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Un épandeur à fumier de haut niveau fait maison

Steven Lalonde est un vrai « patenteux ». En plus de cultiver ses 90 hectares en céréales biologiques et d’élever 180 000 poulets par an, il a de l’énergie et de l’imagination à revendre puisqu’il s’est lancé dans la construction d’un épandeur à fumier. Toute une aventure!

Steven est propriétaire avec son épouse Loraine de la ferme Tullochgorum à Ormstown, au sud de Montréal. Le jour de la visite de L’UtiliTerre, il se sentait un brin nerveux. Après tout, c’était un peu le lancement de sa machine! Quelques semaines plus tôt, la boîte à engrenages qui actionne la chaîne de l’épandeur avait rendu l’âme. Depuis, une autre boîte a été commandée aux États-Unis, livrée et installée. Il restait à s’assurer qu’elle allait tenir le coup…

Historique
Il en aura fallu, de l’imagination, des contacts et des efforts, pour en arriver à cette belle machine qui a exigé trois ans de travail. Après deux couches de fond et deux autres de peinture époxy d’un beau vert jade, elle est rutilante et aurait pu prendre place sans gène dans un salon de machinerie agricole.

La boîte à fumier a été assemblée par Steven à partir de panneaux d’acier de 1,2 m sur 2,4 m et d’une épaisseur de 4,76 mm (4 pi x 8 pi et 3/16 de pouces d’épaisseur). Chacune des soudures a été passée à la rectifieuse (grinder) pour éviter tout dépôt de fumier qui pourrait éventuellement occasionner la corrosion du métal. « Je ne voulais pas créer d’aspérités où le fumier pourrait s’accumuler », dit-il. Ce laborieux travail a demandé beaucoup d’énergie, mais il a donné un fini très professionnel à la machine. « Tout ce qui est peint en vert est de fabrication maison, sauf le hayon et le batteur qui a été récupéré sur le vieil épandeur de la ferme », tient-il à préciser.

La boîte a été déposée sur un châssis qu’il avait fait fabriquer il y a une quinzaine d’années. Selon lui, il est plus fort que ceux qu’on utilise généralement sur ce genre d’équipement. Pour éviter la compaction, l’épandeur repose sur un tandem de quatre roues.

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Sécurité
Notre patenteux a fait preuve d’une grande préoccupation pour la sécurité au moment de concevoir sa machine. Mis à part le batteur, toutes les pièces mobiles ont fait l’objet d’une protection adéquate pour éviter les accidents. À l’avant de l’épandeur, une grille recouvre les poulies qui sont actionnées par la prise de force et qui transmettent leur mouvement rotatif à un arbre de commande. Par mesure de sécurité, cet arbre de transmission a été inséré dans un tuyau de PVC de cinq centimètres de diamètre. Impossible d’y coincer manches de chemise ou doigts imprudents.

La petite boîte à engrenages récupérée sur son vieil épandeur actionne le batteur au moyen d’une chaîne à rouleaux et de roues dentées. Beaucoup d’accidents peuvent survenir avec ce type d’équipement. C’est pourquoi Steven l’a recouverte d’un solide boîtier métallique qui recouvre également la grosse boîte à engrenages de la chaîne qui fait avancer le fumier.

Boîtes à engrenages
Les champs de la Ferme Tullochgorum nécessitent peu d’ajouts de phosphore. Steven doit donc gérer avec précision les quantités de fumier de volailles qu’il y étend. Il a installé un régulateur de vitesse sur le moteur hydraulique qui actionne la chaîne de l’épandeur. À l’aide d’un petit bras de contrôle, il est possible de faire varier de 0 à 100 % la vitesse de ce moteur et ainsi la quantité de fumier épandu, peu importe la vitesse d’avancement de l’épandeur. Avec son tracteur Deutz, Steven peut faire varier la vitesse du moteur hydraulique depuis son siège de tracteur. Ce n’est cependant pas possible avec son vieux tracteur. D’où la grande utilité du régulateur de vitesse.

Le producteur a installé une valve de sécurité qui empêcherait l’huile hydraulique de circuler à contresens à la suite d’une mauvaise connexion accidentelle des conduits. On peut facilement imaginer les dommages que pourrait causer le fonctionnement inversé du moteur hydraulique, particulièrement sur la chaîne qui déplace le fumier.

La boîte à engrenages qui actionne la chaîne a donné du fil à retordre à Steven Lalonde. Dans les premières versions de l’épandeur, elle fonctionnait bien jusqu’à ce que de l’eau ait été ajoutée au fumier de volaille. L’effort supplémentaire demandé lui a été fatal. « Ç’a été la seule surprise du projet », avoue-t-il.

