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Photo : Martin Ménard / TCN

Photo : Martin Ménard / TCN

Ne jouez pas à la roulette russe avec les pesticides!

Les manufacturiers d’équipements agricoles sont de plus en plus préoccupés par la sécurité de leurs clients. Avec l’évolution des connaissances sur les dangers liés à l’utilisation des pesticides, ils ont apporté des modifications à leurs pulvérisateurs pour les rendre les plus sécuritaires possible.

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Les pulvérisateurs automoteurs sont un bel exemple de machines qui ont grandement évolué. Ils sont dorénavant équipés de cabines hermétiques pressurisées pour s’assurer qu’aucune gouttelette indésirable de pesticide ne se rende jusqu’à l’utilisateur. On a réalisé avec le temps que les caoutchoucs qui isolent les portes et fenêtres des cabines peuvent se dégrader. Une pression positive à l’intérieur de ces dernières devient donc un élément de sécurité apprécié, surtout quand l’utilisateur passe de longues heures aux champs.

L’air pulsé à l’intérieur de la cabine passe par des filtres au charbon actif et circule dans son système de ventilation. Il est ainsi débarrassé des pesticides qui pourraient être poussés par le vent jusqu’à la cabine. Évidemment, ces filtres doivent être remplacés régulièrement en respectant les indications du fabricant. Selon Yves Lemonde, du concessionnaire Inotrac, à Saint-Hyacinthe, si l’opérateur perçoit l’odeur des pesticides dans sa cabine au moment de l’utilisation, c’est signe qu’il faut les changer.

Les mêmes principes s’appliquent aux cabines de tracteurs quand l’utilisateur travaille avec un pulvérisateur traîné. Dans ces cas, il est très important de faire installer ces filtres et de les relier au système de ventilation de la cabine. Les tracteurs modernes conçus pour le travail dans les vergers ou les vignobles devraient normalement être déjà équipés de ces filtres.

Les cabines pressurisées ne dispensent pas les utilisateurs de se protéger des contacts avec les pesticides. Au contraire, on sait que ceux-ci peuvent entrer dans l’habitacle par les mains et les vêtements de ces derniers. Beaucoup de fabricants ont d’ailleurs prévu un coffre de rangement à l’extérieur de la cabine pour y entreposer bottes, salopettes, gants, visières et lunettes de protection. Il serait illogique de bloquer la voie aux pesticides en investissant dans une cabine pressurisée et de la contaminer ensuite avec des vêtements et des mains souillés.

Avant d’entrer dans sa cabine, l’utilisateur devrait également avoir accès à un réservoir d’une vingtaine de litres d’eau propre pour se laver les mains, un outil de secours nécessaire en cas de contamination accidentelle à la suite d’éclaboussures de pesticides au visage ou aux yeux.

Éviter les contacts
Comme les risques de contact avec les pesticides sont très élevés au moment de la préparation de la bouillie, une attention particulière doit être accordée pour éviter les accidents. Ces produits étant extrêmement concentrés, il faut être d’autant plus prudent. Certains suggèrent même, quand c’est possible, de confier cette tâche à une personne expérimentée et bien protégée différente de l’applicateur, et ce, même si les systèmes de remplissage modernes des produits phytosanitaires sont conçus de façon à s’assurer que l’utilisateur ne soit jamais en contact direct avec ces derniers. En relevant le couvercle d’un bac prémélangeur situé à hauteur sécuritaire, l’opérateur verse la quantité de produit désirée. Les contenants vides peuvent y être rincés grâce à une douchette. Une fois le couvercle du bac refermé, les pesticides seront mélangés à l’eau et acheminés en circuit fermé vers le réservoir principal.MM_pulverisateur_16089

Les fabricants prévoient plusieurs réservoirs sur leurs pulvérisateurs et séparent les entrées d’eau pour s’assurer que celle-ci ne soit jamais contaminée. Les entrées d’eau sont d’ailleurs de diamètres différents afin de prévenir les erreurs de connexion. Pour éviter les contaminations de puits, l’utilisation de valves antiretour est tout indiquée. Idéalement, on utilisera un système de remplissage par girafe, puisque l’eau descend dans les réservoirs par gravité, ce qui élimine tout risque de retour.

À la fin du chantier, l’eau du réservoir de rinçage débarrassera le grand réservoir et les rampes des résidus de pesticides. Le nettoyage sera complété par le passage d’air comprimé poussé dans les rampes et les buses.

Des fabricants de pulvérisateurs offrent également un boyau et une pompe branchés au réservoir d’eau de rinçage qui sert à laver le pulvérisateur avant de quitter le champ.

Selon Maurice Phénix, professeur à l’Institut de technologie agricole et agroalimentaire de La Pocatière, la plupart des mesures de protection offertes sur les pulvérisateurs automoteurs le sont également sur les pulvérisateurs traînés. Il faut cependant les demander aux vendeurs et accepter d’en payer le prix. « Certains fournisseurs spécialisés font presque du sur mesure. Quelqu’un de préoccupé par la sécurité peut se procurer facilement tout ce dont il a besoin », dit-il.

Vêtements protecteurs
La protection assurée par des équipements sur les pulvérisateurs ne remplace pas l’utilisation de vêtements appropriés. M. Phénix considère qu’un bon tablier en caoutchouc imperméable porté sur une combinaison en Tyvek est une protection indispensable pour tous ceux qui manipulent des pesticides, particulièrement quand ceux-ci sont concentrés.

