À coeur ouvert 13 juin 2025

Travaillons-nous vraiment tous dans le même sens?

« L » est un gentil géant au cœur tendre comme un pouding chômeur, mais capable d’abattre de l’ouvrage comme dix hommes. Toujours disposé à prêter main-forte à qui en a besoin, toujours un projet derrière la tête pour améliorer son entreprise laitière. « L », c’est un battant, un guerrier. Il recherche constamment des solutions, toujours au bénéfice du gain collectif. Ce gars-là, « y’en veut pas de problèmes ». Il veut continuer de cultiver ses terres, traire ses vaches, comme l’ont fait les générations avant lui. Peut-être connaissez-vous un « L » dans votre entourage? Cependant, derrière le grand gaillard souriant dont je vous parle ici se cache un homme épuisé.

Épuisé de lutter contre une ville qui, en apparence, favorise l’agriculture, mais utilise des tactiques déloyales pour le pousser à bout. Épuisé par des visites impromptues pour son chien en liberté… sur sa propre terre. Épuisé de se battre contre ses voisins – des urbains installés en connaissant très bien l’existence de sa ferme, mais qui trouvent toujours le moyen de lui rappeler qu’il dérange. Épuisé d’avoir à résister aux spéculateurs fonciers, qui attendent comme des requins pour mettre la main sur ses terres. Il faut croire que les bonnes terres, c’est parfait pour y mettre du béton. Le monde urbain enclave l’agricole, mais ce sont ceux qui nous nourrissent qui devraient faire de l’agriculture ailleurs, cherchez l’erreur.

Épuisé d’être noyé sous la paperasse. Épuisé de chercher de l’aide auprès des instances qui se disent « là pour l’aider ». On le laisse se démerder tout seul avec ses problèmes. Épuisé de se battre avec son ex-conjointe, parce que oui, l’agriculture et toutes les tensions vécues auront eu raison de son couple. Un « beat de vie » rempli d’avocats, de poursuites et de stress, ça use…

Épuisé de regarder ses finances, car en dépit de ses nombreux efforts et de toutes ses heures de travail, il en est réduit à un niveau qui relève de la survie. 

Comme travailleuse de rang, je ne peux rester silencieuse devant une situation comme celle que vit « L ». Les stratégies d’isolement et de harcèlement doivent être nommées haut et fort, car les conséquences que cela laisse sur un individu et sur son entourage sont trop grandes. Connaissez-vous les déterminants sociaux de la santé physique et mentale? Ce sont les facteurs sociaux, politiques, économiques et environnementaux, présents dans nos milieux de vie et de travail, qui peuvent être favorables ou nuisibles à notre santé. Par exemple, le degré de soutien social dont dispose le producteur, le degré de contrôle qu’il peut avoir sur son travail et le sentiment d’appartenance à sa communauté constituent des facteurs favorisant sa santé. Comme travailleuse de rang, ma mission est d’offrir du soutien et de l’accompagnement aux producteurs en difficulté, de favoriser leur développement optimal en interaction avec leur environnement. Or, pour bien remplir ma mission, encore faudrait-il que cet environnement ne sabote pas mon travail. 

Collectivement, on devrait mettre nos culottes pour favoriser le mieux-être en agriculture et travailler tous ensemble à ce mieux-être. Si nous fermons les yeux sur une situation en agriculture, nous en payons tous le prix. Ce qu’on laisse aller comme situation nous rend tous à risque de la vivre également. 

Naïvement, peut-être, je me dis que nous devrions tous nous unir pour faire front commun. Je lance donc une invitation à tous les décideurs. Pourquoi ne pas inclure davantage les travailleurs de rang dans vos réflexions? Je reconnais que certaines avancées ont eu des résultats très positifs, mais des situations comme celle que vit « L », il y en a de plus en plus. Dans cette ère d’instabilité, je souhaite voir plus de mains tendues, plus d’écoute et, surtout, voir que l’agriculture et le bien-être des gens qui y travaillent sont au cœur des décisions.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]