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Crédit photo: Guillaume Roy

Crédit photo: Guillaume Roy

Fertilisation dans les luzernières

Alors que les producteurs effectuent aujourd’hui trois ou quatre coupes dans leur prairie chaque saison, la quantité de matière organique exportée ne cesse de croître. Pour optimiser la production, il faut donc bien analyser les composantes dans le sol. 

« La stratégie de fertilisation sera fort possiblement différente pour une entreprise qui a des lisiers, fumiers ou composts à valoriser sur ses champs par rapport à une autre qui n’en a pas ou qui n’a plus d’animaux et qui ne reçoit aucune déjection animale de l’extérieur pour fertiliser des prairies, souligne Denis Ruel, agronome au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. De plus, si l’entreprise utilise des prairies pour faire du foin de commerce, il se peut que ça demande des stratégies particulières. »

Stéphane Lanctôt, agronome à l’Agrocentre Saint-Hyacinthe, abonde dans le même sens. « On cherche d’abord à optimiser l’utilisation du fumier et du lisier, dit-il, mais plusieurs producteurs préfèrent l’épandre seulement à la 2e ou 3e année de prairies afin d’éviter de trop compacter les champs. »

Mais pour connaître les besoins réels de fertilisation, il faut évaluer le rendement du champ pour savoir quelle quantité d’azote, de phosphore et de potassium sera exportée. « Il faut s’assurer de remettre les éléments exportés pour garder la luzernière productive, ajoute ce dernier. Les besoins du sol sont souvent plus grands que ce que la plante va exporter, car elle est récoltée entière. »

À long terme, il faut porter une attention particulière au niveau du potassium, estime l’agronome, car c’est un gage de survie en hiver. Et il faut aussi garder un œil sur plusieurs éléments mineurs, comme le manganèse, le zinc et particulièrement le bore. « Pour connaître les besoins de la plante, on procède à une analyse foliaire à la reprise et une fois pendant la saison, explique Stéphane Lanctôt. Ça nous donne beaucoup d’informations pour savoir comment la fertilisation est absorbée par le plant. » Au besoin, un engrais foliaire peut alors être ajouté pour combler certaines carences. 

Si un manque de bore est décelé en début de saison, le fertilisant Aspire, dont les granules contiennent du bore, peut être appliqué au champ, soutient l’expert d’Agrocentre. « Ce fertilisant permet une application plus uniforme. C’est aussi beaucoup moins pesant qu’une grosse tank à lisier dans un champ, sans compter qu’on l’utilise après la coupe, quand les sols sont beaucoup plus secs. »

L’évaluation du manganèse n’est pas à négliger non plus, car cet élément est peu disponible dans plusieurs sols pauvres du Québec ou dans les sols au pH élevé. « La luzerne est aussi une légumineuse qui a besoin de manganèse, soutient Stéphane Lanctôt. Une baisse de cet élément va nuire à la productivité. » 

Il faut aussi s’assurer de faire un bon semis uniforme, car c’est une étape clé pour bien réussir son champ de luzerne, ajoute l’agronome. Comme l’implantation est beaucoup plus efficace lorsqu’elle est faite en profondeur plutôt qu’en surface, celui-ci suggère également d’ajuster le pH, au besoin, avant de faire les semis.