Albert Simard et un de ses fils, Yannick, militent activement pour empêcher la réalisation du projet d'aérodrome à Neuville.

Neuville : un aérodrome sur des terres agricoles

Mais la grogne de la population pourrait faire reculer les promoteurs.

19 mars 2012
par Yvon Laprade - Environnement

Albert Simard et un de ses fils, Yannick, militent activement pour empêcher la réalisation du projet d'aérodrome à Neuville.

En dépit de la vive opposition de la population et des élus politiques, tant municipaux qu’à Québec, au sein du gouvernement Charest, le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, n’entend pas bloquer la construction d’un aérodrome pour avions monomoteurs sur une terre agricole, dans le village de Neuville, près de Québec. Mais la grogne citoyenne s’intensifie, comme a pu le constater la Terre, qui est allée sur le terrain pour rendre compte de ce dossier qui prend des proportions insoupçonnées.

Albert Simard ne comprend plus rien. À moins de 300 pieds de sa maison, sur des terres agricoles, de riches avionneurs de la région ont amorcé la construction d’un aérodrome pour petits avions monomoteurs. « Je vais avoir des avions au-dessus de ma tête à longueur de journée. Ce sera insupportable. Je n’ai toutefois pas l’intention d’en rester là. J’ai décidé de me battre pour faire valoir mes droits », rage le producteur forestier âgé de 68 ans.

Il est frustré et en colère. Il y a cinq ans, il avait fait une demande de dézonage partiel de ses terres pour permettre à ses enfants de venir vivre à ses côtés, dans des maisons qu’il souhaitait construire pour eux. « On m’avait répondu que je ne pouvais pas construire sur des terres zonées vertes et ma demande avait été rejetée catégoriquement », se souvient-il.

Or, l’automne dernier, il a eu tout un choc quand il a appris qu’un groupe de promoteurs, regroupés au sein de Neuville Aéro, allait construire un aéroport en face de sa maison, sur des terres qui avaient jusque-là une vocation agricole.

« Je ne comprenais pas. À vrai dire, je ne comprends toujours pas qu’ils aient réussi à contourner les lois touchant la protection du territoire agricole en vigueur au Québec », dit-il à haute voix.

Vendre sa terre

Rappelons les faits. À l’automne 2011, les promoteurs de Neuville Aéro – un groupe formé de sept avionneurs – ont acquis la terre d’un producteur maraîcher de la région. Ils ont payé environ 350 000 $, atteste Me Robert Jasmin, porte-parole du comité de citoyens de Neuville. En achetant cette terre, non loin de l’autoroute 40, le groupe venait de trouver l’emplacement idéal, à ses yeux, pour faire poser et décoller leurs avions à hélices sur une piste de 3000 pieds de longueur par 50 pieds de largeur.

« Un cultivateur a pleinement le droit de vendre sa terre, convient le porte-parole du groupe d’opposition des citoyens. Ce qui me dérange, cependant, c’est la façon avec laquelle s’y sont pris les promoteurs pour nous imposer leur projet. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Ils savaient aussi qu’ils allaient bouleverser la vie paisible de ceux qui se sont établis à Neuville pour avoir la paix, et non pas pour entendre des avions voler à basse altitude. »

Me Jasmin mène bataille contre le projet d’aérodrome aux côtés du maire de Neuville, Bernard Gaudreau. Il dénonce « l’attitude intransigeante » des promoteurs, qui auraient dit dès le début à la municipalité qu’ils allaient le construire leur aérodrome, « que vous le vouliez ou non! » « Ils se sont appuyés sur un jugement de la Cour suprême (rendu en 2010) qui donne les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral en la matière, et qui écarte toute intervention du gouvernement provincial. »

Mais à Neuville, ni lui ni l’ensemble des citoyens ne veulent en rester là. « Nous avons réussi à faire lever les troupes. Il en va du respect d’une population qu’on tente de prendre en otage. On ne peut pas laisser faire ça! » annonce-t-il, sur un ton déterminé. Il assure que la mobilisation citoyenne s’organise rondement pour faire obstacle au projet des promoteurs. Le 31 mars, une grande manifestation à Neuville réunira des députés, des élus municipaux, des groupes environnementaux et des organisations vouées à la défense des citoyens.

Dans le camp du ministre Lebel

Assis sur une chaise dans la cuisine de sa maison, Albert Simard regarde par la fenêtre. Il est songeur. Il admet que l’espoir est mince de pouvoir bloquer le projet d’aérodrome. « Je me demande comment on va pouvoir vivre, ma femme (Huguette) et moi, dans un environnement aéroportuaire. Je n’ai pas choisi de vivre ici pour voir voler des avions à quelques mètres de mon balcon! » lance-t-il, cynique.

Il croit toutefois que la pression populaire pourrait venir à bout « de ces folies d’avionneurs ». Quatre ministres du gouvernement Charest ont écrit une lettre au ministre des Transports, Denis Lebel, responsable du dossier, pour lui demander d’intervenir. « Il est le seul qui peut prendre une décision pleine de logique, mais il reste les bras croisés. Ça me dépasse totalement », ajoute-t-il.
Mais le temps presse. « Les promoteurs attendent le dégel du printemps pour asphalter la piste. Il faut tout faire pour qu’ils n’arrivent pas jusque-là, sans quoi il sera trop tard », conclut Albert Simard.

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