À coeur ouvert 14 mars 2025

Un accident, ça arrive vite; Jean-Marc en sait quelque chose

Qui n’a jamais entendu parler des histoires d’accidents de ferme? C’est toujours bouleversant, mais entre entendre parler d’un accident et le vivre, il y a un gouffre. Une seconde d’inattention, un geste automatique, une habitude prise depuis des années, et soudain, tout bascule.

C’est ce qui est arrivé à Jean-Marc, producteur agricole depuis plus de trente ans. Ce matin-là, il devait aller réparer le godet du chargeur. Il s’était levé avant l’aube, comme toujours. Un café avalé en vitesse, une interminable liste mentale de choses à faire durant la journée. Il faisait encore noir lorsqu’il est sorti. La brume s’accrochait aux champs et l’air était frais. Il savait que la journée allait être longue, mais il était habitué.

Le chargeur avait eu un problème la veille. L’attache rapide ne verrouillait plus correctement, ce qui le rendait instable. Une réparation de routine, rien d’extraordinaire. Comme il l’avait fait des centaines de fois, il s’est rendu à la remise, a pris ses outils et s’est mis au travail. Sauf que ce jour-là, il était pressé. Sauf que ce jour-là, il était seul.

Il s’est accroupi sous le chargeur pour inspecter le mécanisme, une clé à molette en main. Il aurait dû s’assurer que tout était bien sécurisé, que les vérins hydrauliques étaient bien bloqués, mais il a voulu aller vite, il n’avait pas de temps à perdre. Il a glissé sa main sous l’attache pour la dégripper, et c’est là que tout a basculé.

Un bruit sec. Un mouvement soudain. Il n’a même pas eu le temps de réagir. En une fraction de seconde, le godet est tombé, et son corps s’est retrouvé écrasé sous le poids de la machine. Un craquement sinistre a résonné dans le silence de la cour. Une douleur fulgurante l’a transpercé. Son souffle s’est coupé net. Il a voulu bouger, mais il était coincé. Une partie de lui savait déjà que c’était grave. Trop grave.

Il a essayé d’appeler à l’aide, mais sa voix s’est brisée dans le froid du matin. Il n’y avait personne à proximité. Il a senti la panique monter en lui, son cœur tambouriner contre ses côtes broyées. Il devait tenir, il devait rester conscient. Le temps s’est étiré, interminable.

C’est son fils qui l’a trouvé. En sortant de la maison, il a vu les outils éparpillés, puis il a compris. Il a couru, a crié son nom, a essayé de dégager ce qu’il pouvait, mais il était impuissant face à l’énorme poids du chargeur. L’appel au 911 a été passé en urgence, les ambulanciers sont arrivés aussi vite que possible, mais chaque minute semblait une éternité.

Quand ils ont enfin réussi à le dégager, Jean-Marc était encore conscient. Son visage était pâle, son corps tremblait de douleur. À l’hôpital, les médecins ont fait tout ce qu’ils ont pu. Mais les dégâts étaient trop importants. Plusieurs côtes fracturées, un bassin brisé, des organes internes touchés. La sentence est tombée : il ne remarcherait plus.

Le choc a été brutal. Lui qui avait toujours vécu debout, arpentant ses champs du matin au soir, devrait désormais apprendre à vivre assis et réapprendre à tout faire autrement.

La ferme qu’il avait bâtie de ses mains, il ne pourrait plus l’exploiter de la même façon. La réalité l’a frappé de plein fouet : tout ça pour une minute d’inattention.

Aujourd’hui, il parle de son accident pour éviter que d’autres connaissent le même sort. Il répète à qui veut l’entendre que la sécurité, ce n’est pas une option, que chaque geste doit être réfléchi, que personne n’est à l’abri, peu importe l’expérience. Parce qu’un accident, ça ne choisit pas son moment. Ça ne prévient pas. Ça arrive vite. Et parfois, ça change une vie à jamais.  


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