fbpx
La production hors-sol s’avère une avenue intéressante dans la mesure où une ferme désire cultiver des variétés moins rustiques. Photos : Gracieuseté de la Bleuetière Parisville

La production hors-sol s’avère une avenue intéressante dans la mesure où une ferme désire cultiver des variétés moins rustiques. Photos : Gracieuseté de la Bleuetière Parisville

Bleuets en corymbe - Une technique qui devient un argument de vente

En 1995, la Bleuetière de Parisville a trouvé une façon originale de se démarquer de la concurrence : cultiver des variétés moins rustiques dans des pots. Bien que cette technique hors-sol représente un investissement important et plus d’ouvrage, sa popularité auprès des visiteurs ne se dément pas.

La culture en pots représente 10 % de la superficie de cette ferme de cinq hectares du Centre-du-Québec, qui peut ainsi offrir à l’autocueillette des cultivars au calibre intéressant comme la Chandler ou la Blue Jay. « La culture en pots donne aussi l’avantage de pouvoir rester debout durant la récolte. Les fruits sont à la bonne hauteur et les branches sont aérées. Même les visiteurs à mobilité réduite y trouvent leur compte. C’est une plus-value et on conserve cette technique pour répondre à une demande du public », témoigne le producteur David Ouimet, qui a partagé les dessous de cette technique durant un séminaire organisé par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) sur la culture hors-sol des petits fruits.

Préparer le terrain

On fait d’abord un plan pour situer l’irrigation, les chemins d’accès et les rangées. En sélectionnant le type de contenant – des pots de 75 L à la Bleuetière de Parisville –, on peut dès lors déterminer le nombre de plants à produire et trouver la meilleure configuration. « Ensuite, on choisit le type de couvre-sol – dans notre cas, une toile géotextile qui assure un meilleur égouttement et une bonne protection contre les mauvaises herbes – et on établit un dénivelé du champ pour favoriser un bon écoulement des eaux de surface », indique David Ouimet.

Irrigation

Une fois la canalisation et les valves installées, il suffit de connecter les lignes secondaires au système. On peut utiliser des tubes carrés en métal et des tuyaux de Carlon de 2 pouces. L’irrigation est assurée par aspersion avec de l’eau claire ou encore avec un système goutte à goutte. « On vérifie les besoins en eau au poids. Lorsque le pot est léger, il est temps d’irriguer. Éventuellement, on peut automatiser le processus avec un hygromètre. »

L’évolution du plant

La production des plants se fait d’abord dans des sacs de 6 pouces de diamètre. À l’âge de quatre ans, le plant est transféré dans un pot de plastique de 12 pouces, puis dans un pot de 24 pouces à partir de huit ans. « Il est important de ne faire aucune coupe durant les transferts ni de rien ajouter dans le fond du pot. Toutefois, on pourra remettre du bran de scie sur le substrat pour contrôler les mauvaises herbes », recommande le producteur. 

Le désherbage nécessite moins de travail, puisque la toile géotextile et le bran de scie répriment la plupart des mauvaises herbes.

Le désherbage nécessite moins de travail, puisque la toile géotextile et le bran de scie répriment la plupart des mauvaises herbes.

Substrat

Le substrat utilisé pour la culture des bleuets est un mélange de mousse de tourbe et de copeaux de bois. La mousse de tourbe possède un pH acide et facilite l’implantation des racines, tandis que les copeaux de bois – des résineux de préférence – offrent un bon apport de matière organique. Le producteur consacre une journée de travail par année pour la préparation du substrat, où il incorpore les deux matières dans un rotoculteur en y ajoutant de l’eau.

Fertilisation

La méthode de fertilisation varie selon la technique d’irrigation. Pour un système goutte à goutte, on choisira un engrais soluble, tandis qu’on optera pour un engrais granulaire dans un système d’aspersion. À la Bleuetière de Parisville, la première application se fait au début mai, selon la température. Une seconde application survient un mois plus tard.

 La taille printanière, moins sévère que la culture au champ, est un autre avantage de la culture hors-sol.

La taille printanière, moins sévère que la culture au champ, est un autre avantage de la culture hors-sol.

Récolte

 La taille printanière, moins sévère que la culture au champ, est un autre avantage de la culture hors-sol.

La taille printanière, moins sévère que la culture au champ, est un autre avantage de la culture hors-sol.

Juste avant la récolte, le producteur installe des filets sur des poteaux de cèdre pour protéger les fruits de l’appétit des oiseaux. En raison de la toile noire, le mûrissement est devancé d’un ou deux jours par rapport à la culture en champ. Toutefois, le rendement de chaque plant en pot est légèrement inférieur (environ 2 lb par plant) à celui d’un arbuste en champ, ses racines étant moins profondes.

Préparation à l’hiver

Étant donné que les plants en pots sont plus vulnérables au froid, ils doivent être préparés à passer l’hiver. À la mi-octobre, ceux-ci sont regroupés en rangées de sept et le champ est nettoyé. À 5 °C, une couverture hivernale est ajoutée et maintenue en place avec des planches de bois enroulées à leur tour dans des couvertures. Enfin, du poison à rongeur est ajouté en décembre, en janvier et en février par le moyen d’un tuyau.

Malgré quelques inconvénients, la technique de culture en pots offre un beau potentiel selon le modèle d’affaires de la ferme. « Avec des filets d’exclusion, la culture ne requiert aucun insecticide, et ouvre la porte à une régie biologique. À ce moment-là, un producteur peut demander un meilleur prix. Une ferme située près d’une ville et axée sur l’autocueillette pourrait aussi se démarquer avec cette technique », croit David Ouimet.


Cet article a été publié dans notre cahier spécial Fruits et légumes du Québec, printemps 2021.