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Une équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et de l’Association des producteurs de canneberges du Québec (APCQ) travaille à adapter différentes techniques de lutte biologique à la réalité des cannebergières d’ici pour lutter contre la tordeuse des canneberges et la pyrale des atocas.

Une équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et de l’Association des producteurs de canneberges du Québec (APCQ) travaille à adapter différentes techniques de lutte biologique à la réalité des cannebergières d’ici pour lutter contre la tordeuse des canneberges et la pyrale des atocas.

Végétal : des progrès contre les ravageurs de la canneberge

Les producteurs pourraient bientôt avoir à leur disposition de nouveaux outils contre la tordeuse des canneberges et la pyrale des atocas, et ce, grâce à des chercheurs d’ici. Une équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et de l’Association des producteurs de canneberges du Québec (APCQ) travaille à adapter différentes techniques de lutte biologique à la réalité des cannebergières pour mener la vie dure à ces importants ravageurs.

La confusion sexuelle et le lâcher de trichogrammes sont deux solutions de rechange aux insecticides qui ont fait leurs preuves contre certains ravageurs de cultures maraîchères et fruitières. Cependant, elles ne sont pas encore utilisées dans la canneberge pour des enjeux d’application. Deux doctorants rattachés au Laboratoire de lutte biologique de l’UQAM, Cyrane Pouët et Didier Labarre, ont voulu relever ce défi. 

Brouiller les pistes

« On est déjà capables de reproduire en laboratoire les phéromones sexuelles de la tordeuse des canneberges et de la pyrale des atocas, mais il nous manque un moyen de diffusion qui soit applicable aux cannebergières et acceptable en régie biologique », explique Didier Labarre, aussi directeur de la recherche à l’APCQ.

En théorie, les diffuseurs de phéromones employés contre le carpocapse de la pomme sont efficaces. Ils se butent toutefois à des défis logistiques importants dans un contexte commercial puisqu’il faudrait planter plusieurs centaines de piquets dans les cannebergières pour y accrocher des diffuseurs, alors que dans la pomme, on peut tout simplement les accrocher aux branches. « En fin de saison, il faudrait aller les retirer, et on marcherait directement sur les fruits, ce qui causerait énormément de dommages et des pertes de rendement », fait valoir Didier Labarre.

Une rampe servant à la fois pour la pulvérisation et l’épandage.

Une rampe servant à la fois pour la pulvérisation et l’épandage.

Trouver la bonne méthode

Depuis 2018, Cyrane Pouët, de concert avec le chercheur américain du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) Shawn Steffan et plusieurs autres collaborateurs, a testé différents diffuseurs qui ne nécessiteraient pas de marcher dans les champs. Ainsi, les phéromones sexuelles des deux ravageurs se sont retrouvées mélangées à de la cire d’abeille dans des billes et à un engrais bio. Leur application a néanmoins occasionné des difficultés. Leur effet avait également un caractère limité. Avec les billes de cire et le mélange d’engrais, le temps d’efficacité était de 7 à 10 jours.

En 2021, l’équipe de recherche a mis à l’essai à petite échelle une méthode de microencapsulation avec l’entreprise Trécé. « Il s’agit de capsules faites d’un polymère accepté sous régie biologique et invisible à l’œil nu. En les mélangeant dans l’eau, on peut les pulvériser, ce qui rend l’application plus simple », poursuit M. Labarre.

Conditionnellement à l’approbation de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), des essais à plus grande échelle avec la méthode de microencapsulation auront lieu à l’été 2022. « Si leur temps d’efficacité est aussi limité, on peut facilement imaginer une application répétée durant la période d’accouplement et de ponte de l’insecte », estime Didier Labarre.

Les chercheurs québécois et américains continueront d’accumuler des connaissances en lien avec cette méthode en vue d’une éventuelle homologation des phéromones sexuelles de Trécé auprès de l’ARLA.

Pulvériser des insectes!

Un piège à phéromones de type Diamond utilisé pour le dépistage de la tordeuse des canneberges.

Un piège à phéromones de type Diamond utilisé pour le dépistage de la tordeuse des canneberges.

En parallèle aux travaux sur la confusion sexuelle, des efforts ont été déployés dans la recherche portant sur l’utilisation de Trichogramma minutum et de Trichogramma pretiosum contre la tordeuse des canneberges, identifiée comme le principal ravageur de ce fruit sous gestion ­biologique. Si le moyen d’application le plus répandu est l’installation de petites cartes contenant les œufs de trichogrammes, celui-ci est mal adapté aux cannebergières. « La structure de la culture de canneberges, très dense, limite les mouvements des trichogrammes qui demeurent dans une aire de 5 à 6 mètres autour de leur point de lâcher. Pour obtenir des résultats, il faudrait installer des cartes partout à un moment de la saison où on évite de marcher dans les champs. Donc, on a voulu trouver une méthode d’application à plus grande échelle », expose Didier Labarre.

Pour mener à bien son projet, le doctorant s’est inspiré de travaux de l’Université Laval dans le maïs sucré pour mettre les trichogrammes élevés par l’entreprise Anatis Bioprotection dans une solution aqueuse et les pulvériser comme un engrais ou un pesticide. Il a aussi testé une méthode d’épandage de trichogrammes dans un substrat de perlite humidifiée. Les lâchers inondatifs ont été réalisés de 2019 à 2021.

Résultat : la pulvérisation dans la solution aqueuse n’a entraîné aucune diminution de l’émergence des trichogrammes, contrairement à l’épandage. « Il semble que cette dernière méthode cause un stress mécanique avec seulement 50 % d’émergence, tandis que pour la pulvérisation, l’eau offre un effet protecteur », croit-il. Didier Labarre a d’ailleurs profité des tests pour observer les effets des trichogrammes minutum et pretiosum sur la pyrale des atocas. « Ils se sont montrés moins efficaces parce que leur hôte de prédilection est la tordeuse. Éventuellement, on pourrait trouver une espèce de trichogramme plus spécifique à la pyrale et les mélanger dans une même pulvérisation, puisque les deux ravageurs ont des cycles de vie synchronisés. » 

Le chercheur croit que la méthode par pulvérisation dans une solution aqueuse pourrait être transférable à d’autres cultures qui occupent de vastes superficies. « Dans le maïs-grain, on s’imagine mal installer de petites cartes de trichogrammes sur des centaines d’hectares. Mais avec cette méthode d’application, l’utilisation de ces parasitoïdes devient possible. »


Confusion sexuelle

La confusion sexuelle consiste à saturer l’environnement d’une molécule reproduisant les phéromones sexuelles d’une espèce spécifique. De cette façon, les mâles éprouvent de la difficulté à repérer les femelles, ce qui diminue le taux de ponte de la prochaine génération. Cette méthode est déjà employée dans les vergers contre le carpocapse de la pomme.

Trichogrammes

Les trichogrammes sont de minuscules insectes parasitoïdes dont les larves se développent à l’intérieur de l’œuf d’un insecte-hôte. Leur présence provoque la mort rapide de l’embryon. La guêpe Trichogramma ostriniae est utilisée au Québec depuis 1996 pour contrôler la pyrale du maïs. 

Les trichogrammes sont de petites guêpes ou de petites mouches dont les larves viennent parasiter les œufs de l’insecte-hôte.

Les trichogrammes sont de petites guêpes ou de petites mouches dont les larves viennent parasiter les œufs de l’insecte-hôte.