Chronique CQPF 20 juin 2025

L’agroenvironnement part en tournée

Une initiative unique en son genre prend vie dans les municipalités de l’Estrie : l’agroenvironnement part en tournée. Porté par Marie-Pier Landry, agronome au Centre d’initiatives en agriculture de la région de Coaticook (CIARC), et par Julie Duquette, agronome à la Fédération de l’UPA-Estrie, ce projet a un objectif simple, mais ambitieux : rapprocher le monde agricole et le monde municipal autour des enjeux agroenvironnementaux.

Mieux se comprendre pour mieux cohabiter

Producteurs agricoles et élus municipaux partagent un territoire, mais pas toujours les mêmes priorités. L’initiative propose de créer un espace de dialogue, de compréhension mutuelle et de collaboration, afin d’identifier des solutions concrètes qui répondent aux préoccupations de chacun. Il s’agit d’un moment privilégié pour favoriser une cohabitation harmonieuse entre le milieu agricole et municipal. L’approche se veut participative, inclusive et, surtout, tournée vers l’action.

Un format dynamique et collaboratif

Chaque rencontre commence par une présentation animée par deux agronomes aguerries, armées de répartie, d’outils de vulgarisation et prêtes à s’adapter aux discussions amenées par les participants. Ceux-ci sont invités à formuler une préoccupation qu’ils désirent aborder lors de la rencontre. Par la suite, la table est mise pour parler de la réglementation en place et de l’accompagnement que ces entreprises reçoivent de plusieurs intervenants du milieu agricole. Plusieurs pratiques agricoles bien implantées sont très bénéfiques pour l’environnement, mais ne reçoivent pas le crédit qui leur est dû. Par exemple, l’Estrie est une région avec de grandes superficies en prairies et en pâturages, qui limitent énormément le lessivage et séquestrent une quantité considérable de carbone dans le sol. Même les producteurs agricoles présents sont surpris d’apprendre que cette pratique est encore plus efficace qu’une culture annuelle faite selon les principes d’agriculture de conservation. 

Ensuite, place à une séance de codéveloppement entre producteurs et élus : un moment d’échange concret où chacun partage ses réalités, ses défis et des pistes de solution. Les préoccupations des participants sont alors abordées en faisant référence aux objectifs du plan d’agriculture durable du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. La formule permet de rétablir les faits, d’exprimer les besoins de chacun et de donner des outils aux élus pour répondre aux demandes des citoyens en matière d’agroenvironnement.

À terme, 18 événements seront tenus dans les huit MRC de l’Estrie, ainsi que dans la ville de Sherbrooke, d’ici décembre 2026. Les MRC collaborent  pour cibler, dans un effort commun, les municipalités qui accueilleront l’événement.

Ce projet structurant est rendu possible grâce à l’Entente sectorielle de développement bioalimentaire de l’Estrie 2021-2026, qui réunit plusieurs partenaires institutionnels, municipaux et agricoles, dont les MRC, la Ville de Sherbrooke, les ministères concernés et la Fédération de l’UPA de l’Estrie. C’est une initiative qui, espérons-le, sèmera plus que de bonnes idées : un véritable esprit de collaboration pour un territoire à la fois nourricier, viable et respectueux de son environnement.  

Julie Duquette, agr., M. Sc., Fédération de l’UPA-Estrie