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La réussite du contrôle en serre avec les prédateurs et les parasitoïdes repose en grande partie sur une bonne planification, croit Yveline Martin, agronome au Club Bio-Action. Photo : Gracieuseté d’Yveline Martin

La réussite du contrôle en serre avec les prédateurs et les parasitoïdes repose en grande partie sur une bonne planification, croit Yveline Martin, agronome au Club Bio-Action. Photo : Gracieuseté d’Yveline Martin

La planification pour un meilleur usage des prédateurs et des parasitoïdes

L’introduction de prédateurs ou de parasitoïdes en serres de légumes biologiques et diversifiés est une méthode qui a fait ses preuves pour contrôler plusieurs insectes ravageurs. Encore faut-il savoir planifier correctement ses interventions. Une agronome y va de quelques conseils.

« Le relâcher de prédateurs et de parasitoïdes est une méthode merveilleuse en lutte biologique, mais il faut bien planifier sa saison », mentionne Yveline Martin, agronome au Club Bio-Action, qui a donné une conférence sur le sujet dans le cadre du Colloque maraîcher en serre du Centre de référence en agriculture et ­agroalimentaire du Québec, le 9 novembre. 

« Avec les entreprises qu’on suit depuis longtemps, on sait qu’il y a un historique d’apparition des nuisibles. On connaît à peu près la date à laquelle ils arriveront, indique-t-elle. Par conséquent, en début de saison, je monte avec mes clients un programme qui permet de planifier une introduction d’insectes constante pendant toute la saison, de façon préventive ou curative, selon les besoins. » 

La prévention en début de saison

Mme Martin mise sur l’importance de la prévention en début de saison avec l’utilisation de prédateurs qui n’ont pas nécessairement besoin de proie spécifique pour ­survivre. Leur présence dans la serre avant l’arrivée des nuisibles permet d’assurer un contrôle efficace. 

La principale erreur est d’introduire les insectes trop tard, selon elle. « Il faut savoir qu’il y a toujours un délai d’au moins une semaine entre la commande et la ­livraison. Dans l’éventualité où les nuisibles sont déjà bien présents dans la serre, ils ont plusieurs jours pour faire encore des ravages. » À cela, ajoutons qu’une à deux semaines peuvent s’écouler avant que les prédateurs fassent leur effet sur les populations. 

Une autre erreur à ne pas commettre est, par souci d’économie, d’appliquer une dose préventive quand on commence à apercevoir des nuisibles. « Il faut tout de suite y aller avec une dose curative quand on voit les insectes dans la serre. »

Autres facteurs à considérer

La manipulation des insectes est également un facteur à surveiller, insiste Yveline Martin. « Il faut toujours vérifier l’état des insectes quand on les reçoit. Le temps froid au printemps et les grandes chaleurs l’été peuvent les affecter. »

Le producteur doit aussi faire preuve de diligence avec ce matériel vivant. « Avec les insectes en vrac, on a ­parfois seulement 24 heures pour les appliquer, précise-t-elle. On a un peu plus de marge de manœuvre avec les insectes en sachets, mais attendre quatre jours avant de les ouvrir est une mauvaise idée. Les prescriptions du fournisseur sont à respecter. »

L’agronome mentionne par ailleurs qu’une attention particulière doit être accordée au degré d’humidité dans la serre en période de canicule. « Certains insectes ­fonctionnent mieux avec une humidité assez élevée (minimum 60 %). C’est un paramètre qu’il faudra surveiller. Dans une production de concombres, par exemple, on peut utiliser des brumisateurs ou mouiller le sol pour augmenter l’humidité ambiante. » 

Et les plantes réservoirs?

Enfin, l’emploi de plantes réservoirs est à considérer sous certaines conditions, prévient Yveline Martin. « On peut utiliser par exemple des plants d’orge ou d’avoine avec des pucerons des céréales qui ne sont pas nuisibles aux cultures pour certaines petites guêpes et ainsi les entretenir. Toutefois, ça demande un bon niveau de discipline puisque certains plants dessèchent rapidement dans la serre et ne durent que trois semaines. Tous les producteurs ne le font pas correctement et cette technique risque d’être coûteuse à la longue. »


Cet article a été publié dans notre cahier spécial Fruits et légumes du Québec, paru dans La Terre de chez nous du 9 novembre 2022.