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La sécheresse qui sévit dans le nord-ouest du Midwest a également cours dans l’Ouest canadien.

La sécheresse qui sévit dans le nord-ouest du Midwest a également cours dans l’Ouest canadien.

Une flambée des prix en temps de sécheresse

Les prix ont explosé depuis le début de l’année, ce qui aurait dû entraîner un déluge de grains et ainsi rééquilibrer les marchés. Or, il n’en est rien : les contrats à terme du maïs et du soya se maintiennent à un fort niveau, comparable à ceux de 2013-2014 après qu’une sécheresse eût ravagé les récoltes aux États-Unis en 2012. Cet article a pour objectif de vulgariser les nombreux facteurs qui soutiennent le prix des grains.

Aux États-Unis

Le département américain de l’Agriculture (USDA) a révisé les rendements américains afin de tenir compte de l’état des cultures. À la surprise de tous, l’USDA a abaissé les rendements plus brutalement que prévu à cause de la sécheresse qui sévit dans le Midwest, tout particulièrement entre le Dakota du Nord et l’Iowa. Par rapport aux premières estimations de 2021-2022 publiées en mai dernier (basées sur des modèles statistiques), les rendements ont fléchi de 4,9 boisseaux à l’acre (bu/a) pour le maïs, de 0,8 bu/a pour le soya et de 5,5 bu/a pour le blé. Comparativement à l’année dernière, la récolte demeure tout de même supérieure de 568 millions de boisseaux (Mbu) pour le maïs et de 204 Mbu pour le soya. Malgré cette hausse de la production, les stocks n’augmenteront que de 125 Mbu pour le maïs, tandis qu’ils reculeront de 5 Mbu pour le soya, en raison du rythme élevé des exportations et de la bonne demande pour l’éthanol pour le maïs ou de la trituration dans le cas du soya. La sécheresse a eu plus d’effet sur la production de blé : celle-ci reculera de 129 Mbu en regard de l’an passé et les stocks se resserreront de
217 Mbu. Même si les stocks s’intensifient dans le cas du maïs et du soya, il n’en demeure pas moins qu’ils resteront serrés et que combinés à une forte demande, les prix se maintiendront à un niveau très élevé.

Ouest canadien

La sécheresse qui sévit dans le nord-ouest du Midwest a également cours dans l’Ouest canadien. Au cours des 90 derniers jours, la majorité des Prairies a reçu entre 40 et 85 % des précipitations par rapport à la normale. Par conséquent, les rendements risquent d’être très décevants. D’ailleurs, l’USDA a réduit son estimation de la production de blé canadien de 7,5 millions de tonnes (Mt) dans son rapport d’août sur l’offre et la demande des grains, pour la situer à 24 Mt, soit le plus faible niveau depuis 2010-2011.

International

Les catastrophes naturelles se succèdent cette année partout sur la planète : sécheresse au Brésil et en Argentine, inondations en Europe, temps sec dans les pays de la mer Noire et inondations records en Chine. Celles-ci ont néanmoins des conséquences différentes sur le marché des grains. La sécheresse au Brésil a abaissé la récolte de maïs à 87 Mt, soit la plus petite depuis 2017, alors qu’elle était évaluée à 102 Mt en début de saison. En Argentine, la sécheresse a réduit entre 18 et 25 % la capacité d’exportation des ports qui se situent dans le fleuve du Paraná où 80 % des grains argentins sont exportés. Les inondations en France et en Allemagne n’auraient pas endommagé le rendement du blé comme on aurait pu le croire. Toutefois, les récoltes ont accusé un important retard et la qualité boulangère du blé serait plutôt mauvaise. Le temps sec dans les pays de la mer Noire a coupé la production de blé de 12,5 Mt en Russie et 0,5 Mt au Kazakhstan, pour les établir respectivement à 72,5 Mt et
12,5 Mt. Seule l’Ukraine s’en tire à bon compte avec une récolte de 33 Mt, mais tout comme la France, la qualité du blé serait décevante.

Henan – une grande province chinoise en termes de production de maïs, de soya et de blé – a été victime de précipitations records en peu de temps qui ont engendré d’importantes inondations. D’un point de vue strictement agricole, ces dernières ont tué de larges quantités de cochons, risquent de propager la peste porcine africaine — alors que le pays se remettait des éclosions de 2018-2019 — et ont endommagé de grandes superficies de maïs et de soya. De plus, elles risquent également de dégrader le blé entreposé à cause de la moisissure. Pour l’instant, l’étendue des dégâts n’a pas été évaluée, d’où l’absence de correction de la production chinoise de maïs, de soya ou de blé dans le rapport d’août de l’USDA. Cependant, ces pertes pourraient se traduire par une croissance des importations en grains, et les États-Unis risquent d’être le principal fournisseur étant donné la récolte désastreuse de maïs au Brésil.

Marché local

Le Québec a été sec lui aussi, ce qui s’est traduit par un raffermissement des bases sur le marché local. Les bases du maïs pour livraison immédiate sont d’ailleurs à un niveau record à près de 1,75 $ US/bu. Cette situation s’explique par l’énorme différence entre les contrats à terme de juillet et de septembre. Les acheteurs n’ont pas eu d’autres choix que de redresser les bases afin de limiter la baisse des prix et d’inciter les producteurs à écouler leurs stocks. Cette situation n’est pas unique au Québec : les bases en Illinois ont été particulièrement élevées cette année. Les bases pour la nouvelle récolte sont très intéressantes pour le maïs et le soya. Toutefois, elles pourraient rapidement augmenter si la récolte québécoise s’avère décevante, surtout dans un contexte où la récolte américaine risque d’être insuffisante.

Conclusion

Les récoltes tout au plus convenables aux États-Unis et désastreuses dans l’Ouest canadien diminueraient considérablement l’offre de grains, tandis que la très forte demande aux États-Unis et pour l’exportation vers la Chine réduirait la quantité de grains disponibles. Les prix des grains risquent alors de se maintenir à un niveau très élevé, et ce, pour toute l’année 2021-2022.

Étienne Lafrance, agent d’information sur les marchés, PGQ

Ce texte a été publié dans le cahier Grains du mois de septembre 2021.