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Champ de luzerne affecté par un hiver froid. Photo : Gracieuseté de Christian Duchesneau

Champ de luzerne affecté par un hiver froid. Photo : Gracieuseté de Christian Duchesneau

Quand les fourrages se font rares

On a observé ce printemps une mortalité hivernale exceptionnelle dans le sud du Québec et dans d’autres régions. Même les graminées n’ont pas été épargnées par la glace.

Imperméable à l’air, la glace peut causer des conditions anaérobiques et asphyxier les plantes, incluant les graminées. Si vous ajoutez à cela un long printemps froid et une sécheresse sans pareille comme celle qu’on a connue ces deux dernières années dans l’est du Québec, vous ne serez pas surpris d’apprendre que les fourrages se feront très rares cette année.

Contrairement à la température, qui est responsable de 20 à 40 % des dommages hivernaux, il y a des facteurs que le producteur peut contrôler afin de diminuer les impacts de la mortalité hivernale ou d’une sécheresse et ainsi optimiser son rendement dans les prairies, notamment le pH du sol, le drainage, la fertilité (potassium), le cultivar ou les espèces et la régie de coupe.

Quelques astuces

Tout d’abord, le pH optimal devrait se situer entre 6,5 et 7,5. Si ce n’est pas le cas, une application de chaux est fortement recommandée avant de penser à semer de la luzerne.

On le sait, la luzerne n’aime pas l’eau. Le drainage est donc primordial et peut être facilité par un nivelage avec pente, un fossé profond, une raie de curage, un drainage souterrain ou un sous-solage afin d’enlever la couche de compaction ou la couche indurée.

Le potassium est aussi un élément majeur non négligeable. Il augmente le niveau d’hydrate de carbone, et favorise l’endurcissement et la persistance des plantes, surtout des légumineuses. Pour diminuer la teneur en potassium dans les fourrages, appliquez la potasse après la dernière récolte, mais avant les gelées mortelles, afin que la luzerne ait la chance d’en absorber pour l’hiver.

Un cultivar de luzerne adapté à votre région et à vos besoins peut également faire la différence. Certains cultivars résistent mieux à l’hiver. Regardez leur indice de survie à l’hiver. Il varie de 1 à 6, 1 étant le meilleur indice de résistance à l’hiver possible.

Une sélection judicieuse des espèces fourragères minimise aussi les risques de mortalité hivernale. La fléole des prés est la mieux adaptée à nos hivers rigoureux. Elle est plus tolérante au confinement dans la glace que d’autres espèces fourragères comme le dactyle ou la luzerne.

La régie de coupe est un autre facteur qui peut grandement aider à la survie à l’hiver des luzernières. La luzerne doit accumuler au minimum 500 degrés-jours depuis la dernière coupe pour maximiser ses réserves nutritives avant la coupe automnale. Ces réserves permettent aux plantes de s’endurcir au froid, et protègent les racines, les collets et toutes les autres parties pérennes contre les basses températures.

Augmenter la hauteur de coupe à 8-10 cm peut aussi permettre une meilleure couverture de neige qui servira d’isolant aux plantes. Sinon, il est préférable d’attendre un gel mortel d’environ -3 °C pendant plusieurs heures avant de faucher pour réduire les risques de mortalité. Même si l’hiver a été particulièrement difficile cette année, il sera toujours avantageux pour la pérennité de la prairie de laisser la dernière coupe aux champs.

Miser sur les bonnes plantes

Pour contrer les problèmes de sécheresse, et pallier le manque de fourrages, il faut miser sur des plantes résistantes comme la fétuque élevée, le dactyle, l’alpiste roseau ou la luzerne. Les plantes annuelles C4 (herbe de Soudan, millet, sorgho, maïs ensilage, etc.), semées dans des zones de plus de 2 300 UTM, s’avèrent très intéressantes à utiliser par temps chaud et sec, vu leur rendement. Par contre, il faudra peut-être faire un semis d’automne de plantes pérennes. Sinon, dans des conditions fraîches et humides, les céréales ou mélanges céréaliers, les trèfles ou les ray-grass annuels demeurent une option de choix.

Cette année, à cause du manque de chaleur et de la baisse du nombre de degrés-jours, il faudra s’attendre à avoir un volume de première coupe de foin bien inférieur à la moyenne. Comme la première coupe peut représenter de 35 à 50 % du volume de la saison, selon la région, ce n’est pas négligeable. Il faudra compter sur les coupes subséquentes pour pallier les manques importants de fourrages. La fertilisation minérale ou organique sera donc essentielle afin de rattraper la coupe ou les volumes perdus. Une bonne source d’azote, de bore, de phosphore et de potasse appliqués selon les besoins et le potentiel des cultures fera bien le travail. 

Christian Duchesneau, agr., Expert en plantes fourragères chez Synagri