À coeur ouvert 31 janvier 2025

Mieux vaut prévenir que mourir

Ce titre est le thème de la présente Semaine de prévention du suicide. Il fait émerger une vague de tristesse en moi. Eh oui, comme un bon nombre de Québécois, je suis endeuillé par suicide. Par cette chronique, je veux démontrer l’importance d’agir en amont pour freiner ce fléau. 

Nous vivons à une époque qui valorise la réussite sociale et le confort matériel. Un pick-up neuf, un spa, une superbe véranda, un gros tracteur et j’en passe…  On aime bien se gâter et bien paraître face à notre entourage. Les agriculteurs et les agricultrices n’échappent pas à cette culture de consommation. Il est normal d’être ambitieux et de vouloir augmenter notre bien-être matériel. Malheureusement et trop souvent, cela vient avec de l’endettement et un stress financier. À des préoccupations financières peuvent s’ajouter des conflits dans l’entreprise familiale qui, eux, peuvent entraîner de la détresse, surtout s’il y a éclatement de la famille ou du couple. 

Dans ma pratique, je remarque une grande fierté des agriculteurs à nommer leurs réalisations professionnelles. Paradoxalement, la pauvreté affective règne en maître dans certaines chaumières.

Assurément, l’héritage transgénérationnel est un facteur important dans la transmission de cette culture. Lorsque l’homme à profil traditionnel est confronté à un drame familial, il a tendance à se replier sur lui-même, à devenir irritable et à ruminer des pensées sombres. Il peut alors devenir à risque suicidaire. Toutefois, je rappelle que le suicide est multifactoriel et que contrairement à la croyance populaire, un individu ne se suicide pas uniquement en raison d’un échec professionnel ou d’une rupture amoureuse. Ces motifs agissent plutôt comme facteurs déclencheurs. Le suicide résulte davantage d’une accumulation de pertes ou de drames auxquels s’ajoutent de fausses croyances (exemple : « Si j’en finis, ma famille n’aura plus de problèmes financiers, donc aura une meilleure vie », etc.).

Je pense que les préjugés ont la « couenne dure ». Récemment, Louis, un ami dont le frère s’est suicidé, déclarait que c’était la seule option pour son frère. À ses yeux, il était malheureux et il n’avait pas « le mental » pour affronter les défis de la vie. Louis aurait peut-être avantage à repenser ses croyances… Comment faire pour déconstruire ces fausses croyances? D’abord, il serait pertinent de reconsidérer cette problématique sous l’angle des déterminants sociaux de la santé. L’agriculteur ne vit pas et ne se construit pas en vase clos. Il subit des influences positives et négatives des différents systèmes (familial, amical, bancaire, de santé, agricole, etc.) autour de lui. 

Ensuite, il faut oser parler du suicide. Faire des campagnes promotionnelles visant à transmettre des facteurs de protection (réseau de soutien, hygiène de vie, accès aux services psychosociaux, etc.). À titre d’exemple, j’ai en tête Alexandre, qui a développé des idées suicidaires après le départ de sa conjointe. Cependant, Alexandre s’est confié à son ami Kevin. Ce dernier l’a écouté, sans le juger. Il lui a dit qu’il ne le laisserait pas tomber. Dans les jours qui ont suivi, Kevin a reconduit Alexandre chez son médecin de famille. Rapidement, l’aide s’est organisée : une travailleuse de rang l’a contacté, sa famille s’est mobilisée, ils lui ont fait sentir qu’il avait de la valeur à leurs yeux.

Par ses actions, Kevin a probablement évité un drame. En partageant avec vous le vécu d’Alexandre et de Kevin, j’ai mis en lumière l’importance de capitaliser sur les liens sociaux. Par davantage d’équilibre entre les heures passées à la ferme et celles avec les gens de votre réseau, vous activerez vos endomorphines, une hormone du bonheur. Vous avez ce pouvoir : prioriser la richesse matérielle ou investir pour diminuer votre pauvreté affective. 

Si vous êtes envahi par des « pensées sombres », mettez de côté votre croyance que demander de l’aide, c’est faible ou honteux. L’aide est plus près de vous que vous ne le pensez : 1-800 appelle ou 450 768-6995 pour de l’aide d’une travailleuse de rang.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]