Actualités 26 septembre 2014

Une bête à bon Dieu…!

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Par Hubert Brochard – Quand on connaît mieux la coccinelle, on comprend bien pourquoi on la surnomme « bête à bon Dieu ». C’est une excellente alliée pour les producteurs agricoles.

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Sur les 3000 espèces de coccinelles recensées dans le monde, environ 90 vivent au Québec. La majorité des coccinelles sont de précieuses amies des agriculteurs. En effet, elles dévorent une foule d’insectes nuisibles, notamment, pucerons, acariens, cochenilles, et même les œufs ainsi que les jeunes larves du doryphore de la pomme de terre et de la pyrale. Quelques exemples de leur plat de sushi quotidien : une douzaine d’œufs de doryphores, ou de 20 à 40 cochenilles, ou encore, de cinq à plus de 250 pucerons, selon l’espèce.

Les champs du Québec accueillent six principales espèces de coccinelles : les coccinelles maculées, à sept points, à quatorze points, asiatiques, convergentes et à bandes transversales.

Colocataire indésirable, chasseuse utile

Oui, c’est bien beau, direz-vous, mais quand elles se réfugient dans nos maisons l’automne et qu’avec les redoux de mars elles se promènent sur la table de la salle à manger, les coccinelles s’avèrent plutôt ennuyeuses. Disons tout de suite que la principale espèce de coccinelle qui squatte ainsi nos demeures fut importée du sud-ouest de l’Asie : c’est la coccinelle asiatique. Lorsqu’elles doivent se trouver un refuge pour hiverner, dans leur lieu d’origine, ces petites bestioles recherchent des lieux secs et en hauteur, de couleur pâle ou reflétant le soleil, par exemple les pans rocheux d’une montagne. En Amérique du Nord, c’est sur les murs éclairés par le soleil en fin de journée, au mois d’octobre, qu’elles se rassemblent. Ensuite, elles se faufilent dans le plus petit interstice. C’est pourquoi on recommande de boucher le moindre trou dans la brique, le béton ou les planches de revêtement de nos murs, autour des portes et des fenêtres, etc. Derrière les ouvertures obligatoires, par exemple un évent de pignon, on suggère de fixer de la toile moustiquaire.

Si malgré tout elles réussissent à pénétrer chez vous, les spécialistes suggèrent de les « récolter » avec l’aspirateur, dans le tuyau duquel on a installé un bas nylon. Si l’on veut les conserver pour les relâcher au printemps dans nos jardins et nos champs, on peut alors les transférer dans un sac de coton ou dans un contenant avec trous d’aération que l’on conserve dans un endroit frais (à 4°C).

Le refuge qu’elles trouvent dans nos demeures pour l’hiver constituerait le facteur clé de l’implantation de la coccinelle asiatique en Amérique du Nord. Mais la coccinelle asiatique est devenue l’une de nos plus grandes prédatrices de pucerons, notamment le puceron du soya, insecte qui vient lui aussi d’Asie. De plus, elle se développe un peu plus rapidement que certaines de nos coccinelles indigènes. Quant à ces dernières, c’est souvent au pied des arbres, sous la couche de feuilles, qu’elles passeront l’hiver.

L’une des causes secondaires de l’abondance de la coccinelle asiatique proviendrait de la quantité importante de pucerons du soya dans cette culture. Donc, proposent les scientifiques, on pourrait diminuer un peu la présence de la coccinelle cette espèce dans nos champs de soya, en combattant plus efficacement ce petit insecte suceur de sève.

Vive les arbres et les fleurs!

À part les insecticides, dont un bon nombre affectent ou détruisent les coccinelles, on dispose d’outils simples et gratuits. Par exemple, accroître la biodiversité autour des champs. Des chercheurs ont observé nettement plus de coccinelles et moins de pucerons dans les champs de soya entourés de forêts et de prairies que dans un paysage dominé par le soya et le maïs. Ainsi, grâce aux arbres, les coccinelles trouvent des refuges pour l’hiver sous les feuilles tombées. De plus, les fleurs des arbres, des arbustes et des plantes herbacées fournissent du pollen et du nectar aux coccinelles. Oui, les coccinelles adorent le pollen! Les fleurs à floraison précoce ou tardive aident les coccinelles à se sustenter au début et à la fin de l’été, lorsque les pucerons sont moins nombreux. Dans cette optique, la Dre Geneviève Labrie, biologiste-entomologiste au Centre de recherche sur les grains (Cerom) étudie l’effet du paysage sur le puceron du soya dans les champs du Québec.

Avec des collègues chercheurs, la Dre Labrie a déjà montré qu’en semant des bandes alternées de 18 m (59 pi) de large de soya, de maïs et de blé, on trouvait deux fois moins de pucerons du soya dans les bandes de soya que dans de grandes parcelles blocs de soya en blocs larges de 180 m (590 pi). De plus, ils ont découvert que pendant les pics d’infestation de cet insecte suceur, il y a nettement plus d’ennemis naturels du puceron du soya (dont la coccinelle) dans les bandes de soya de 18 m (59 pi) et 36 m (118 pi) que dans les blocs.