Grandes cultures 20 janvier 2025

Contrôle des mauvaises herbes : efficacité des cultures de couverture dans les rotations intégrant le chanvre industriel biologique


La gestion des mauvaises herbes est un enjeu majeur dans les systèmes de grandes cultures biologiques intégrant le chanvre industriel (Cannabis sativa ssp. sativa) destiné à la production de grains au Saguenay–Lac-Saint-Jean (SLSJ). Les techniques classiques de lutte contre les mauvaises herbes comme le désherbage mécanique et le faux semis, auxquelles les producteurs ont généralement recours, sont coûteuses et risquent de dégrader la structure du sol. Par contre, l’intégration des cultures de couverture dans ces rotations annuelles peut limiter la présence des mauvaises herbes tout en améliorant la qualité du sol.

Des parcelles de démonstration ont été établies en 2023 dans cinq entreprises de grandes cultures biologiques au SLSJ intégrant le chanvre industriel dans leurs rotations. Sur chaque site, différentes espèces de cultures de couverture – en pur ou en mélange – ont été semées sur trois parcelles, soit en association avec le chanvre ou en dérobée, soit comme engrais verts de pleine saison, et comparées à une parcelle de référence. Les traitements étaient différents d’une entreprise agricole à l’autre en fonction du précédent cultural dans la rotation et des particularités techniques de la ferme. Des données agronomiques (taux de levée et du recouvrement du chanvre, taux du recouvrement et biomasse aérienne des cultures de couverture et des mauvaises herbes) ont été prises au cours de la saison. En 2024, un suivi a été effectué sur chacun de ces sites pour évaluer la présence des mauvaises herbes dans la culture subséquente ainsi que le recouvrement du sol par les résidus des cultures de couverture.

Photo 2. Parcelles d’un mélange de luzerne et trèfle rouge (A1), de mélilot et de ray-grass annuel (A2) et d’avoine, de pois fourrager, de féverole, de radis et de moutarde (A3) en 31 octobre 2023.

Sur un de ces cinq sites, nommé ici site A, deux mélanges de cultures de couverture ont été semés en association avec le chanvre, soit le mélange : A1) luzerne annuelle et trèfle rouge; ou A2) mélilot et ray-grass. Un troisième mélange d’avoine, de pois, de féverole, de radis et de moutarde (A3) a été semé en dérobée après la récolte du chanvre. Une parcelle sans cultures de couverture (A4) a été établie comme un traitement témoin. Au début de la saison, le chanvre avait une levée uniforme dans tous les traitements, avec un taux de recouvrement supérieur à 85 % indiquant une bonne implantation. Le taux moyen de recouvrement du sol par les cultures de couverture, déterminé environ cinq semaines après le semis, était meilleur dans le traitement A1 (8 %) que le traitement A2 (6 %) (Photo 1). La présence des mauvaises herbes était légèrement plus faible dans la parcelle A1 avec un recouvrement de 5 % versus 6 % dans la parcelle A2 et 8 % dans la parcelle témoin. Le chou gras, l’ortie et le radis étaient les espèces de mauvaises herbes les plus dominantes dans ces deux traitements. 

Après la récolte du chanvre, les cultures de couverture en association dans les deux parcelles A1 et A2 ont bien repris leur croissance et ont remarquablement bien étouffé les mauvaises herbes (Photo 2). Le mélange de cultures de couverture semé en dérobée s’est bien établi malgré la courte durée entre la date de semis et le premier gel (Photo 2, A3). En 2024, les trois mélanges de cultures de couverture avaient réduit la prolifération des mauvaises herbes dans la culture principale (blé de printemps) par rapport au traitement témoin, avec un effet plus marquant dans le traitement de cultures de couverture en dérobée A3 (Tableau 1) où la biomasse des mauvaises herbes était la plus faible.

Photo 1. Parcelles d’un mélange de luzerne annuelle et de trèfle rouge (A1), et d’un mélange de mélilot et de ray-grass annuel (A2), au cours de la saison de croissance (4 août 2023).

Sur un deuxième site, nommé site B, quatre traitements de différents mélanges d’engrais verts ont été implantés en 2023, suivis par du chanvre industriel en 2024. Ces traitements consistaient en : B1) un mélange de vesce commune, de pois autrichien, de pois fourrager, de trèfle incarnat, d’avoine ordinaire et de féverole; B2) un mélange de seigle d’automne et de vesce velue; B3) un mélange d’avoine, de ray-grass, de vesce velue et de trèfle blanc, et; B4) même mélange que B1, enfoui à l’automne 2023.

La levée et la répartition des cultures de couverture étaient très différentes d’une parcelle à l’autre. Le mélange B1 a démontré une mauvaise levée et un recouvrement du sol faible et non uniforme, ce qui a laissé de l’espace à la prolifération des mauvaises herbes. La vesce commune semblait l’espèce la plus performante dans ce mélange. Par contre, le mélange B3 a été très bien implanté et a fourni une importante biomasse aérienne, ce qui a permis de bien compétitionner les mauvaises herbes, principalement les crucifères. Le mélange B2 semblait avoir moins d’effet sur le développement des mauvaises herbes que le mélange B3. Il a été remarqué que la vesce velue était plus dominante que le seigle d’automne sur cette parcelle. À l’année suivante, c’est aussi le mélange B3 qui avait considérablement réduit la prolifération des mauvaises herbes par rapport aux autres mélanges d’engrais verts dans la culture du chanvre industriel (Tableau 1). 

Les résultats obtenus en ces deux ans d’essais à la ferme démontrent bien le potentiel de l’utilisation des cultures de couverture pour contrôler les mauvaises herbes dans des rotations de cultures intégrant le chanvre industriel en production biologique, dans les conditions pédoclimatiques du Saguenay–Lac-Saint-Jean.


Ce projet a été financé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation dans le cadre du programme Prime-Vert.  

Collaborateurs du projet :
Marie Bipfubusa, Ph. D., chercheuse en régie des cultures, CÉROM

Audrey Bouchard, agr., conseillère en agroenvironnement, Groupe multiconseil agricole

Denis La France, expert et enseignant en agriculture biologique, CETAB+

Julie Anne Wilkinson, agr., M. Sc., chargée de projets, CETAB+

Alexandra Gagnon, agr., conseillère en gestion, Groupe multiconseil agricole