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Pour Céline Chouinard et Daniel Dubé, l’aventure de la farine de pois jaunes ne fait que commencer. Photos : Marc-Alain Soucy

Pour Céline Chouinard et Daniel Dubé, l’aventure de la farine de pois jaunes ne fait que commencer. Photos : Marc-Alain Soucy

Une farine de pois jaunes bio au grand potentiel

Daniel Dubé, propriétaire de la Ferme Pré Rieur inc. à Saint-Jean-Port-Joli, est en train de provoquer tout un engouement pour une culture traditionnelle québécoise presque oubliée, le pois jaune. Ce producteur de grains biologiques dynamique et créatif a réussi à transformer cette légumineuse pour en faire une farine aux qualités nutritives étonnantes.

Daniel Dubé espère que la production et la commercialisation de ce nouveau produit auront un impact économique positif sur son entreprise. Il rêve même que la culture du pois jaune devienne un créneau régional pour les producteurs de grains bio du Bas-Saint-Laurent.

Pois jaunes et cameline.

Pois jaunes et cameline.

Cet ancien producteur de lait a démarré sa transition vers le biologique en 1989, mais c’est seulement en 2000 qu’il s’est lancé dans les grandes cultures sur sa ferme de 250 acres. Un virage qu’il n’a pas trouvé facile. « Les grandes cultures, c’est tout un apprentissage, reconnaît-il. Surtout dans le bio. »

Daniel Dubé rejette l’idée que la culture du pois jaune avait disparu. Il reconnaît cependant qu’il ne s’en faisait presque plus au Québec. « Nous avons décidé d’explorer la possibilité de nous y mettre parce qu’il y avait vraiment une pénurie de pois jaunes bio entiers. J’avais un acheteur qui me disait qu’il ne pouvait pas en trouver pour répondre à la demande des consommateurs », explique-t-il.

Farine bio

Ce sont des consommateurs qui ont découvert que les pois jaunes moulus donnaient une très bonne farine qui pouvait avantageusement remplacer celle des pois chiches pour préparer de très bons houmous, avec des valeurs nutritives comparables.

« Je me suis mis à réfléchir à la possibilité de transformer nos pois jaunes en farine et d’en faire la commercialisation, explique-t-il. L’idée était lancée. »

L’agriculteur a alors procédé à des tests de mouture à la meunerie bio de la Seigneurie des Aulnaies située à 25 km de sa ferme. « Les résultats ont été très encourageants, dit-il. Nous avons produit notre première tonne de farine de pois jaunes en juillet 2018. »

La farine de pois jaunes bio a été lancée officiellement en mars dernier à l’Expo Manger santé et vivre vert de Montréal et de Québec. Elle a reçu un accueil enthousiaste dans les médias, chez les nutritionnistes et les environnementalistes. Daniel explique cet engouement par le fait que la protéine végétale demande moins d’intrants, ce qui répond à une préoccupation moderne des environnementalistes qui souhaitent réduire les gaz à effet de serre associés aux productions animales. La farine de pois jaunes contient 30 % de
protéines. Comme c’est une légumineuse, une famille d’aliments recommandée par le Guide alimentaire canadien 2019, elle est riche en fer et en fibres. 

Comme le proposent le site Internet de l’entreprise et sa page Facebook, cette farine peut être avantageusement intégrée aux recettes traditionnelles pour en augmenter le taux de protéines. On y propose des recettes de pizzas végétariennes, de gaufres, de muffins, de crêpes, etc. « C’est une farine tout usage », insiste Daniel.

Le sac de farine de pois jaunes bio de 500 g se vend entre 6,50 $ et 7,00 $ en épicerie. Celui de 1 kg de pois entiers varie de 4,00 $ à 5,00 $. Ces produits sont offerts en vrac en formats de 5, 10 et 20 kg. « Nous avons déjà entre 100 et 150 points de vente dans tout le Québec et quelques-uns en Ontario. Une entente est en voie de réalisation avec les épiceries santé Rachelle-Béry », confie-t-il.

