fbpx
La pression exercée par le passage de la machinerie lourde, conduit souvent à un compactage du sous-sol. Photo : Gracieuseté JLD Lagüe

La pression exercée par le passage de la machinerie lourde, conduit souvent à un compactage du sous-sol. Photo : Gracieuseté JLD Lagüe

« Travaux de précision » : pour un chantier optimisé

La préparation du lit de semence pour la prochaine saison constitue généralement l’objectif principal du travail du sol d’automne. Toutefois, cette démarche suppose des interventions favorables au bon maintien de la qualité du sol.

Au cours des dernières décennies, la monoculture (la presque totalité des sols au Québec) utilisant les méthodes traditionnelles de travail du sol a entraîné diverses manifestations de dégradation des sols. La plantation de plantes annuelles en continu a contribué à dégrader les sols, mais de façon non ­irréversible.

« Habiller le sol »

En améliorant la structure du sol, la chaux favorise un enracinement plus profond des plantes fourragères plus résistantes à la sécheresse pour l’infiltration de l’eau. Photo : Archives/TCN

En améliorant la structure du sol, la chaux favorise un enracinement plus profond des plantes fourragères plus résistantes à la sécheresse pour l’infiltration de l’eau. Photo : Archives/TCN

La méthode de travail du sol a une incidence notable sur la durabilité de l’exploitation dont le sol est l’actif le plus important. Plus un sol est en santé, meilleure sera la production des végétaux. Pourtant, au Québec, dans les dernières décennies, le travail d’automne a souvent laissé le sol à nu, abandonné aux rigueurs de l’hiver, entraînant une dégradation systémique, dont notamment une compaction.

« Le but du travail primaire [d’automne] est de décompacter la couche de surface du sol, rappelle le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec [MAPAQ]. Il faut prendre bien soin de laisser de grosses mottes pour permettre l’action du gel et du dégel de l’hiver. »

Une histoire de compression

Réservoir d’eau, de nutriments et d’oxygène, le sol a besoin « d’espaces » pour accumuler tous ces éléments nécessaires à la plante.

La pression exercée sur les pores chargés de transporter l’air et l’eau dans le sol nuit à la croissance des racines, crée des conditions favorables aux microbes anaérobies et entraîne des carences en oxygène. Il s’ensuit des diminutions de rendement.

Ainsi, la densité augmente et le sol devient plus dur; chaque litre est plus lourd. Ce ­réarrangement des particules sous l’effet d’une pression externe (machinerie) affecte le sol particulièrement en conditions humides. De plus, le phénomène nuit à la ­pénétration de l’humidité et réduit l’absorption d’engrais et de pesticides.

Certaines terres de la vallée du Saint-Laurent ont des compactions de sol allant de 40 à 50 cm par endroits pouvant entraîner une baisse de rendement de 30 à 50 % dans certaines parcelles et obligeant à une fertilisation dix fois supérieure à la normale.

Deux types de compaction

On connaît deux types principaux de compaction. Celle de surface (20 cm ou 8 po) est due le plus souvent à l’air dans les pneus; il faut mettre moins d’air si le pneu peut le prendre pour limiter l’effet de compaction. Elle réduit considérablement la minéralisation de la matière organique sous les premiers centimètres de sol.

La compaction en profondeur (entre 30 et 60 cm ou 1 ou 2 pi) se produit surtout au printemps quand le sol est humide : le véhicule doit être sous la barre des six tonnes; en période sèche, c’est neuf tonnes. En tout temps, on doit limiter les passages.

Le compactage affecte les propriétés et fonctions physiques, chimiques et biologiques du sol. On le considère comme le problème le plus coûteux causé par l’agriculture traditionnelle.

De plus, la pression exercée par le passage de la machinerie lourde, jumelée à une gestion inadéquate, conduit souvent à un compactage du sous-sol. Elle génère des couches imperméables qui restreignent les cycles de l’eau, de l’air et des nutriments et entraîne une limitation de la croissance des racines, de la qualité et du rendement des cultures. Enfin, elle conduit à un ruissellement de surface et à de l’érosion, surtout sur les sols en pente.

Avec ou sans labour?

