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La punaise verte ou ponctuée, commune en région tropicale et subtropicale, est également sur la liste des nouveaux insectes à surveiller. Crédit photo : Juan Emilio, Creative Commons

La punaise verte ou ponctuée, commune en région tropicale et subtropicale, est également sur la liste des nouveaux insectes à surveiller. Crédit photo : Juan Emilio, Creative Commons

De nouveaux ravageurs à nos portes

Le climat change et de nouveaux ennemis des cultures apparaissent. Souvent, ils s’établissent aux États-Unis avant de remonter vers le Canada, à la faveur des étés plus chauds et plus longs.

Annie-Ève Gagnon, chercheuse en biosurveillance des cultures au Centre de recherche sur les grains (CÉROM), étudie les ravageurs et les maladies d’ici et d’ailleurs, qui affectent les grandes cultures. Elle est membre d’une équipe dont fait notamment partie sa collègue Geneviève Labrie, biologiste et entomologiste elle aussi. Annie-Ève Gagnon nous décrit quelques espèces préoccupantes parmi d’autres.

La punaise marbrée : déjà à Montréal

La punaise marbrée (Halyomorpha halys) vient d’Asie. Elle vole sur de très grandes distances et voyage comme passagère clandestine à bord des trains, des camions, des voitures et des roulottes.

Elle est déjà largement répandue aux États-Unis et on l’a signalée pour la première fois dans la campagne ontarienne en 2010. Chez nos voisins du Sud, cet insecte piqueur affecte plusieurs cultures : fruits, légumes, plantes ornementales, maïs et soya. Dans certains champs de soya de la Pennsylvanie, elle a fait chuter le rendement de plus de 50 %.

La punaise marbrée, originaire d’Asie, est l’un des nouveaux insectes qui menacent l’agriculture du Québec. Crédit photo : Joseph Moisan-De Serres, Laboratoire de diagnostic en phytoprotection, MAPAQ

La punaise marbrée, originaire d’Asie, est l’un des nouveaux insectes qui menacent l’agriculture du Québec. Crédit photo : Joseph Moisan-De Serres, Laboratoire de diagnostic en phytoprotection, MAPAQ

« On l’observe au Québec depuis l’automne 2014 dans la région de Montréal, où elle hiberne dans les bâtisses chauffées, et sa population est devenue très concentrée en milieu urbain, relate Mme Gagnon. Or, c’est habituellement à partir des villes que la punaise marbrée se propage dans les champs cultivés et les forêts. Cet insecte passe l’hiver dans nos maisons dès son cinquième et dernier stade larvaire. En pleine nature, elle hibernera probablement chez nous vers 2025. »

Seul un spécimen de punaise marbrée avait été capturé en 2014 dans un verger près de Franklin, en Montérégie. « Depuis cette capture, on ne l’a toujours pas observée dans les champs ou en forêt à l’extérieur de la grande région de Montréal », note le biologiste Jacques Brodeur, professeur à l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale. M. Brodeur travaille au sein d’un vaste réseau de dépistage mis sur pied par Agriculture et Agroalimentaire Canada, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), l’Université de Montréal, le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario et le ministère de l’Agriculture et des Pêches de la Nouvelle-Écosse.

« Dans son lieu d’origine, cette punaise ne cause pas de problèmes majeurs, car elle y affronte ses ennemis naturels », dit le biologiste. Parmi d’autres moyens de lutte, celui-ci tente de trouver des parasitoïdes naturels, notamment des petites guêpes parasitant les œufs de cette punaise, qui assureront ce rôle chez nous sans nuire à nos propres espèces.

« À l’heure actuelle, la punaise marbrée n’a pas atteint un stade inquiétant pour nos cultures, mais on la surveille de près », ajoute Jean-Philippe Légaré, entomologiste au Laboratoire de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ. « Les gens qui pensent en apercevoir peuvent d’abord nous envoyer une photo du spécimen et nous poursuivrons l’investigation s’il s’agit bien d’une punaise marbrée », précise M. Légaré.

La punaise verte ou ponctuée

La punaise verte ou ponctuée (Nezara viridula) est un autre insecte à suivre de près. Elle présente une forme similaire à celle de la punaise marbrée, mais elle est un peu plus petite et de couleur vert pâle brillant. On la rencontre dans les régions tropicales et subtropicales de tous les continents, mais elle atteint rapidement les zones tempérées. Cette punaise s’est déjà installée en Ohio et au Massachusetts, mais on l’a aperçue plus au nord. Elle s’attaque à de nombreuses cultures et fait parfois baisser le rendement de 20 % dans les champs de soya d’Australie.

La noctuelle de la tomate

Appelée également chenille des épis de maïs ou ver de la capsule, la noctuelle de la tomate (Helicoverpa armigera) est friande d’une foule de cultures, notamment les légumes, le coton, les plantes ornementales, le soya et les céréales telles que le maïs, le blé, l’orge et l’avoine. C’est une espèce très proche du ver de l’épi du maïs (Helicoverpa zea), bien connue ici pour sa propension à causer des dégâts dans le maïs. Comme chez ce dernier, c’est la chenille (larve) de la noctuelle de la tomate qui provoque les dommages.

L’Asie, l’Afrique, le sud de l’Europe et l’Océanie sont les régions préférées de la noctuelle de la tomate, mais on la retrouve maintenant en Amérique du Sud. On l’a aussi détectée en Floride en juin 2015. À l’état adulte, cette noctuelle migre sur de grandes distances. On s’attend à ce que le climat et le commerce des plantes ornementales, du coton et des légumes facilitent son introduction chez nous.

La rouille asiatique du soya

La rouille asiatique du soya (Phakopsora pachyrhisi) est provoquée par un champignon qui se développe dans bon nombre de pays tropicaux et subtropicaux. Cette maladie peut anéantir 80 % d’une récolte de soya. « Les spores du champignon auraient été transportées jusqu’aux États-Unis par un ouragan en 2004, souligne Annie-Ève Gagnon, mais les dommages que la rouille asiatique du soya cause chez l’oncle Sam sont toutefois moins sévères qu’en Amérique du Sud. Ces spores survivent difficilement aux hivers canadiens. » Nos chercheurs gardent l’œil ouvert, car cette maladie est présente en Ontario depuis quelques années.

Faire travailler la nature

Accroître la biodiversité est une bonne façon d’augmenter le nombre d’ennemis naturels des futurs envahisseurs. Pour ce faire, on peut notamment effectuer des rotations et planter des haies brise-vent. De même, les semis de maïs, de soya et d’une troisième culture en bandes parallèles accroissent l’équilibre entre insectes utiles et nuisibles.

L’aménagement de bandes fleuries le long des champs ou de rangées d’arbres fruitiers est une autre technique prometteuse. « Les fleurs attirent les guêpes parasites femelles. Elles se nourrissent du pollen et du nectar avant de pondre dans les œufs de plusieurs insectes nuisibles », explique Jacques Brodeur. « De plus, en bordure d’un champ, les bandes fleuries retiennent et filtrent la terre, les fertilisants et les pesticides », ajoute Sébastien Brière, représentant aux services agronomiques pour Syngenta. Ce fabricant offre des mélanges de semences de plantes qui fleurissent toute la saison, dans le cadre de l’Opération pollinisateurs.