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Le projet « La folle avoine au Bas-Saint-Laurent : Détection et lutte collaborative » permettra de réaliser le premier inventaire systématique de la folle avoine résistante aux herbicides dans la région et de proposer des alternatives de gestion, développées en collaboration avec les producteurs et les intervenants du milieu.

Le projet « La folle avoine au Bas-Saint-Laurent : Détection et lutte collaborative » permettra de réaliser le premier inventaire systématique de la folle avoine résistante aux herbicides dans la région et de proposer des alternatives de gestion, développées en collaboration avec les producteurs et les intervenants du milieu.

La folle avoine résistante aux herbicides au Québec

La folle avoine (Avena fatua L., AVEFA) est une plante graminée largement répandue dans toutes les provinces du Canada. Elle est considérée comme une des dix mauvaises herbes annuelles les plus dommageables des régions tempérées au niveau mondial.

Dans les Prairies, elle est présente dans 65 à 79 % des champs échantillonnés, et elle est responsable de dépenses importantes en termes d’herbicides, ainsi que de pertes de rendement pouvant aller jusqu’à 70 % dans les petites céréales. Au Canada, la résistance aux herbicides des groupes 1, 2, 14 et 15 a été répertoriée dans les Prairies, où la résistance aux herbicides des groupes 1 et 2 est largement répandue. Par exemple, les derniers résultats de l’inventaire systématique réalisé au Manitoba en 2016 montrent que l’AVEFA était présente dans 79 % des champs échantillonnés, et que 78 % des populations étaient résistantes aux herbicides du groupe 1, 43 % à ceux du groupe 2 et 43 % à ceux des groupes 1 et 2.

La folle avoine au Québec : l’ennemi caché en pleine vue

Au Québec, entre 2011 et 2018, seulement cinq populations de l’AVEFA avaient été classées comme résistantes aux herbicides du groupe 1 par le Service de détection de la résistance aux herbicides (SDD), collaboration entre le MAPAQ et le CÉROM. Par contre, contrairement aux inventaires systématiques réalisés dans les Prairies, les échantillons analysés par le SDD sont soumis sur une base purement volontaire, ce qui signifie que la présence de la résistance est probablement sous-estimée.

En fait, une enquête réalisée par Cuerrier et coll. dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean a démontré que la présence de l’AVEFA résistante aux herbicides peut être très répandue et même passer inaperçue. Trente-cinq pour cent des populations testées étaient classées comme résistantes au fénoxaprop-p-éthyl (herbicide du groupe 1), mais 19 % de producteurs ayant de l’AVEFA résistante ne le soupçonnaient pas. Ainsi, 50 % des producteurs participant à l’étude soupçonnaient avoir de l’AVEFA résistante, alors que ce n’était pas le cas.

En 2020, un sondage réalisé par la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent a démontré que 75 % des producteurs ont constaté la présence de la folle avoine dans leurs champs et que 25 % pensent avoir de la folle avoine résistante aux herbicides. Néanmoins, jusqu’en 2019, aucun échantillon provenant du Bas-Saint-Laurent n’avait pas été testé pour déterminer la résistance aux herbicides. En 2020, dans le cadre d’un projet pilote, cinq échantillons ont été envoyés pour tester la résistance aux herbicides du groupe 1. Les résultats obtenus ont démontré que tous ces échantillons étaient résistants au fénoxaprop-p-éthyl, et dans certaines populations, jusqu’à 92 % et 45 % des individus étaient capables de survivre à une fois et deux fois la dose de l’herbicide respectivement. Une population a même été classée comme résistante au fénoxaprop-
p-éthyl, au tralkoxydim ainsi qu’au pinoxaden. Ces résultats démontrent que l’AVEFA résistante aux herbicides est présente dans le Bas-Saint-Laurent, bien que son étendue réelle sur ce territoire n’ait pas encore été quantifiée.

Au Canada, des inventaires réalisés dans les Prairies et dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean démontrent qu’entre 35 et 79 % des échantillons de la folle avoine étaient résistants aux herbicides du groupe 1.

Au Canada, des inventaires réalisés dans les Prairies et dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean démontrent qu’entre 35 et 79 % des échantillons de la folle avoine étaient résistants aux herbicides du groupe 1.

