À coeur ouvert 17 janvier 2025

Être volontaire, ça veut dire quoi? – 1re partie

Comme travailleuses de rang, on présente souvent nos services en mettant l’accent sur trois critères particuliers : nos services sont gratuits, confidentiels et sous une base volontaire. Mais, qu’est-ce que ça veut dire exactement, être volontaire à l’intervention?

Mathieu, producteur maraîcher, vit des difficultés à composer avec le stress. Sa conjointe lui suggère d’appeler Au cœur des familles agricoles (ACFA) pour qu’il puisse entamer un suivi. Mathieu reconnaît que la situation n’est pas idéale pour lui actuellement, mais il souhaite s’en sortir seul, avec ses propres outils. On peut ainsi dire que, pour le moment du moins, Mathieu n’est pas volontaire pour recevoir un soutien de notre part. Lors d’une journée plus difficile, Mathieu et sa conjointe Fanny ont une dispute. Elle lui reproche de ne pas « vouloir s’aider ». Or, Mathieu souhaite sincèrement aller mieux. Il essaie de changer les choses. Il apprécie également pouvoir discuter avec sa conjointe de ce qui le rend anxieux. 

Le fait que Mathieu ne souhaite pas une aide extérieure ne signifie pas qu’il ne fait rien pour améliorer sa situation, et il a tout à fait le droit de prendre les choses à son rythme. Cela dit, si les discussions avec son conjoint deviennent inconfortables pour Fanny, qui se sent de son côté impuissante à lui apporter des réponses satisfaisantes, il est tout à fait légitime pour elle également de mettre sa limite. 

Les semaines passent; le stress de Mathieu est plus élevé et leurs conflits, plus fréquents. Mathieu est devenu plus agressif, impatient. Fanny se sent toujours aussi peu outillée pour l’aider et s’inquiète de plus en plus de la situation. Un matin, Fanny met un ultimatum à Mathieu; il appelle ACFA ou elle le fait elle-même. Elle nomme qu’elle ne peut plus s’inquiéter comme ça pour lui, que c’est elle qui aura besoin d’aide bientôt. Elle lui reflète que sa situation ne s’améliore pas et qu’il est peut-être temps pour lui d’aller chercher une aide professionnelle. 

Certains « Mathieu » nous appellent parce que leur conjointe a fait cheminer leur réflexion; ils nous disent qu’elle a peut-être raison, qu’ils ont tout essayé et qu’ils n’y arrivent pas. Ils souhaitent voir si on peut les aider à aller mieux. D’autres « Mathieu » nous appellent parce qu’ils ont peur que leur conjointe les quitte. Ils le disent d’emblée; ils n’y croient pas et ne voient pas ce qu’on peut faire, mais ils souhaitent montrer leur bonne foi à leur conjointe et éviter un conflit. 

Vous comprendrez que les premiers sont plus volontaires que les seconds, même s’ils ne sont pas encore convaincus des bénéfices. Ils ont réfléchi, pesé le pour et le contre et décidé de donner une chance à une aide extérieure. Les deuxièmes risquent d’arriver avec une attitude plus fermée et d’être moins enclins à partager leur vécu. Croyez-vous que les interventions sont aussi efficaces avec les deux? 

Comme il nous arrive régulièrement d’avoir des références de personnes qui s’inquiètent pour des producteurs, ou des appels de gens sur la forte recommandation de leur entourage, je peux vous garantir que l’on côtoie beaucoup de
« Mathieu ».

Bien sûr, l’idéal est que la personne ait d’elle-même envie de nous parler. Faire quelque chose à reculons est rarement efficace, n’est-ce pas?

Cela dit, il arrive régulièrement que des personnes, au départ réfractaires à un suivi, nous disent combien c’était « moins pire » qu’elles pensaient et que cela les a aidées. 

Si vous êtes un « Mathieu », je vous rassure tout de suite; on n’obligera jamais personne à nous rencontrer, à tolérer une rencontre ou à maintenir un suivi (les exceptions étant en présence d’un risque suicidaire ou homicidaire imminent, où le contexte volontaire peut, et doit, légalement être levé). Cependant, en dépassant vos doutes et vos appréhensions, vous pourriez être surpris du résultat.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]