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Photo : Joseph Moisan-De Serres, MAPAQ

Photo : Joseph Moisan-De Serres, MAPAQ

La punaise marbrée moins présente qu’estimée au départ

En 2018, les spécialistes en protection des cultures se préparaient à l’arrivée de la punaise marbrée dans les champs. Cet insecte qui s’attaque à plusieurs types de végétaux, dont les pommiers et le soya, n’a finalement pas connu une progression fulgurante et sa présence est encore limitée à la région de Montréal. Les pièges pour la détecter ont été retirés vu sa faible présence, bien qu’elle soit adaptée aux conditions climatiques du Québec.

Toutefois, Jacques Brodeur, professeur titulaire au Département de sciences biologiques de l’Institut de recherche en biologie végétale, rattaché à l’Université de Montréal, précise qu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Est-ce un « pétard mouillé » ou « une bombe à retardement » ? Il cite en exemple le cas du criocère du lys qui, après avoir été contenu plus de vingt ans à Montréal, s’est répandu rapidement et cause maintenant des dommages partout au Québec.

Si ce scénario de propagation devait se produire, le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en lutte biologique assure que les recherches effectuées aux États-Unis et en Europe, où la présence de la punaise marbrée est problématique, les aideraient à gérer la situation. Un parasite a d’ailleurs été trouvé aux États-Unis pour contrôler la population de la punaise marbrée, un des principaux ravageurs de plusieurs cultures au sud de la frontière.

D’autres insectes exotiques sous surveillance

La punaise marbrée n’est pas le seul insecte provenant de l’extérieur du pays à avoir fait son entrée dans les dernières années et dont l’évolution est surveillée par les experts.

Le scarabée japonais est bien présent dans les régions plus au sud de la province et cause des problèmes à certaines cultures, dont celle des bleuets. « Le scarabée japonais poursuit sa progression le long du fleuve Saint-Laurent. Elle est constante, mais lente. On en a observé dans la région de Québec », indique Jacques Brodeur. Des recherches sont en cours afin d’introduire un parasite qui contrôlerait naturellement la population du scarabée japonais, comme dans son pays d’origine. « Il pond ses œufs sur le scarabée et il n’a pas d’autres espèces hôtes. C’est parfait, il n’a pas d’effet négatif », relate le professeur.

Les coccinelles asiatiques, qui étaient bien présentes cette année, pourraient causer des maux de tête aux vignerons. Ceux-ci doivent prendre garde de ne pas les récolter lors des vendanges. « La coccinelle asiatique produit un liquide qui sent mauvais. Quand elle se retrouve dans une cuve, le vin est gâché. C’est un gros problème en Ontario », souligne Jacques Brodeur. Il explique que cet insecte a besoin de réserves pour l’hiver et lorsque les pucerons se font plus rares, il trouve refuge sur les raisins.

La coccinelle asiatique, introduite aux États-Unis pour faire la lutte au puceron, a peu de prédateurs, de parasites ou de virus pour lui barrer la route. Elle peut donc être prolifique. Bien qu’efficace contre les pucerons, cette espèce de coccinelle est aussi agressive et tente de décimer les autres types de coccinelles. Elle représente surtout une menace pour la biodiversité.

Un autre insecte provenant de l’Asie, la drosophile à ailes tachetées, cause des dommages aux petits fruits. « Elle a le caractère de pondre sur les fruits qui ne sont pas encore mûrs. Elle cause des dommages tôt en saison », indique M. Brodeur. Il précise toutefois que des recherches sont en cours afin de stériliser des mâles, un peu à l’instar de la mouche rose.