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On doit relier et mettre à la terre toutes les parties métalliques de la ferme au coffret de branchement par un câble isolé, explique Gaétan Martin, maître électricien. Crédit photo : Brigitte Verdière

On doit relier et mettre à la terre toutes les parties métalliques de la ferme au coffret de branchement par un câble isolé, explique Gaétan Martin, maître électricien. Crédit photo : Brigitte Verdière

Tensions parasites - Quelques cas vécus, quelques conseils

Des vaches nerveuses, qui prennent trop de temps pour boire ou manger, qui rechignent à se faire traire, ou encore celles dont la production et la fertilité diminuent et qui souffrent de mammite, peuvent être l’objet de tensions parasites. Voici quelques conseils pour s’en assurer et y remédier.

Au début des années 1990, les vaches de la ferme d’Yvan Demers ont commencé à ruer régulièrement pendant la traite. Curieusement, elles se sont mises à jeter beaucoup d’eau par terre à l’abreuvoir. Le nombre de mammites et de cellules somatiques ainsi que le taux de réforme grimpaient de façon inquiétante. Il s’agissait bel et bien de tensions parasites, qui se propageaient entre autres dans l’abreuvoir, ont confirmé trois électriciens appelés à tour de rôle.

« La ferme s’était développée et on avait acheté du nouvel équipement électrique », se rappelle Francis Demers, fils d’Yvan. De plus, la ligne d’Hydro-Québec faisait maintenant un angle droit autour du coin de terre où se trouve la Ferme Lait-Demers, dans une petite vallée de Valcourt, en Estrie. « À cause de ça, un courant électrique passe sous la ferme, poursuit Francis. Et notre terre est parsemée de petites sources qui jaillissent au printemps à la surface. Ça doit être assez conducteur d’électricité. »

Gaétan Martin, le troisième maître électricien engagé par Yvan Demers, a finalement corrigé les problèmes de tensions parasites. Pour ce faire, il a d’abord amélioré le réseau de mise à la terre puis a installé des isolateurs de masse, l’un des systèmes de correction offerts. Ces instruments annulent en temps normal la mise à la terre et la connexion entre toutes les parties métalliques de la ferme appartenant ou non aux équipements électriques et rétablissent cette connexion en cas de foudre ou de court-circuit. « Quand nous avons agrandi la ferme, en 2013, il a suffi de mettre le dispositif au niveau », souligne Francis Demers.

Un raccord de plastique isole du reste du lactoduc le moteur électrique de la pompe à lait (mesure à prendre avec les isolateurs de masse). Crédit photo : Brigitte Verdière

Un raccord de plastique isole du reste du lactoduc le moteur électrique de la pompe à lait (mesure à prendre avec les isolateurs de masse). Crédit photo : Brigitte Verdière

Des ennuis similaires étaient apparus au début de 2016 à la Ferme Tinoire, de Fortierville, dans le Centre-du-Québec. « Un peu avant, la productivité des vaches avait baissé et j’observais un nombre élevé de cellules somatiques, relate Pascal Gagnon, propriétaire de cette ferme à stabulation libre. Les vaches retenaient une partie de leur lait au robot de traite et la relâchaient dans leur logette. Mais la situation est devenue invivable quand j’ai installé un convoyeur-soigneur pour nourrir les vaches. » Un ami producteur laitier a alors mis la puce à l’oreille de M. Gagnon, quand il lui a dit que ses vaches ne buvaient plus en se plongeant le museau dans l’eau, comme elles le faisaient normalement. « Elles buvaient de façon interrompue, par séquences, en lapant l’eau avec la langue. Plusieurs ne buvaient qu’en se tenant sur le tapis de caoutchouc de la logette qui longe l’abreuvoir. À la mangeoire en acier inoxydable, les animaux attendaient d’y aller ensemble, comme pour se diviser les tensions parasites. »

Le maître électricien Gaétan Martin a pris ses mesures et a constaté également la présence de tensions parasites. Ici aussi, le spécialiste a amélioré le réseau des mises à la terre et a posé des isolateurs de masse. « Tout est rentré dans l’ordre. Le soir même, des vaches se sont remises à boire normalement », se réjouit M. Gagnon.

