Chronique CQPF 13 août 2025

La gesse : une légumineuse prometteuse?

Pour faire face aux changements climatiques qui perturbent la stabilité de la production fourragère, une des meilleures stratégies à adopter à la ferme est de diversifier les sources de fourrages en cultivant des plantes fourragères résilientes dotées d’un bon potentiel de production. 

La gesse (Lathyrus sativus, « grass pea »), connue aussi sous le nom de gesse commune ou de pois carré, est une légumineuse annuelle largement cultivée en Asie du Sud, au Moyen-Orient et dans la région méditerranéenne. Sa forte production mondiale (en moyenne de 1 à 2,5 millions de tonnes/an) lui confère une importance économique dans ces régions, car elle permet d’assurer leur sécurité alimentaire. 

Grâce à son système racinaire profond, la gesse résiste bien au stress hydrique et peut être cultivée sur différents types de sol, y compris ceux de faible fertilité. De surcroît, elle peut survivre dans des conditions hydromorphes, comme dans le cas de sols inondés. En comparaison avec d’autres légumineuses, elle est peu exigeante en fertilisants et en pesticides, puisqu’elle n’est pas sensible aux maladies et aux ravageurs, spécifiquement les insectes.  

Outre ses qualités écologiques, la gesse est dotée de valeurs nutritionnelles élevées pour l’alimentation humaine considérant la richesse de ses graines en protéines, en glucides, en acides gras insaturés, en minéraux et en vitamines des groupes B et E. Sa biomasse est aussi intéressante pour l’alimentation animale sur les plans du rendement et de la valeur nutritive, notamment pour sa richesse en protéines (de 20 % à 30 %) qui dépasse celle de la luzerne (de 15 % à 25 %). Toutefois, il est à mentionner que l’utilisation de la gesse était traditionnellement limitée en raison de sa teneur élevée en toxines, laquelle présentait un risque pour la santé humaine et animale en cas de surconsommation (au moins 30 % de l’alimentation) pendant une longue période. Cependant, le développement de lignées comportant de faibles taux de toxines dans les dernières décennies permet de se protéger de ce risque d’intoxication et de tirer profit de nombreux bénéfices de cette plante.

Le CÉROM et l’Université Laval mènent actuellement des essais aux champs sur leurs sites expérimentaux à Saint-Mathieu-de-Beloeil et à Saint-Augustin-de-Desmaures pour évaluer la performance agronomique de la gesse dans les conditions pédoclimatiques du Québec durant deux saisons de croissance. Ces essais portent sur une vingtaine de lignées en provenance du Centre international de recherche agricole dans les zones arides au Liban. Plusieurs paramètres agronomiques sont à évaluer, notamment le niveau d’établissement de chaque lignée, le niveau de prolifération des mauvaises herbes, la résistance aux maladies et aux ravageurs, le rendement, la qualité et la teneur en toxines des grains ainsi que le rendement et la valeur nutritive de la biomasse aérienne.  

Ce projet est financé par l’entremise du Programme Innovation bioalimentaire 2023-2028, Volet 2 – Recherche appliquée, développement expérimental et adaptation technologique, en vertu du Partenariat canadien pour une agriculture durable, entente conclue entre les gouvernements du Canada et du Québec.