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Ce plant de maïs peut paraître insignifiant, mais il provient du génie génétique où deux technologies se démarquent, l’édition génétique et la modification génétique (OGM). Photo : Martin Ménard / TCN

Ce plant de maïs peut paraître insignifiant, mais il provient du génie génétique où deux technologies se démarquent, l’édition génétique et la modification génétique (OGM). Photo : Martin Ménard / TCN

L’édition génétique de vos grains, vous connaissez?

En pleine récolte de soya et de maïs, peu de producteurs y portent attention, mais l’édition génétique des plantes attire de plus en plus les regards. D’une part, les droits associés à l’utilisation de la technologie font l’objet de disputes. D’autre part, la réglementation européenne crée de l’incertitude.

Avant d’aller plus loin, il importe de répondre à une question que plusieurs lecteurs se posent depuis le début de cet article : quelle est la différence entre l’édition génétique et la modification génétique?

François Belzile, chercheur spécialisé  en génétique moléculaire végétale à l’Université Laval. Photo : Gracieuseté de l’Université Laval

François Belzile, chercheur spécialisé en génétique moléculaire végétale à l’Université Laval. Photo : Gracieuseté de l’Université Laval

Les plantes génétiquement modifiées, qu’on appelle des OGM, sont des plantes dont la génétique a été modifiée par l’homme en intégrant de l’ADN étranger à la plante. L’édition génomique, une technologie plus récente, ne consiste pas à intégrer de l’ADN étranger, mais plutôt à couper la séquence d’ADN de la plante. Cette technique sert à amplifier, à supprimer ou à diminuer un caractère, dit François Belzile, chercheur spécialisé en génétique moléculaire végétale à l’Université Laval. « On utilise un ciseau moléculaire pour couper à un endroit bien spécifique la chaîne moléculaire. La cellule ne peut tolérer une coupure; elle rebouche le trou. Il en résulte souvent une perte de fonction du gène, et dans l’immense majorité des cas, l’objectif est justement d’inactiver un gène existant », décrit M. Belzile, donnant l’exemple d’un gène spécifique d’un plant de soya qui peut être inactivé pour que les grains produisent une huile avec moins d’acide linoléique.

À qui appartient la technologie?

La technologie d’édition génétique CRISPR-Cas9 a été employée par des chercheurs et des compagnies qui veulent maintenant détenir les droits sur cette technologie dont l’utilisation dépasse le milieu végétal. De fait, la médecine pourrait l’utiliser pour guérir des maladies génétiques chez l’humain. La possession des droits ou d’une partie des droits de l’édition génétique pourrait donc devenir une mine d’or. Les tribunaux ont la difficile tâche de trancher sur les brevets en jeu. Cela complique l’utilisation de la technologie, mentionne François Belzile, puisque les développeurs de variétés végétales ne savent pas à qui ils doivent payer la licence.

Une réglementation différente ou floue

Plusieurs pays, dont les États-Unis et potentiellement, le Canada, excluraient l’édition génomique de la réglementation encadrant les OGM. Cela signifie, entre autres, que les compagnies de semences pourraient vendre leurs variétés éditées génétiquement sans devoir envoyer une panoplie de données au gouvernement assurant qu’elles n’ont pas d’impact négatif, sur l’environnement notamment.

L’Europe fait bande à part à ce sujet puisque la Cour de justice de l’Union européenne a décidé, en juillet 2018, que les plantes obtenues par l’édition génétique devraient suivre les mêmes exigences réglementaires que les OGM. Cette situation cause de l’incertitude et sera difficile à tenir pour l’Europe, croit François Belzile. « Avec un OGM, on peut assez facilement développer un test pour dire que c’est un OGM, mais avec l’édition génomique, c’est pratiquement impossible, car il s’agit d’une lésion microscopique dans l’ADN, et cette lésion aurait pu arriver spontanément dans la nature, ou aurait pu être obtenue par l’exposition à un agent chimique ou à des radiations; une technique largement utilisée depuis les années 1930. Alors ils vont réglementer sur quoi? » se demande-t-il. Cette position de l’Europe pourrait créer des perturbations sur le marché. « Il y a des compagnies qui attendent de voir comment l’Europe appliquera son règlement et si elles pourront y vendre leurs variétés éditées génétiquement avant de les mettre en marché », analyse-t-il.

Ce texte a été publié dans l’édition d’octobre 2021 du magazine GRAINS