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L’analyse de sol constitue une démarche nécessaire avant de procéder à des travaux. Photo : Gracieuseté Marc Lajoie, MAPAQ

L’analyse de sol constitue une démarche nécessaire avant de procéder à des travaux. Photo : Gracieuseté Marc Lajoie, MAPAQ

Diagnostic de sol : la terre sous la loupe

La composition du sol s’avère une donnée essentielle non seulement pour une fertilisation adéquate, mais également comme préalable aux travaux d’automne. Outre les techniques habituelles de diagnostic, des instruments issus de l’agriculture de précision (intelligence artificielle, drones, satellites) sont aujourd’hui d’une fiabilité assurée. Qui plus est, les différents paramètres (température, humidité, pH, macroéléments, etc.) sont maintenant disponibles en temps réel.

L’échantillonnage des sols effectué dans des zones déterminées pourra aider à identifier les raisons des variations de rendements et ainsi ajuster les stratégies d’amélioration de la santé des sols. Photo : Gracieuseté d’Éric Labonté, MAPAQ

L’échantillonnage des sols effectué dans des zones déterminées pourra aider à identifier les raisons des variations de rendements et ainsi ajuster les stratégies d’amélioration de la santé des sols. Photo : Gracieuseté d’Éric Labonté, MAPAQ

L’analyse de sol constitue une démarche nécessaire avant de procéder à des travaux. Toutefois, elle demeure un sujet complexe en raison de la grande diversité des types de sols et des cultures. Les résultats sont souvent liés à la méthode utilisée.

Cet exercice joue un rôle essentiel dans la gestion des champs et des cultures. La connaissance des principaux nutriments dans le sol s’avère nécessaire pour l’application d’intrants et pour des conditions de croissance optimales. Elle assure également une certaine traçabilité au centre des préoccupations des agriculteurs et éleveurs et de leurs partenaires.

« L’analyse de sol permet de connaître la teneur en matière organique du sol, le type de sol, le pH ainsi que la teneur en certains éléments nutritifs, précise le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec [MAPAQ]. Ces informations sont essentielles à un agronome afin qu’il puisse faire des recommandations de fertilisation dans le but de combler les besoins des cultures. »

Sonder le terrain

Le travail du sol nécessite une connaissance approfondie de ce milieu de vie. Pour y arriver, un profil de sol est l’exercice à privilégier. Il consiste à l’évaluer en observant sa structure, sa couleur, le degré de décomposition des résidus végétaux et l’état des systèmes racinaires. À l’aide d’une clé de ­diagnostic, on peut alors identifier l’origine des problèmes rencontrés.

Par une simple observation visuelle, on peut reconnaître un sol privé d’oxygène; il prend alors une teinte grisâtre au lieu de brun-rouille, lorsqu’aéré convenablement. De l’eau en surface peut indiquer un espace de compaction et le liquide sera absorbé en périphérie; un mauvais drainage entraînera l’eau par le fond.

« Pour obtenir une image d’une parcelle donnée, plusieurs outils en agriculture de précision devraient être utilisés en combinaison, recommande le MAPAQ. Par exemple, l’utilisation d’Info-sols http://www.info-sols.ca permet notamment de se renseigner sur le type de sol et sur la topographie.

Avec les cartes de rendements, il est aussi possible de déterminer des zones de moindres rendements. L’échantillonnage des sols effectué dans ces zones déterminées pourra alors aider à identifier les raisons des variations de rendements et ainsi ajuster les stratégies d’amélioration de la santé des sols. »

Le travail du sol nécessite une connaissance approfondie de ce milieu de vie. Pour y arriver, un profil de sol est l’exercice à privilégier. Il consiste à l’évaluer en observant sa structure, sa couleur, le degré de décomposition des résidus végétaux et l’état des systèmes racinaires. Photo : Gracieuseté d’Éric Labonté, MAPAQ

Le travail du sol nécessite une connaissance approfondie de ce milieu de vie. Pour y arriver, un profil de sol est l’exercice à privilégier. Il consiste à l’évaluer en observant sa structure, sa couleur, le degré de décomposition des résidus végétaux et l’état des systèmes racinaires. Photo : Gracieuseté d’Éric Labonté, MAPAQ

Le labo dans le champ

Dans le cas des analyses de sol standards, il faut quelques jours (de trois à sept) avant d’obtenir les résultats et, en raison du coût, on limite le nombre de prélèvements, ce qui ne donne pas une mesure exacte pour l’ensemble du champ. De plus, cette technique fait en sorte que le producteur traite malheureusement ses champs de façon uniforme.

