Acériculture 26 mars 2025

Capitaine Sirop, l’homme qui fait couler la sève des érables en ville

Chaque printemps, depuis 20 ans, un personnage singulier arpente les parcs de Montréal, coiffé d’une chaudière ornée d’une feuille d’érable. Armé de chalumeaux et de seaux, il initie les citadins à la récolte de la sève des arbres. Son nom? Capitaine Sirop, incarné par Mario Bonenfant, un documentariste devenu ambassadeur d’un projet baptisé Érablière urbaine visant à raconter l’histoire de l’entaillage, des pratiques ancestrales des peuples autochtones aux méthodes modernes.

Pour ce cinéaste, la passion de l’acériculture est née d’une idée de film documentaire. « J’avais imaginé un scénario où une personne entaillait des arbres dans un parc public, transformant ainsi la vie du quartier », explique-t-il. Rapidement, il s’est heurté aux contraintes du cinéma documentaire, qui exige un financement important. Plutôt que de ranger son idée dans un tiroir, il a plutôt décidé de la vivre pleinement en créant Capitaine Sirop, un personnage qu’il incarne avec humour et détermination. 

Une expérience immersive

L’aventure a débuté en 2005, d’abord dans l’arrondissement Saint-Laurent, avant de s’étendre à d’autres lieux, notamment le parc Molson, dans l’arrondissement de Rosemont, à Montréal, et le parc Dakin, à ville Mont-Royal. Capitaine Sirop anime aussi des activités d’entaillage dans des institutions disposant de vastes terrains boisés, comme l’Université de Montréal et l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost.

Il propose également des ateliers de bouillage de la sève, où les apprentis acériculteurs peuvent observer la réduction progressive de l’eau d’érable et participer à sa transformation en sirop.

L’idée n’est pas de commercialiser, mais de faire vivre une expérience. Voir la sève couler reconnecte les gens à la nature et au cycle des saisons.

Mario Bonenfant aka Capitaine Sirop

Des activités pour le grand public

Aujourd’hui, son projet prend une nouvelle ampleur grâce à un partenariat avec l’organisme Les Fruits défendus, qui organise des récoltes collectives de fruits sur des arbres urbains. Il offre, depuis deux ans, des activités d’entaillage sur le mont Royal tout au long du mois de mars, qui mettent en vedette Capitaine Sirop. Ce projet est mené en collaboration avec l’Unité de développement durable de l’Université de Montréal. 

« Notre association avec Mario Bonenfant s’est formée naturellement, car nous partageons la même vision : sensibiliser et permettre aux citoyens de se réapproprier les arbres en ville », explique Simone Chen, ­coordonnatrice des Fruits défendus.

« Capitaine Sirop apporte une expertise précieuse en matière d’entaillage et de transformation des produits de l’érable, ajoute-t-elle. L’idée est de montrer que la production de sirop d’érable peut être réalisée non ­seulement par l’industrie, mais aussi à une échelle domestique et communautaire. »

Mario Bonenfant voit dans cette évolution une occasion d’assurer la pérennité des activités du projet Érablière urbaine. Si le documentariste n’a jamais concrétisé son projet de film initial, il a peut-être créé quelque chose de plus précieux : une tradition urbaine qui transforme le regard des Montréalais sur leur ­environnement.