À coeur ouvert 20 juin 2025

La fin des classes : concilier ferme et famille

Juin est là et, avec lui, la fin des classes. Les enfants ont compté les jours avant les vacances, rêvant de longues matinées à flâner, de jeux avec les amis et de journées sans devoirs. Toutefois, dans une ferme, l’été ne rime pas avec repos. Bien au contraire. Alors que les cartables se ferment, les journées allongent et la charge de travail aussi. La première coupe de foin bat son plein, les champs réclament toute l’attention et… il faut jongler entre la réalité agricole et la vie de famille.

C’est un défi de tous les jours, particulièrement pour les mamans. Pendant que les enfants dorment encore, il y a déjà mille choses à faire : nourrir les animaux, vérifier les champs, organiser la journée. Dès qu’ils ouvrent les yeux, une autre mission commence. On entend les petits pieds dévaler l’escalier, les premiers « maman, j’ai faim » ou « qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui? » Alors, entre deux tâches agricoles, il faut aussi penser à eux. Préparer le déjeuner, régler une chicane, trouver une activité pour occuper tout ce beau monde durant nos obligations à la ferme.

Les enfants aiment bien donner un coup de main, du moins au début. Ils veulent faire comme les adultes, transporter des seaux d’eau, aider à ramasser les œufs, monter sur le tracteur. Mais leur enthousiasme a parfois ses limites, et rapidement, ils s’impatientent. Ce n’est pas toujours facile de comprendre que papa et maman ne peuvent pas juste « aller jouer » au milieu de la journée, que les tâches ne s’arrêtent pas avec l’arrivée des vacances. Et c’est là que commence l’équilibre fragile : comment leur faire apprécier la vie agricole sans qu’ils aient l’impression d’être toujours coincés entre le travail des adultes?

On essaie des petites astuces. Parfois, on transforme la remorque de foin en aire de jeu, on improvise un pique-nique dans le champ pendant qu’on surveille les cultures, ou on fait semblant de partir à l’aventure en allant voir si les vaches sont toujours là où elles doivent être. Les enfants adorent ces moments, et nous aussi, même si derrière chaque instant partagé, il y a toujours une liste de choses à faire qui nous trotte dans la tête.

Quand ils sont plus jeunes, c’est un autre casse-tête. Impossible de les laisser seuls trop longtemps, alors on s’adapte. Certains jours, ça veut dire porter le petit dernier sur le dos en allant nourrir les animaux, ou installer la poussette à l’ombre d’un hangar pendant qu’on termine une tâche urgente. On fait du mieux qu’on peut, en jonglant avec les besoins de chacun.

Il y a des jours où tout roule, où on a l’impression d’avoir trouvé le bon équilibre. Puis il y en a d’autres où rien ne fonctionne.

Où les enfants sont tannés, où la fatigue nous rattrape, où on se sent coupables de ne pas pouvoir être aussi présentes qu’on le voudrait. Parce qu’au fond, en essayant de tout faire en même temps, on se sent toujours un peu entre deux mondes.

Avec les années, on apprend à lâcher prise. À accepter que la maison ne soit pas toujours impeccable, que les repas soient parfois plus simples, que les enfants passent peut-être un peu plus de temps devant un écran qu’on l’aurait voulu. Et ce n’est pas grave. Parce qu’on leur offre autre chose : une enfance où ils grandissent au grand air, où ils apprennent à observer la nature, à comprendre le rythme des saisons, à apprécier les petites victoires du quotidien.

Un jour, ils se souviendront des soirées passées à regarder le coucher du soleil après une grosse journée de travail, des premières récoltes, des tours de tracteur avec papa ou maman. Ils comprendront que les journées où on jonglait avec mille et une responsabilités, il y avait un amour immense et une volonté de leur offrir le meilleur.