La sonde développée par l’entreprise Chrysalabs permet d’analyser la qualité d’un sol et d’obtenir les résultats en quelques secondes. Photo : Gracieuseté de Chrysalabs

La sonde développée par l’entreprise Chrysalabs permet d’analyser la qualité d’un sol et d’obtenir les résultats en quelques secondes. Photo : Gracieuseté de Chrysalabs

Si on pouvait examiner le sol un peu partout sur un terrain, les résultats pourraient indiquer les variations selon les zones couvertes. C’est en quelque sorte l’approche développée par ChrysaLabs, un groupe à l’origine d’une sonde portative de mesure des éléments dans le sol. Issue de l’intelligence artificielle, cette approche génère des résultats instantanés.

« La spectroscopie est la technologie au cœur de ­l’innovation, explique Samuel Fournier, cofondateur et président-directeur général de l’entreprise. De la lumière est émise par la sonde vers le sol et les rayons lumineux sont recaptés par le spectromètre. Comme chaque élément possède une signature spectrale différente, on utilise l’intelligence artificielle pour interpréter chaque spectre fourni par l’instrument pour les convertir en concentration de nutriments. »

Son utilisation est fort simple : il suffit de planter l’appareil et de presser un bouton. En l’espace de 10 secondes, on obtient des informations précises. Des algorithmes d’apprentissage automatique calibrent l’outil suivant le type de terrain devant lequel on se retrouve.

Touchant une vingtaine de paramètres (NPK, pH, matière organique, nutriments mineurs, taux d’humidité, etc.), les données sont transmises sur une plateforme infonuagique accessible depuis un ordinateur ou un téléphone intelligent. Des analyses en temps réel et géoréférencées quasi complètes des parcelles permettent de produire ses propres cartes de fertilisation.

« Notre technologie permet aux producteurs et aux agronomes d’avoir accès à plus d’informations provenant du sol, plus rapidement et moins cher, ajoute Samuel Fournier. Ultimement, ces informations permettent ­d’appliquer seulement les bons intrants, aux bons moments, aux bons endroits et en bonnes quantités, ce qui améliore les rendements et réduit les coûts inutiles de la surfertilisation. Nous travaillons dans tous les types de cultures. »

La connaissance de la santé du sol favorise l’utilisation optimale d’engrais, d’amendements ou de pesticides. Dans le cas contraire, le surplus se retrouve dans les ­fossés et la nappe phréatique.

« ChrysaLabs s’insère dans le grand mouvement de l’agriculture de précision, conclut M. Fournier. En utilisant des données, elle permet de mieux comprendre les différentes zones d’un champ et d’adapter les pratiques afin d’obtenir un meilleur rendement. »

Des tests en kits avec codes couleur

D’autres systèmes, dont Palintest, sont basés sur des blocs de comparaison de couleurs à l’aide de réactifs (comprimés) simples à utiliser. Ils s’appliquent aux tests d’azote et de phosphore. Quant au potassium, on se sert plutôt d’une procédure basée sur la quantité de turbidité de l’échantillon, alors que le comptage des comprimés sert pour le test du calcium.

« Les kits testent une variété de paramètres à l’aide d’une méthode visuelle ou numérique selon le kit, indique le Dr Gavin Lishman, directeur général de Martin Lishman Ltd. Les résultats sont obtenus dans des délais variables en fonction du paramètre testé et des différents traitements de l’échantillon de sol, mais dans tous les cas, les tests sont conçus pour être rapides et faciles à réaliser. »

Des instruments volants

Par ailleurs, on peut obtenir des informations pointues sur l’état des champs à l’aide d’autres instruments de mesure tels les drones. Munis de capteurs thermiques, ces véhicules télépilotés sont notamment en mesure de déterminer la température d’un sol, d’estimer le stress hydrique des cultures, de détecter les zones humides, d’évaluer l’écoulement d’eau ou encore d’apprécier les biomasses.

« Comme plusieurs facteurs peuvent influencer la santé des sols, il faut faire attention de ne pas se fier exclusivement sur l’analyse chimique traditionnelle, qu’elle soit effectuée de manière ponctuelle au champ ou encore par les nouveaux outils associés à l’agriculture de précision, conclut le MAPAQ. Les analyses de sol ne sont pas une fin en soi. Ils sont un outil parmi d’autres qui permet à l’agronome de préciser ses recommandations en santé des sols. » 

Roger Riendeau, collaboration spéciale