèche ingérée, ce qui favorise le développement du rumen.

Franck Gaudin insiste. La période de sevrage doit se faire sur au moins 21 jours, et parfois un peu plus. « Nous, par exemple, lundi, on est à huit litres, lundi prochain, on sera à six litres, ensuite quatre, et finalement deux litres. Il faut une bonne baisse pour que l’animal mange du concentré », affirme le consultant en nutrition. Il faut impérativement oublier le sevrage en 10 ou 16 jours; ça ne suffit pas. « On a des élevages où on a un GMQ de zéro après le sevrage, parce que les veaux n’ont pas de développement ruminal, illustre le spécialiste. 21 jours, ça marche, si votre aliment est adapté, c’est-à-dire, s’il fermente, s’il contient de l’amidon. Si vous avez trop de fibres, ça va fermenter, mais pas où il faut. Vous vous retrouverez avec des veaux au cul sale. » Le spécialiste recommande par ailleurs d’éviter l’ensilage au cours des quatre premiers mois, sinon six. Même chose pour l’herbe. Quant à la paille : 100 à 150 grammes, et broyée, s’il vous plaît.