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Le prêt d’équipements agricoles entre petits producteurs peut s’avérer une idée intéressante pour ceux qui n’ont pas encore la capacité d’acquérir leur propre machinerie. Crédit photo : Gracieuseté Ferme gastronomique chez Anouk

Le prêt d’équipements agricoles entre petits producteurs peut s’avérer une idée intéressante pour ceux qui n’ont pas encore la capacité d’acquérir leur propre machinerie. Crédit photo : Gracieuseté Ferme gastronomique chez Anouk

Ailliculture : des artisans commencent à se mécaniser

MONT-LAURIER — Au Québec, la culture de l’ail n’a pas encore atteint sa maturité et compte une majorité de petits producteurs dans ses rangs. 

Les méthodes artisanales demeurent bien présentes dans cette industrie naissante, mais la mécanisation des opérations gagne graduellement du terrain. 

« Les producteurs qui optent pour la machinerie commencent bien souvent par la planteuse parce que le gain en temps est vraiment significatif », explique Sam Chauvette, agronome au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Une affirmation corroborée par Anouk Préfontaine, de Mont-Laurier. 

Jusqu’à il y a deux ans, la propriétaire de la Ferme gastronomique Chez Anouk plantait manuellement ses 40 000 caïeux, à raison de 500 en moyenne à l’heure. « Ça prenait environ une semaine pour compléter cette opération », témoigne-t-elle. Avec sa planteuse, elle peut maintenant mettre en terre environ 10 000 bulbes à l’heure. La production de la ferme située dans les Hautes-Laurentides atteint cette année plus de 100 000 gousses d’ail. « Ça me permet de profiter de la fenêtre parfaite qu’offre la météo. »

Dave Boily, de Saint-Hyacinthe, fait partie de ces petits producteurs qui songent tranquillement à s’équiper à mesure que leur production augmente. L’automne dernier, avec son équipe, il a planté 17 000 caïeux à la main. « À six ou sept personnes, l’opération se fait en une journée », mentionne-t-il. 

Un autre avantage non négligeable de la mécanisation des opérations est de pallier la pénurie de main-d’œuvre. « Cette année, par exemple, la récolte s’est déroulée en pleine canicule, note Anouk Préfontaine. Ce n’est pas facile de se trouver des travailleurs dans ce contexte. » 

Pour cette étape, l’agricultrice de Mont-Laurier travaille encore à l’ancienne en cueillant ses bulbes une fois que la lame souleveuse les a partiellement déracinées. En comparaison, une récolteuse lieuse à un rang de marque ERME pourra amasser puis rassembler en petits paquets la production d’un champ d’un hectare sur une période de 8 heures. « Au Québec, tu peux compter sur les doigts d’une main les producteurs qui ont une récolteuse », souligne Sam Chauvette.

Pour éviter les maux de pouces

Si cet équipement s’avère un luxe presque inabordable pour la majorité, l’achat d’une craqueuse devient par contre indispensable pour une productrice intermédiaire comme Anouk Préfontaine, qui en a fait l’acquisition l’année dernière. « C’était une des grosses opérations de l’année. Nous étions cinq ou six assis en rond à casser les bulbes un par un et à classer les caïeux. Au bout de deux semaines, on avait mal aux pouces », explique en souriant celle dont la production est certifiée biologique par Québec Vrai. 

Pour Sam Chauvette, l’avenir de l’ail québécois est prometteur et passe par une présence accrue dans les grandes chaînes d’alimentation. « Et pour prendre cette place-là, il faut nécessairement une production mécanisée pour assurer un volume critique », croit-il.

Une règle à laquelle adhère Anouk Préfontaine. « Moi, j’aime dire que je crois au produit de niche en quantité industrielle. Je pense qu’il y a moyen d’être gros et mécanisé, et de répondre à la demande des chefs cuisiniers par exemple », conclut-elle. 

Bernard Lepage, collaboration spéciale.