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Capteur de spores installé trois fois par semaine dans les champs d’un producteur par la firme Lab’Eau-Air-Sol, pour la détection des maladies fongiques. Crédit photo : Duc Lam Tang, pour Lab’Eau-Air-Sol

Capteur de spores installé trois fois par semaine dans les champs d’un producteur par la firme Lab’Eau-Air-Sol, pour la détection des maladies fongiques. Crédit photo : Duc Lam Tang, pour Lab’Eau-Air-Sol

Un nouveau venu dans le dépistage des maladies au champ

La firme Lab’Eau-Air-Sol, avec son programme de détection des maladies fongiques, est un nouveau joueur dans le dépistage et la prévention de ces problèmes, au champ et en entrepôt. Elle offre un service clé en main comprenant une petite station météo installée sur place et un capteur de spores.

L’entreprise Lab’Eau-Air-Sol, située à Saint-Charles-Borromée, dans la MRC de Joliette, s’est d’abord spécialisée dans l’analyse de la qualité de l’air et de l’eau en bâtiment. « Entre autres choses, nous dénombrons les bactéries et les moisissures dans l’air et sur les surfaces, en plus d’analyser l’eau pour détecter la présence de bactéries comme la légionelle », explique Sonia Desjardins, chimiste et directrice de la recherche et développement pour Lab’Eau-Air-Sol.

Puis, en 2012, Mme Desjardins et son équipe ont pris la clé des champs, en offrant aux agriculteurs la détection des maladies par capture des spores dans l’air. « La spore, c’est en quelque sorte la graine des champignons », précise-t-elle. À cela s’ajoute l’analyse de l’air et des surfaces en serre et en entrepôt. Les capteurs de spores détectent principalement les maladies dues aux champignons, soit la moitié des maladies au champ. Le programme se nomme AIR (pour Agriculture, Investigation, Rapport).

Un service à l’échelle du producteur

Pour le moment, l’essentiel de la clientèle du programme AIR de Lab’Eau-Air-Sol se compose de producteurs de pommes de terre, de légumes (oignons, carottes, laitues…) et de petits fruits.

Le service a l’avantage d’être très personnalisé. « Nous installons de façon permanente une de nos stations météorologiques portatives chez chacun des producteurs inscrits au programme et, trois fois par semaine, nous postons un capteur de spores dans ses champs, en le retirant chaque fois pour ne pas encombrer », décrit Mme Desjardins. Les prélèvements de spores sont analysés en laboratoire et les résultats sont jumelés aux données de la station météo afin de rédiger un rapport de probabilité d’infection. Les producteurs peuvent aussi faire analyser un échantillon de feuille infectée. Le rapport parvient aux producteurs en 24 à 48 heures, directement sur leur téléphone intelligent.

On y trouve un tableau facile à consulter qui indique notamment, pour chaque échantillon, le nom scientifique du champignon pathogène recherché et de la maladie qu’il cause, les dénombrements précédents et actuels de ce microorganisme, et enfin le dessin d’un petit cadran de couleur. Celui-ci sera vert, jaune ou rouge selon que le risque sera faible, modéré ou élevé. La firme se base sur des seuils reconnus pour chacun des agents pathogènes selon l’humidité relative de l’air, la température et la quantité de spores présentes. « Nous faisons de légers ajustements selon les régions, car le même degré d’humidité posera un risque différent d’infestation en fonction de la température », explique le microbiologiste Christian Lebeau-Jacob, chef du laboratoire pour la firme Lab’Eau-Air-Sol.

Les maladies ciblées sont entre autres le mildiou, l’alternariose, la dartrose, la moisissure grise ou la fusariose, chez la pomme de terre, ou encore le mildiou, la brûlure de la feuille, la tache pourpre ou l’anthracnose, chez l’oignon.

Pour l’économie, pour l’écologie

« Le programme permet de détecter la présence d’un agent pathogène et de le traiter avant que la maladie ne soit déclenchée, dit Sonia Desjardins. Si le microorganisme est absent ou n’est pas encore au seuil critique, on peut éviter ou retarder un traitement. On peut parfois éviter quatre arrosages de fongicides par saison. C’est une économie pour les producteurs, c’est mieux pour leur santé et pour celle de l’environnement. » De plus, comme le ou les agents pathogènes sont identifiés au départ, cela permet de mieux choisir le fongicide à utiliser, dit la chimiste.

En ce qui concerne le choix des produits et la dose à appliquer, Lab’Eau-Air-Sol s’en remet aux agronomes et conseillers de quelques clubs d’encadrement technique et d’une coopérative membre de la Coop fédérée.

Tous les participants au programme AIR ont renouvelé leur abonnement, se réjouit Mme Desjardins. « Si on réussit à éviter deux arrosages de fongicides par saison, on a payé le service pour l’année, calcule-t-elle. Il en coûte autour de 60 $ de l’acre [148 $/ha] par saison. Certains de nos membres ont épargné 5 000 $ sur une vingtaine d’hectares en 2015 et un autre aurait économisé 30 000 $ en frais d’arrosage. »

Lab’Eau-Air-Sol est le seul laboratoire québécois accrédité en microbiologie de l’air par le Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec (CEAEQ). « Nous couvrons toutes les régions de la province et nous ajouterons d’autres laboratoires d’analyse », conclut Sonia Desjardins.