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Dans le maïs-grain, de l’urée enrobée avec un produit pour ralentir ou retarder la libération de l’azote peut donner d’excellents résultats. Crédit photo : Valérie Charest, étudiante, AAC.

Dans le maïs-grain, de l’urée enrobée avec un produit pour ralentir ou retarder la libération de l’azote peut donner d’excellents résultats. Crédit photo : Valérie Charest, étudiante, AAC.

L’urée enrobée, emballante pour les cultures

Des chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) à Québec étudient les engrais à base d’urée recouverts d’un enrobage qui retarde la libération de l’azote dans le sol. Ils ont confirmé les avantages de ces formes d’urée, mais de façon différente dans le maïs-grain, la pomme de terre et les graminées fourragères.

L’urée, de formule 46-0-0 en N, P et K (46 % d’azote, 0 % de phosphore et 0 % de potassium) est l’engrais azoté le plus employé dans le monde.

« Le problème est que l’urée peut perdre jusqu’à 75 % de son azote par volatilisation », explique Gaétan Parent, chercheur au Centre de recherche et développement de Québec d’AAC. Des microorganismes du sol produisent une enzyme appelée uréase qui décompose l’urée, ce qui permet la libération, dans l’air, de l’azote qu’elle contient. Rappelons aussi que l’azote peut être lessivé par l’eau vers le sous-sol sous forme de nitrate (NO3) « Pour freiner ces réactions, on peut enfouir l’urée dans le sol, l’appliquer deux à trois jours avant une pluie ou encore enrober ses granules », mentionne M. Parent.

C’est pourquoi lui et ses collègues étudient deux types d’urée; l’une enrobée d’une pellicule de polymère et l’autre d’une couche d’un inhibiteur d’uréase.

Résultats dans le maïs-grain

Dans des essais réalisés pendant trois ans, Noura Ziadi, chercheuse en sciences du sol et collègue de M. Parent, a observé que l’urée enrobée de polymère, puis incorporée dans le sol en présemis, avait davantage profité au maïs-grain que l’urée non enrobée lors des deux étés les plus humides.

Par la suite, des essais réalisés par M. Parent pendant deux ans et sur quatre sites ont indiqué qu’un mélange moitié-moitié d’urée enrobée et non enrobée épandue en surface en présemis et enfouie dans le sol a amélioré significativement le rendement, mais dans moins de la moitié des sites. Cependant, dans toutes les parcelles, l’urée enrobée d’un inhibiteur d’uréase épandue en post-levée a donné des rendements parmi les meilleurs dans le maïs-grain, a noté le chercheur.

Dans la pomme de terre

Une autre collègue de M. Parent, Athyna Cambouris, agronome et chercheuse en agriculture de précision et en fertilisation des agroécosystèmes, a effectué des essais d’urée enrobée de polymère dans la pomme de terre, notamment pendant cinq ans sur un loam sableux irrigué d’une ferme de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. « Une seule application d’urée enrobée à la plantation a donné le même rendement total et commercialisable que les deux applications d’engrais conventionnels, soit le nitrate d’ammonium à la plantation et le sulfate d’ammonium au buttage, a observé Mme Cambouris. Et lors d’une année pluvieuse, l’urée enrobée a vraisemblablement mieux résisté au lessivage, car elle a permis à la pomme de terre d’accumuler plus d’azote que ces deux mêmes engrais. »

De son côté, Gaétan Parent a comparé l’urée enrobée de polymère, seule ou combinée à 25 % d’urée non enrobée, avec une fertilisation conventionnelle de sulfate d’ammonium (21-0-0) à la plantation, suivie de nitrate d’ammonium calcique (27-0-0) au buttage. Les doses comparées étaient de 0, 50, 100, 150 et 200 kg d’azote/ha.

« Les trois engrais ont donné le même rendement à une dose de 200 kg d’azote/ha, a noté le chercheur. Mais dans tous les cas, l’urée enrobée de polymère seul ou son mélange avec 25 % d’urée non enrobée ont donné de meilleurs rendements que les engrais conventionnels. »

Autre constat important : « On peut réduire de 40 à 60 kg la dose d’azote à l’hectare grâce à l’urée enrobée, seule ou en mélange, pour les mêmes rendements en pommes de terre, comparativement aux fertilisants conventionnels, a calculé M. Parent. Actuellement, le prix de l’urée enrobée est moins élevé que celui des engrais conventionnels. En raison de cette réduction possible de la dose d’azote, on pourrait se permettre de payer l’urée enrobée jusqu’à 1,4 à 1,7 fois plus cher que les engrais conventionnels pour avoir la même rentabilité. »

Dans les graminées fourragères

Dans les graminées fourragères, les engrais enrobés comparés étaient épandus à la volée, soit dans la proportion de 60 % au printemps et de 40 % après la première coupe de foin pour l’engrais conventionnel (du nitrate d’ammonium calcique 27-0-0). L’urée enrobée de polymère a amélioré faiblement le rendement à la première coupe, mais de façon plus marquée à la deuxième. Dans l’ensemble, cependant, les divers engrais ont donné le même rendement total pour les deux coupes. « Mais l’urée améliorée au printemps semble être une bonne solution de remplacement à l’application fractionnée de 27-0-0 », souligne M. Parent.