« Certains produits sont si forts qu’une goutte dans l’œil ou sur la peau, et c’est fini », prévient-il.

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Pour se protéger le visage et les yeux, l’utilisation d’une visière est très importante. Elle est d’ailleurs plus agréable à porter que le masque avec cartouche au charbon actif qui couvre les yeux et le nez, parce que ce dernier a tendance à s’embuer. La visière offre cependant une bonne protection contre les éclaboussures et permet une bonne circulation d’air, ce qui la rend plus confortable tout en chassant la buée. Le masque qui couvre le nez et les yeux est tout de même recommandé pour protéger le système respiratoire de l’utilisateur des vapeurs dangereuses, surtout au moment du versage des produits concentrés. Un masque à adduction d’air est essentiel dans les cas d’exposition intensive aux vapeurs de pesticides dans les serres ou quand l’applicateur n’est pas protégé par une cabine de tracteur pressurisée. « C’est la Cadillac de la protection », note Maurice Phénix.

Les producteurs qui utilisent des semences enrobées doivent se rappeler que la poussière qui s’échappe de ces dernières présente des risques pour la santé respiratoire; il faut s’en protéger avec un masque qui couvre le nez et la bouche. Les masques antipoussières vendus en quincaillerie pour les travaux de construction ou de rénovation ne sont pas conseillés parce qu’ils laissent passer les particules fines.

Mains propres
La protection des mains est primordiale parce qu’elles sont un des plus grands vecteurs de contamination. Les résidus de pesticides qu’elles transportent vont se retrouver sur les manettes du tracteur ou du pulvérisateur, éventuellement sur d’autres équipements de la ferme et, pire encore, jusque sur la poignée de porte de la maison. Il faut souligner que la ferme n’est pas un milieu de travail comme les autres; c’est aussi le milieu de vie d’une famille. Rappelons aussi que les enfants sont particulièrement vulnérables aux pesticides.

Il est primordial que les utilisateurs de pesticides portent des gants en caoutchouc qui couvrent les avant-bras. Ce sont les plus efficaces. Cependant, comme ils sont épais, ils diminuent la dextérité des usagers, ce qui les rend malheureusement moins susceptibles d’être portés en permanence. À l’opposé, les gants de latex ou de nylon jetables offrent une très bonne dextérité, mais une moins bonne protection contre les pesticides. Si on peut les porter pour ajuster les buses, il vaut mieux s’abstenir de les utiliser quand on risque d’être en contact avec des produits phytosanitaires corrosifs ou concentrés. Dans ce cas, les bons gants de caoutchouc sont de mise.

Selon M. Phénix, les gants multicouches en nitrile sont une solution mitoyenne adoptée par plusieurs agriculteurs. Ils offriraient un bon compromis entre la dextérité et la protection, et certains sont même jetables.

En ce qui a trait aux bottes, on recommande que le tablier de caoutchouc descende plus bas que leur ouverture. On peut également les mettre sous les jambières du pantalon de la combinaison en Tyvek. Évidemment, elles doivent être en caoutchouc imperméable. Il faut surtout éviter les bottes en cuir parce qu’elles laissent pénétrer les pesticides et deviennent, à la longue, comme de véritables éponges.

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Tracteur sans cabine
L’utilisation d’un tracteur sans cabine pour traîner un pulvérisateur de pesticides est une méthode qui pourrait être risquée. L’utilisateur est très vulnérable aux dérives dans cette situation. Il doit utiliser tous les équipements de protection à sa disposition et se couvrir de la tête aux pieds. Inutile d’insister sur l’importance de prendre une bonne douche avec du savon à la fin du chantier.

Lavage
Le lavage des équipements qui ont servi à la pulvérisation est une étape nécessaire pour qui veut protéger sa famille tout comme lui-même des résidus de pesticides. Selon le professeur Phénix, les tracteurs, pulvérisateurs et autres machineries pourraient rester contaminés pendant plusieurs semaines s’ils ne sont pas rincés convenablement. La durée de la contamination peut varier selon les produits utilisés. « En plus de la protection obtenue, le rinçage est une excellente occasion d’inspecter ses équipements et de faire de l’entretien préventif », dit-il.

Éviter la dérive
La dérive des pesticides est un problème tant sur le plan de la santé que sur ceux de l’agronomie, de l’environnement et de l’économie. Les gouttelettes de pesticides qui ratent leur cible peuvent contaminer les humains et les cours d’eau adjacents. Elles sont une perte d’argent et n’ont aucun effet sur le contrôle des mauvaises herbes ou des prédateurs visés puisqu’elles ne les atteignent pas. Maurice Phénix n’aime pas parler de buses antidérive. Il préfère utiliser l’expression « réduction de dérive », puisque les gouttes de pesticides produites par ces dernières ratent tout de même un peu leur cible.

Ces buses grossissent le volume des gouttelettes qui sont pulvérisées par rapport au brouillard produit par les buses ordinaires. « C’est le brouillard par rapport à la pluie », compare-t-il. On comprend que le brouillard est beaucoup plus susceptible de dériver sur de longues distances que des gouttes de pluie. Il a cependant l’avantage de couvrir plus de surface sur les plantes qu’on veut éliminer. Ces buses sont donc particulièrement efficaces quand on utilise des pesticides de contact, qui détruisent les parties de la plante qu’ils touchent.

À l’opposé, les pesticides systémiques vont pénétrer dans la plante pour affecter ses mécanismes de survie. Ce type de pesticide est donc plus susceptible d’être utilisé avec des buses de réduction de la dérive.

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