Alimentation 18 juin 2025

Quand l’alimentation des vaches vient tout changer

Sillonnant cette année la région de Chaudière-Appalaches, la Tournée sur les plantes fourragères s’est arrêtée à la Ferme Phylum. Les propriétaires y produisent notamment du foin sec et du foin vert pour leur fromagerie. Sur place, un projet de recherche sur les plantes à biomasse est aussi en cours.

Pour le couple que forment Annie Claessens et Patrick Soucy, l’aventure agricole commence en 2002 lorsqu’ils font l’acquisition d’une terre en friche dans le secteur Saint-Nicolas, à Lévis. Les deux entrepreneurs se lancent d’abord dans la culture bio, puis participent, en 2007-2008, au Concours 10-10 des Producteurs de lait du Québec. Ils achètent alors 30 vaches de race Jersey et fondent leur ferme laitière.    

En 2018 démarrent les travaux de construction de la fromagerie. L’année d’après, la transformation du lait en fromages s’amorce. Aujourd’hui, les ­Claessens-Soucy détiennent 140 têtes au total parmi lesquelles 60 sont en ­lactation. Cet été, compte tenu de la demande accrue en lait pour la fromagerie, une trentaine de vêlages de taures sont attendus, portant à 90 le nombre de vaches traites de juillet à octobre.      

La fromagerie de la Ferme Phylum.
Depuis quelques années, un food-truck permet aux visiteurs de consommer sur place les produits faits à la ferme.

Opter pour le foin sec

« Pour nos fromages affinés de garde à base de lait cru, il nous a fallu, à la ferme, modifier significativement l’alimentation de nos Jersey. Au départ, nous étions forts sur les ensilages de foin et de maïs, mais quand nous avons décidé de nous engager dans la transformation, nous avons dû changer notre façon de penser et accepter que la moyenne annuelle de kilos de lait par vache diminue », note Patrick Soucy.

Pour la fabrication de fromages, les propriétaires de la Ferme Phylum optent pour le foin sec afin d’éviter que ceux-ci ne produisent de l’acide butyrique, ce qui peut se traduire par un mauvais goût ou des gaz susceptibles de provoquer l’explosion des meules. De 9 000 kg, la moyenne de leurs Jersey est passée à environ 6 500 – 6 700 kg. Les composantes du lait, tout comme le rendement fromager, ont toutefois augmenté. 

Amener le pâturage à l’étable

Bon an mal an, le duo transforme sur place 65 % de sa production laitière annuelle et jusqu’à 95 % du volume qu’il obtient pendant la saison estivale. Toujours dans un esprit d’amélioration continue, d’autres changements à l’alimentation des bêtes ont été apportés l’été dernier. Annie Claessens et Patrick Soucy auraient souhaité que leurs vaches aillent au pâturage, mais se sont rabattus sur une autre solution.

Quand il fait chaud, les animaux préfèrent la fraîcheur de l’étable. Nous avons donc amené le pâturage à l’étable! J’ai acheté une faucheuse frontale; je fauche et je presse immédiatement après. L’été passé, je faisais entre quatre et six balles par jour que je mélangeais avec un peu d’ensilage de maïs. Je mettais ça dans mes RTM avec du grain. Pour le fromage, on a vu la différence.

Patrick Soucy

Bonifier la qualité du fourrage

Auparavant, la Ferme Phylum employait surtout une combinaison de mil-luzerne, et ce, dans une proportion de 75-25. Présentement, six plantes fourragères sont utilisées. Il y a eu introduction importante de ray-grass, de brome, de fétuque, de luzerne, d’un peu de ladino et de trèfle. Les rotations s’effectuent aux dix ans. Sur la même parcelle d’environ 15 ha, deux ans d’ensilage de maïs sont aussi produits.   

« Notre mélange de foin sec est composé à 50 % de luzerne, à 30 % de trèfle et à 10 % de fétuque, auxquels sont ajoutés, pour finir, un peu de trèfle et de brome. Le foin vert, c’est le même mélange, mais chaque année, on ressème du ray-grass afin de bonifier la qualité du fourrage en vert », souligne Annie Claessens, qui est aussi chercheuse en plantes fourragères à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).

Des parcelles expérimentales

Sur la centaine d’hectares que cultive le couple, des parcelles expérimentales de plantes à biomasse sont à l’étude. L’objectif de cette initiative consiste à quantifier les impacts de différentes plantes bioénergétiques pérennes herbacées – le panic érigé et l’alpiste roseau – sur les stocks de carbone, mais également sur certains indicateurs de santé du sol en surface. Les parcelles sont en place depuis 12 ans.

« Globalement, à l’égard de la santé du sol – un loam limoneux –, nous avons vu une amélioration de la stabilité des agrégats en surface dans les plantes pérennes dès 2017, que ce soit pour l’alpiste ou pour le panic, résume Émilie Maillard, aussi chercheuse à AAC. Une hausse a en outre été notée pour les concentrations en carbone dans la matière organique particulaire, puis dans la masse microbienne. »  

La Tournée plus populaire que jamais cette année

Organisée par le Pôle – Plantes fourragères du Québec (PFQ), une division du Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF), la 51e Tournée, qui a eu lieu cette année les 28 et 29 mai, a battu un record de participation. Rappelons que le CQPF représente l’ensemble de la filière –, producteurs, enseignants, chercheurs, conseillers, fournisseurs d’intrants –, contribuant à l’évolution du secteur en entier.

« L’événement est devenu une tradition. Les conseillers sélectionnent des fermes qui ont des approches très diversifiées, souvent innovantes en matière de plantes fourragères, relate Cynthia Chicoine, agente de concertation et de communication pour le CQPF. Au-delà du transfert de connaissances, de l’information qu’on vient chercher chez les producteurs, c’est le réseautage qui fait la force de la Tournée. »

Ce printemps, outre la Ferme Phylum, les participants ont visité la ferme Marierre (Lotbinière), la Ferme Bovicole (Lévis), l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement, la Ferme Faucher & Fils (Saint-Éphrem-de-Beauce), la Ferme Bauvreuil (Sainte-Hénédine), la Ferme Jallen (Saint-Anselme) et la Ferme M. & G. L’Heureux (Saint-Henri). Le lieu de la Tournée 2026 n’a pas été déterminé.