Aubert Caron et Sam Paradis, de la meunerie bio de la Seigneurie des Aulnaies, à Saint-Roch-des-Aulnaies, n’ont eu qu’à apporter quelques ajustements pour permettre aux pierres du moulin de moudre les pois jaunes.

Aubert Caron et Sam Paradis, de la meunerie bio de la Seigneurie des Aulnaies, à Saint-Roch-des-Aulnaies, n’ont eu qu’à apporter quelques ajustements pour permettre aux pierres du moulin de moudre les pois jaunes.

Marketing

Daniel Dubé s’est déjà lancé dans la transformation et vend, depuis 2015, une huile de tournesol très riche en oméga-9 sous la marque de commerce Le Pré Rieur. L’expérience lui a appris qu’il n’est pas facile de lancer un nouveau produit. « Ça prend des outils », dit-il.

Fort de cette expérience, le producteur et transformateur a donc eu recours au Programme d’accès aux marchés du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), dont l’objectif est de favoriser l’accès des entreprises aux réseaux de distribution alimentaire. Ce programme alloue des subventions qui ont permis à l’entrepreneur de profiter de l’aide d’une firme de marketing pour peaufiner sa stratégie, ses emballages, son site Internet, etc. « C’est d’ailleurs toujours en évolution », précise-t-il.

L’agriculteur a également profité du soutien de Jean Gagnon, un industriel de Saint-Jean-Port-Joli qui aide les petites PME de sa région. Il est actionnaire de l’entreprise avec Daniel et son épouse Céline Chouinard.

Daniel Dubé est bien conscient que le succès de la mise en marché de sa farine de pois jaunes n’est pas acquis, malgré l’engouement qui semble se dessiner autour de ce nouveau produit. « Nous ne faisons que commencer », conclut-il.

Avantages économiques et agronomiques

Daniel Dubé ne voit que des avantages à la culture du pois jaune bio. « C’est une légumineuse tout comme le soya, et ses bienfaits dans les rotations sont comparables en termes de fixation de l’azote et de lutte aux mauvaises herbes. C’est bon pour la culture qui suit. Sa période de croissance de 90 jours étant plus courte, on peut songer à le cultiver dans le haut pays du Bas-Saint-Laurent où le soya manque d’unités thermiques, énumère-t-il. Comme cette culture libère les sols tôt, je peux semer un engrais vert, mettre en jachère, semer du blé d’automne, etc. après la récolte. »

Le pois jaune est semé en plein champ contrairement au soya. Daniel Dubé utilise la cameline, une plante crucifère, comme plante compagne. Celle-ci contrôle les mauvaises herbes en recouvrant le sol. Elle contribuerait également à réduire la verse.

Les revenus qu’on tire de la cameline sont intéressants. Daniel dit en obtenir 1 500 $ la tonne. On peut en faire une huile qui contient beaucoup d’oméga-3. Comme sa graine est petite, elle se sépare facilement des pois jaunes après la récolte. Il suffit de la tamiser en la passant dans un nettoyeur à grains rotatif.

On récolte les pois jaunes quand les gousses deviennent sèches, délicates et s’ouvrent facilement. Les plants sont mis en andain et on peut les laisser au champ le temps nécessaire pour ajuster leurs degrés de maturité et d’humidité. Selon Daniel, on peut récolter jusqu’à 1,5 tonne à l’acre quand tout va bien. Dans sa région, les prix oscillent autour de 600 $ la tonne.

Le producteur déplore le fait que cette année, plusieurs plants étaient encore verts au moment de la récolte. Un problème qu’il associe au mauvais ajustement de son semoir, qui aurait occasionné des semis de profondeurs variables. Il déplore également la sécheresse qui a encore sévi dans sa région au moment où la culture en aurait eu bien besoin. « Les bonnes années, les plants peuvent atteindre trois pieds; cette année, la plupart n’en ont que deux », note-t-il.

Marc-Alain Soucy, collaboration spéciale

Ce texte est paru dans l’édition de janvier 2020 du magazine GRAINS.