Alimentation 23 mai 2025

Les fruits et légumes d’ici s’invitent à la table des nouveaux arrivants

Comment faire un joumou haïtien sans giraumon (une sorte de courge) ou le pozole mexicain sans le traditionnel maïs cacahuazintle? Pour les communautés culturelles, recréer les saveurs du pays avec les fruits et légumes d’ici peut représenter un véritable casse-tête. Une ressource est désormais à leur disposition : la plateforme multilingue Bientôt dans votre assiette, qui propose des astuces pour adapter les recettes traditionnelles avec les ­aliments d’ici. 

Portée par le Mouvement J’aime les fruits et légumes, une initiative de ­l’Association québécoise de la distribution de fruits et légumes (AQDFL), cette plateforme aide les nouveaux arrivants à intégrer les produits du terroir québécois dans leurs recettes familiales. Le projet vise également à contrer la dégradation de la santé des immigrants, souvent observée après leur établissement au Québec. 

Une version réinventée de la soupe joumou qui fusionne traditions haïtiennes et courge Butternut pour un plat riche en histoire et en saveurs.

« C’est un phénomène bien documenté, affirme Alison Caron, nutritionniste au Mouvement j’aime les fruits et légumes de l’AQDFL. À leur arrivée, les immigrants sont généralement en bonne santé – ce qui constitue d’ailleurs un critère de sélection pour pouvoir immigrer. Mais avec le temps, leur état se dégrade, en partie à cause de changements alimentaires. » 

Financée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et le ministère de la Santé et des Services sociaux, la plateforme cible particulièrement les familles qui sont au Québec depuis cinq ans ou moins.

Une stratégie adaptée aux réalités culturelles

Pour lancer le projet, l’équipe a d’abord mené des consultations auprès de cinq communautés culturelles (haïtienne, arabe, asiatique, latino-américaine et indienne) afin de cerner leurs besoins spécifiques. 

Javier Munos, chef propriétaire du restaurant Le Roi du Taco et un des ambassadeurs de Bientôt dans votre assiette, présente sa recette de tacos au poisson.

Plutôt que de faire appel à des influenceurs généralistes, elle a aussi privilégié la collaboration avec des ambassadeurs issus de ces communautés. « Ce sont des personnes qui ont vécu l’immigration, qui comprennent les défis quotidiens et qui ont déjà intégré dans leur vie les trucs qu’elles partagent », explique Alison Caron.

Disponible en cinq langues (français, anglais, espagnol, créole et arabe), la plateforme propose des recettes adaptées, mais aussi des conseils pratiques sur la conservation des aliments et des alternatives peu coûteuses.

Les consultations ont révélé plusieurs obstacles insoupçonnés à l’adoption des produits locaux. Parmi eux, la méfiance envers les fruits et légumes surgelés.

Alison Caron

Dans certaines cultures, ces produits sont mal vus, et plusieurs personnes nous ont confié jeter les produits surgelés reçus dans les banques alimentaires parce qu’elles ne savaient pas comment les apprêter.

Alison Caron

Autre barrière : la notion de saisonnalité. « Pour ceux qui viennent de pays où l’offre est plus constante, il peut être difficile de comprendre pourquoi certains aliments ne sont pas disponibles toute l’année », souligne-t-elle. Un outil visuel et interactif a donc été intégré au site afin d’expliquer les cycles de production locale.

Des retombées positives

Lancée depuis à peine six mois, la campagne Bientôt dans votre assiette suscite un enthousiasme qui va au-delà des attentes. « Les retours sont très positifs », se réjouit Alison Caron. En plus de susciter l’engouement du public, la plateforme a reçu un prix DUX en février dernier pour son initiative en communication. 

L’AQDFL réfléchit maintenant à l’avenir de la plateforme. Plusieurs pistes sont sur la table : élargir la campagne à d’autres communautés culturelles, bonifier le site Web avec des outils pédagogiques pour les professeurs en francisation – qui utilisent déjà la plateforme dans leurs cours – ou encore renforcer le lien entre les nouveaux arrivants et les producteurs locaux. « Beaucoup de gens nous ont dit qu’ils aimeraient retrouver ici la relation directe qu’ils avaient avec les producteurs dans leur pays d’origine. C’est une habitude de consommation profondément ancrée chez eux », souligne Alison Caron.