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De gauche à droite, Christopher Liebrecht, de Synagri, Claudine Machabée, d’Innotag, William Overbeek, des Fermes Overbeek, et Pierre Pagé, de Synagri.

De gauche à droite, Christopher Liebrecht, de Synagri, Claudine Machabée, d’Innotag, William Overbeek, des Fermes Overbeek, et Pierre Pagé, de Synagri.

Un sarcleur aux doigts de fée

SAINTE-MADELEINE – Pendant que les producteurs de grains du pays cherchent les moyens d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, des acteurs de l’industrie développent des solutions pour tenter d’y parvenir. La firme Synagri, en collaboration avec le manufacturier de machinerie agricole de Belœil Innotag, teste un sarcleur nouveau genre. L’objectif? Répondre aux exigences du Plan québécois d’agriculture durable.

William Overbeek, des Fermes Overbeek de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, donne les derniers détails de son protocole de recherche à Pierre Pagé, directeur de la recherche, du développement et des services agronomiques chez Synagri, aussi de Saint-Hyacinthe, et concepteur du sarcleur sous expérimentation. L’idée consiste à prélever des échantillons de sol sur environ 14 % de la superficie de l’immense champ de maïs, d’appliquer des traitements agronomiques spécifiques à l’aide du sarcleur en différents endroits de la parcelle et d’observer les résultats. « On fait deux prélèvements après le passage du sarcleur, explique William Overbeek. Un premier après 48 heures et un second après 10 jours, une fois le choc passé. On va comparer les résultats entre l’état du sol dans la parcelle expérimentale avec le reste du champ, qui est en régie traditionnelle », poursuit le producteur et doctorant à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.

Le sarcleur dépose d’abord l’intercalaire, avant que les peignes, derrière, les enfouissent dans le sol.

Le sarcleur dépose d’abord l’intercalaire, avant que les peignes, derrière, les enfouissent dans le sol.

Le traitement

Chaque passage du sarcleur laisse un herbicide dosé selon les besoins du sol, à l’intérieur duquel un biostimulant est incorporé. « C’est une bactérie qui entre dans la cellule de la plante, qui va capter l’azote de l’air et qui va la convertir en NH3 et, éventuellement, en ammoniaque. C’est comme une sorte d’apport gratuit en azote », explique Pierre Pagé. Des plantes de couverture sont aussi semées lors du même passage du sarcleur. « C’est un mélange de trois espèces. On a du radis, du trèfle incarnat et on met de l’avoine à la place du ray-grass, parce qu’il n’y en avait pas de disponible », souligne William Overbeek. 

Le sarcleur expérimental traite deux rangs à la fois pour le moment. S’il se révèle efficace, il sera adapté pour couvrir « huit, douze ou quatorze rangs à la fois », signale Pierre Pagé.

Le sarcleur expérimental permet de traiter deux rangées pour le moment. Si l’expérience se révèle positive, l’équipement pourra être élargi selon les besoins de l’agriculteur. Sur la photo,  Christopher Liebrecht, de Synagri, et Claudine Machabée, d’Innotag.

Le sarcleur expérimental permet de traiter deux rangées pour le moment. Si l’expérience se révèle positive, l’équipement pourra être élargi selon les besoins de l’agriculteur. Sur la photo, Christopher Liebrecht, de Synagri, et Claudine Machabée, d’Innotag.

La machine

On dirait une machine « tout-en-un », le genre de truc qui ne révolutionne rien, mais qui facilite grandement la vie de son utilisateur. « Le sarclage, c’est vieux comme le monde. Appliquer des pesticides et semer des intercalaires aussi, alors qu’ajouter des bactéries qui fixent l’azote, c’est nouveau depuis deux ans », explique Pierre Pagé, le concepteur de l’objet.


« Ce qu’on trouve innovant dans notre affaire, c’est qu’on a tout rapaillé ça ensemble pour faire toutes ces opérations d’une claque, en un seul passage, ajoute l’agronome. On a des tubes à l’avant qui déposent la semence et les peignes, derrière, viennent brasser le sol pour enterrer la semence. Ça va permettre d’améliorer sa germination », précise William Overbeek. 

Trois versions du sarcleur ont été fabriquées avant d’arriver au modèle expérimental développé sans un sou de subvention, souligne son concepteur.

Plan d’agriculture durable

Le sarcleur de précision permettra de réduire des deux tiers l’utilisation de pesticides dans les champs, soutient Pierre Pagé. « C’est le premier objectif du Plan d’agriculture durable », signale William Overbeek, qui estime que le sarcleur permet d’espérer davantage de résultats en termes de bilan environnemental, notamment dans la semence de cultures de couverture. « Le fait de semer des intercalaires, d’avoir un sol qui est couvert entre les rangs de maïs et suivant la récolte du maïs fait qu’on a encore des plantes vivantes qui poussent jusqu’à la fin de l’hiver. Ça aide beaucoup à conserver les sols et à en augmenter la matière organique, le carbone, la flore microbienne, etc., explique le producteur. Si on combine ça avec un autre travail du sol à l’automne, ça permet de conserver beaucoup de résidus et ce sont toutes des conditions idéales pour avoir une flore microbienne en santé et des niveaux de matière organique satisfaisants. » 

Mine de rien, réduire le nombre de passages entre les rangs de quatre à un seul ajoute l’avantage de réduire la compaction du sol et de consommer moins de diesel.

Pas que des vendeurs de poison

Tout au long de son entretien avec Grains, on sent bien que Pierre Pagé veut ajouter un message à la présentation du sarcleur qu’il a imaginé.


« Notre mission, c’est d’aider les producteurs à être plus performants », commence l’agronome. « La frustration qu’on a, c’est que les gens ne savent pas tout ce qu’on fait pour aider les producteurs agricoles à gagner en productivité. Quel avantage on a de développer une machine comme ça qui va réduire de 66 % l’utilisation de pesticides, un produit qu’on vend? On vendra moins de RoundUp, mais on va vendre autre chose. Les intercalaires du projet et les biostimulants, on les vend aussi », précise Pierre Pagé. « D’un point de vue commercial, on y trouve notre compte. On n’est pas des vendeurs de machinerie. C’est Innotag qui va faire la vente de ça, et on va être bien contents », soutient celui qui est devenu représentant aux ventes chez Synagri cet été. « On veut faire partie de la solution », insiste l’agronome avant d’ajouter : « Là, pouvez-vous parler de nous autres comme des gens qui ne vendent pas juste du poison, mais proposent aussi des solutions? C’est ça qu’on veut. »

Claude Fortin, collaboration spéciale


Cet article a été publié dans la revue GRAINS de septembre 2022.