Pour une perturbation minimale du sol, le travail réduit procurera de nombreux avantages. Cette avenue de conservation exige en effet moins de passages de la machinerie au moment de la préparation du terrain.

Toutefois, le passage de la méthode traditionnelle à la culture « sans labour » ne s’opère pas sans transition (certaines pratiques sont difficiles à appliquer dans des sols compactés ou mal drainés) et on doit tenir compte de certains facteurs comme l’ajustement du pH, la gestion des résidus ou encore la rotation des cultures (désherbage, la méthode de semis, fertilité, etc.) avant de l’implanter définitivement.

Les avantages à la non-compaction sont nombreux. Outre la réduction de la dégradation du sol, de l’érosion et du ruissellement (rétention d’eau), l’amélioration de la structure, la diminution du lessivage d’éléments nutritifs et de produits chimiques ou encore les réductions de coûts liées à la diminution des intrants (engrais, pesticides, eau, semences, etc.), l’économie de carburant et d’entretien de la machinerie.

Les restes de cultures jouent un rôle majeur dans la conservation des sols; ils constituent un apport nutritionnel qui se mélangera à la matière organique du sol. Photo : Gracieuseté Éric Labonté, MAPAQ

Les restes de cultures jouent un rôle majeur dans la conservation des sols; ils constituent un apport nutritionnel qui se mélangera à la matière organique du sol. Photo : Gracieuseté Éric Labonté, MAPAQ

Pas de sols nus en automne

Par ailleurs, les restes de cultures jouent un rôle majeur dans la conservation des sols; ils constituent un apport nutritionnel qui se mélangera à la matière organique du sol. Toutefois, ces végétaux de surface peuvent abriter organismes nuisibles et maladies pouvant causer des dommages aux cultures suivantes. De plus, un couvert épais peut affecter l’uniformité des semis et de la plantation et nuire aux applications d’engrais et de pesticides.

« Il est primordial de laisser une couverture suffisante pour protéger le sol contre ­l’érosion hydrique et éolienne, estime le MAPAQ. La quantité de résidus laissée à la surface du sol, après les travaux d’automne, doit être suffisante pour maintenir une couverture d’au moins 30 % après semis. La charrue est donc à éviter puisqu’elle ne laisse à peu près aucun résidu après son passage. »

Les semis de couverts végétaux (plantes semées, non récoltées et restituées au sol) jouent un rôle primordial sur la qualité du sol. Ils protègent notamment du lessivage dans les plans d’eau provoqué par les pluies battantes hivernales en formant un tapis au sol.

« Les cultures de couverture (green manure) sont essentiellement associées à l’apport fertilisant de ces plantes, souligne le MAPAQ. Ainsi, tous ces engrais verts couvrent le sol, assurant sa protection contre ­l’érosion hydrique et éolienne, et nourrissent les micro-organismes, assurant une meilleure stabilité structurale, améliorant ainsi sa capacité de rétention. De plus, elles recyclent les éléments nutritifs. »

De plus, en interculture, les légumineuses favorisent la baisse de température propice au sol. Toutefois, un couvert végétal prend du temps à se décomposer et à rendre les nutriments accessibles aux plantes. Ces végétaux constituent cependant une importante biomasse, source de fourrage (« supplémentaire ») pour les animaux.

Au Québec, les sols sont majoritairement acides. Le chaulage s’avère donc essentiel pour améliorer la structure et prévenir l’effet toxique de certains éléments (manganèse ou aluminium). De plus, chauler stimule l’activité microbienne et la minéralisation, favorise l’assimilation des éléments nutritifs et augmente l’efficacité des engrais.

C’est une pratique essentielle pour soutenir la croissance des plantes fourragères et augmenter le rendement. En améliorant la structure du sol, la chaux favorise un enracinement plus profond des plantes fourragères plus résistantes à la sécheresse pour l’infiltration de l’eau.

Bien implantées, ces pratiques mènent le plus souvent à des économies de temps et main-d’œuvre, de carburant et d’usure de machinerie tout en évitant la déstructuration du sol et en le maintenant en santé. 

Roger Riendeau, collaboration spéciale