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À l’automne 2017, Nature-Action Québec a réaménagé 2,5 km de bandes riveraines aux abords de la rivière Noire. Crédit photo : Nature-Action Québec

À l’automne 2017, Nature-Action Québec a réaménagé 2,5 km de bandes riveraines aux abords de la rivière Noire. Crédit photo : Nature-Action Québec

Nature-Action Québec s’attaque aux bandes riveraines

L’an dernier, un groupe de producteurs de la MRC de Vaudreuil-Soulanges a décidé de réaménager à faible coût les bandes riveraines des champs afin d’améliorer la rétention des sols et la biodiversité. Ce groupe espère maintenant en motiver d’autres à suivre son exemple.

Aux abords de la rivière Noire, un affluent de la rivière Delisle, des ­centaines de bourgeons s’apprêtent à pointer pour une première fois. C’est que ­l’automne dernier, l’organisme Nature-Action Québec y a planté des dizaines d’arbres et d’arbustes sur une distance de 2,5 km le long de la berge. Son objectif est triple : stabiliser le sol, couper le vent et ramener de la biodiversité animale dans le milieu.

Un groupe de producteurs agricoles de la MRC de Vaudreuil-Soulanges a mis en œuvre le projet avec l’organisme. Souhaitant à la fois réduire l’érosion des berges et améliorer la biodiversité du bassin versant de la rivière Delisle, Nature-Action Québec a entamé, l’automne dernier, le réaménagement des bandes riveraines des terres agricoles de cinq producteurs du secteur. Jofroi Desperrier-Roux, directeur de l’agronomie à la ferme Agri-Fusion 2000, représente trois d’entre eux.

« Le travail a été relativement simple, explique-t-il. L’organisme s’est chargé des plans et devis alors qu’on n’a eu qu’à préparer les bandes riveraines avec une herse rotative en plus de fournir une excavatrice. »

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Réaménagement

C’est ainsi que des kilomètres de bandes riveraines se sont transformés le temps de le dire. Aujourd’hui, celles-ci comptent non seulement des herbes fleuries susceptibles d’attirer les insectes pollinisateurs, mais aussi des arbustes de petits fruits ainsi que des variétés de feuillus produisant des noix. Ces derniers agiront plus tard comme brise-vent en plus de limiter l’érosion du sol près de la rivière. Mais ce n’est pas tout.

Les gestionnaires du projet de la rivière Noire ont profité de l’occasion pour ramener de la biodiversité dans la région. La sélection d’arbres nourriciers ne représente qu’un volet. Leur disposition crée aussi des corridors qui donneront aux animaux la possibilité de se déplacer.

« Chez les producteurs agricoles, il y a des zones sans arbres, explique Arianne St-Pierre, chargée de projets adjointe à Nature-Action Québec. En ajoutant ces feuillus, on transforme des milieux pour permettre, par exemple, aux oiseaux de migrer plus facilement. »

L’organisme a d’ailleurs dispersé une douzaine de nichoirs ainsi que neuf perchoirs à rapaces dans des endroits stratégiques pour ramener dans le secteur des espèces comme le tyran tritri, le petit-duc maculé et la crécerelle d’Amérique.

« En ramenant des espèces champêtres comme celles-là dans le secteur, on espère recréer un équilibre qui existait auparavant », ajoute Arianne St-Pierre.

Un coût minime

Planter des dizaines d’arbres et d’arbustes a évidemment un coût, mais comme le projet est subventionné à hauteur de 90 % par le programme Prime-Vert du ministère québécois de l’Agriculture, l’impact pour les producteurs demeure minime, selon Jofroi Desperrier-Roux.

« Si l’on pensait toujours aux projets en fonction d’une visée économique à court terme, on n’irait pas loin, dit-il. Avec le temps, le réaménagement devrait entre autres diminuer la quantité de sédiments qui se retrouvent dans les cours d’eau, et juste cet aspect représente un gain. » Pareil réaménagement implique aussi que la bande riveraine passe de trois à cinq mètres, ce qui réduit la zone exploitable pour un producteur. Encore là, ce n’est rien pour faire sourciller l’agronome de formation. « L’impact est relativement minime parce que c’est une zone à faible rendement en raison de la compaction du sol », affirme-t-il.

De toute manière, le programme ALUS permet de financer pendant les cinq premières années les pertes associées à la réduction de l’espace cultivable.

« Les gens voient tout ça comme un projet coûteux, mais grâce aux compensations, l’investissement est vraiment minime », ajoute Jofroi ­Desperrier-Roux.

Pour l’été qui vient, deux de ses collègues verront eux aussi les abords de leurs champs être réaménagés. Nature-Action Québec prévoit créer 1 km de haies brise-vent en plus d’aménager 1,7 km de bandes riveraines.  

Martin Primeau, journaliste