La résistance de la folle avoine aux herbicides et les pratiques agricoles

Diverses études suggèrent que les régions où la production de céréales est dominante sont plus à risque de développer des populations de folle avoine résistante aux herbicides, entre autres en raison du manque d’options de rotation d’herbicides dans les céréales. Cela est malheureusement renforcé par les options limitées de rotation avec d’autres types de cultures afin de briser le cycle de certaines mauvaises herbes et d’utiliser d’autres groupes d’herbicides.

L’enquête réalisée au Saguenay–Lac-Saint-Jean expose le besoin d’améliorer les connaissances par rapport à la résistance aux herbicides et d’augmenter le taux d’adoption de méthodes de lutte intégrée. Par exemple, 71 % des producteurs ne font pas de réglages sur les pulvérisateurs de façon récurrente. En ce qui concerne la rotation des groupes d’herbicides, un concept clé dans la lutte contre la résistance, seulement 10 % des producteurs ayant participé à l’enquête ont été capables de définir correctement le concept. Finalement, 25,9 % des producteurs ont déclaré ne faire que rarement la rotation des groupes d’herbicides, alors que 18,9 % ne la font jamais.

La lutte collaborative contre la folle avoine

Les résultats des travaux réalisés au Québec démontrent qu’il est nécessaire de trouver des solutions pour gérer des populations résistantes de l’AVEFA afin de garantir la compétitivité des producteurs de céréales. Une partie de la solution passe par l’adoption d’un programme misant sur une approche communautaire, dans laquelle les producteurs agricoles participent activement à la conception et à la mise en œuvre des programmes, en collaboration avec les chercheurs et intervenants du milieu.

Un projet de recherche a débuté dans la région du Bas-Saint-Laurent en 2021 afin de :

· réaliser le premier inventaire de l’AVEFA résistante aux herbicides du groupe 1 dans la région (voir encadré);
· établir les causes potentielles de la résistance, et;
· développer et promouvoir l’adoption des stratégies de lutte intégrée contre l’AVEFA en utilisant une approche communautaire.

La folle avoine au Bas-Saint-Laurent : Détection et lutte collaborative

À la recherche des collaborateurs du projet : Entre 2021 et 2022, 150 champs en grandes cultures (vente, autoconsommation ou production de semences) seront échantillonnés gratuitement dans la région du Bas-Saint-Laurent dans le but de déterminer la présence de la folle avoine. Ainsi, des échantillons seront pris pour réaliser le test classique de résistance aux herbicides du groupe 1.

Qu’implique la participation au projet?

Les participants devront s’inscrire (https://tinyurl.com/AVEFA-BSL-inscription) et permettre aux membres du projet de réaliser le dépistage dans leur entreprise et de prendre des échantillons pour réaliser le test de résistance. À l’automne, il sera nécessaire de remplir un formulaire sur l’historique agronomique des champs dépistés, à remettre au plus tard le 31 décembre 2021.

Quels sont les bénéfices pour les participants? Le producteur et son conseiller recevront un rapport de dépistage et, si applicable, le rapport de diagnostic du test de résistance (valeur estimée de 4 000 $). Ainsi, il sera possible pour les producteurs et les conseillers agricoles (CCAE et du privé) de participer gratuitement et à leur convenance à des formations concernant la gestion de la folle avoine résistante aux herbicides. L’accompagnement par des experts est aussi possible pour ceux qui le souhaitent.

Pour plus d’information, vous pouvez contacter l’équipe de malherbologie du CÉROM par courriel à inventaire@cerom.qc.ca ou par téléphone au 450 464 2715, poste 237.

Le projet est une collaboration entre le CÉROM, le MAPAQ, la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, l’Université du Québec à Rimouski, le Groupe PleineTerre, les Producteurs de grains du Québec, la Coordination services-conseils et CropLife Canada. Il est financé par l’entremise du programme Innov’Action, en vertu du Partenariat canadien pour l’agriculture, entente conclue entre les gouvernements du Canada et du Québec.

Sandra Flores-Mejia, Ph. D., Chercheuse en malherbologie au CÉROM, sandra.flores-mejia@cerom.qc.ca

Ce texte a été publié dans le cahier Grains du mois de septembre 2021.