Notre patenteux a acheté aux États-Unis une nouvelle boîte qui réduit de 30 à 1 les révolutions du moteur hydraulique. Elle est plus forte et elle tient le coup.

Arrière
L’arrière de l’épandeur est composé du batteur qui a été récupéré sur le vieil épandeur de la ferme. Steven a fait fabriquer le hayon à l’extérieur puisqu’il est recourbé en demi-lune. Il ne possède pas les machines capables de faire ce travail à la ferme. Ce hayon s’ouvre par le bas et une fois fermé, il évite que des mottes de fumier tombent aux champs. Elles doivent passer par le batteur pour qu’il les désagrège.

Des barres transversales ont été placées à l’arrière de la boîte pour régulariser l’arrivée du fumier au batteur, qui reçoit donc toujours le même volume à disperser.

Essai
Lors de l’essai en présence de L’UtiliTerre, la machine a très bien fonctionné. Au grand soulagement de Steven, la boîte à engrenages a tenu le coup, le fumier a été étendu uniformément, sans mottes et avec un minimum de compaction du sol. Seule déception, la belle machine ne serait plus la bienvenue dans un salon de machinerie agricole…

Des boîtes aux lettres blindées
boiteauxlettre250Steven Lalonde a construit, pour la parenté ou des voisins, près d’une dizaine de boîtes aux lettres comme celle-ci. Elle a été conçue pour contrer le vandalisme dont sont trop souvent victimes beaucoup de communautés rurales d’Amérique du Nord. Il semble qu’une tradition d’Halloween, des débuts d’année scolaire ou de fins de session amènent de « jeunes apaches » à s’attaquer à coups de bâton de baseball à ces pauvres boîtes de tôle.

Celle de Steven pèse 36 kg, son couvert est fait d’acier de 13 mm, ses côtés et sa base sont à peine moins épais. Inutile de dire que ceux qui assènent un coup de bâton de baseball à ce mastodonte vont en garder un souvenir impérissable. « C’est le but recherché », confirme Steven.

 

 

 

Une étagère à machineries
etagere250Agrandir de l’intérieur, voilà ce que Steven Lalonde a fait dans son hangar à machineries quand il a construit cette étagère avec des tubes métalliques carrés. Elle fait cinq mètres de largeur et est suffisamment profonde pour qu’on y glisse un sarcleur et une houe rotative de six rangs. Notre patenteux a même eu assez d’espace au rez-de-chaussée pour y ranger une remorque à bateau. « Les travaux m’ont coûté 2 000 $ en matériaux. C’est quand même moins cher qu’un nouveau hangar », dit-il.

 

 

 

 

 

Patenteux et producteur de maïs soufflé!
Lmais250’esprit du patenteux ne connaît pas de limites. Il ne faut donc pas s’étonner que Steven et son épouse Loraine se soient lancés dans la production de quelques hectares de maïs à « popcorn ». Même si le manque d’unités thermiques du Québec limite les possibilités de cette production, rien ne les a empêchés de connaître des succès inattendus. La coopérative City Market de Burlington, au Vermont, met sur ses tablettes le maïs soufflé bio du Québec de la Ferme Tullochgorum.

Le couple a dû remplir une montagne de formulaires pour répondre aux exigences du capricieux département de l’Agriculture des États-Unis. Au Canada, son maïs se vend dans la région de Hull et d’Ottawa. L’UtiliTerre en a déniché à Montréal, à l’épicerie Latina sur la rue Saint-Viateur, dans le quartier Mile-End. Les variétés blanche et bleue de la Ferme Tullochgorum s’y vendent 4,50 $ pour 380 g et font compétition sur la même tablette à nul autre qu’un certain Orville Redenbacher’s.

 

 

 

Un drone maison
planeur250Rien de tel qu’une vue aérienne pour suivre l’évolution de ses cultures. Selon Steven Lalonde, ce planeur en styromousse résistante de 2 m d’envergure a coûté 200 $ chez Hobby 2000, à Chateauguay. Il a déjà volé à plus de 350 mètres d’altitude. « Je ne le voyais plus », dit-il. Son moteur et les volets qui le guident sont actionnés par une télécommande qui elle vaut 450 $.

Une caméra Go-Pro de 300 $, souvent utilisée par les amateurs de sports extrêmes qui veulent enregistrer leurs prouesses, est fixée sur le fuselage. Elle filme en continu les champs devant elle. Le planeur descend doucement ou remonte en traversant des poches d’air chaud. Au retour de l’appareil, on peut visionner sur ordinateur les images qui donnent une très bonne idée de l’état des cultures. Notre patenteux a même déjà découvert des plantations de cannabis dans des champs du voisinage.