Une vache qui, comme ici, boit en se trempant le museau dans l’abreuvoir et sans faire d’éclaboussures ne subit pas de tensions parasites. Crédit photo : Brigitte Verdière

Une vache qui, comme ici, boit en se trempant le museau dans l’abreuvoir et sans faire d’éclaboussures ne subit pas de tensions parasites. Crédit photo : Brigitte Verdière

Quelques conseils pour réduire les tensions

  • Suivre une approche globale. Attention, l’infection du pis ou la baisse de la fertilité peut avoir d’autres causes : une alimentation non équilibrée ou encore la maladie, le manque d’hygiène ou des problèmes de qualité de l’eau, de ventilation et de méthode de traite. C’est pourquoi, avant de recourir à son électricien, il faut consulter son agronome, son nutritionniste, son médecin vétérinaire et son spécialiste en équipement de traite, entre autres. C’est l’approche globale recommandée par le Comité de liaison UPA – Hydro-Québec. Si, après avoir amélioré sa régie d’élevage sur ces points, on observe toujours des problèmes apparentés aux tensions parasites (voir l’encadré : Des signes qui ne trompent pas), vous pouvez communiquer avec le Réseau Agriconseils Mauricie. C’est l’organisme mandaté par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour traiter ces dossiers. On communique directement avec ce réseau, ou par l’entremise de son bureau local de l’Union des producteurs agricoles (UPA) ou d’Hydro-Québec. « Nous envoyons un technicien qui prendra des mesures de courant et fera ses recommandations. Parfois, l’intervention d’Hydro-Québec est requise », explique Anne Gagné, directrice du Réseau Agriconseils Mauricie. Le personnel de ce réseau vous conseillera de faire mettre en état la continuité des masses et vos mises à la terre par un maître électricien avant de prendre des mesures de tensions parasites pour vous protéger, conformément à ce que recommandent l’UPA, la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ), les assureurs, Hydro-Québec et le MAPAQ. Par la suite, il pourra vous conseiller en ce qui concerne le respect du Code de l’électricité du Québec et des lois et règlements en vigueur.
  • Améliorer le réseau de mise à la terre (ground en anglais). Lorsque la mise à la terre est déficiente, le courant est moins bien évacué dans le sol. Il faut s’assurer que tous les câbles et connexions sont en bon état, et ce, jusqu’aux tiges ou plaques de mise à la terre, en passant par le coffret de branchement (panneau électrique) de la ferme. De plus, il est essentiel de bien positionner les plaques/tiges. « On doit souvent s’éloigner beaucoup de la ferme », précise Gaétan Martin. « Il faut aussi tester la résistance électrique des plaques installées, qui doit être inférieure à 25 ohms », ajoute Gaétan Castonguay, lui aussi maître électricien. Ne pas oublier de relier au neutre et à la mise à la terre du coffret de branchement toutes les parties métalliques des structures et des appareils.
  • Entretenir tous les appareils électriques. Nettoyer régulièrement les boîtiers et les connexions des appareils électriques et vérifier leur fonctionnement. Cela s’applique aussi au matériel de traite, qui cause souvent des problèmes semblables à ceux reliés aux tensions parasites. « Il arrive qu’une trayeuse défectueuse émette de petites décharges électriques », fait remarquer Isabelle Bouffard, directrice à la Direction recherches et politiques agricoles de l’UPA, intervenante au Comité de liaison UPA – Hydro-Québec. Ajoutons que des manchons usés peuvent causer l’infection des trayons. « Il est préférable d’utiliser uniquement des moteurs électriques de 240 volts pour réduire la circulation du courant de neutre et son retour vers le sol », précise le maître électricien Paul Langlois.
  • Installer des appareils de correction. Si Hydro-Québec n’a pas réglé votre problème et si vous devez installer des appareils de correction, magasinez. Faites faire un diagnostic par deux électriciens différents. Certains d’entre eux offrent un diagnostic gratuit et une garantie d’amélioration de la santé des vaches. Comparez les prix des différents dispositifs; certains, même moins cher, fonctionnent bien depuis 20 ans. Demandez l’avis des producteurs qui utilisent ces systèmes.

Dans tous les cas, l’idéal est de prêter attention à ces tensions.

 

 

Un raccord de plastique isole du reste du lactoduc le moteur électrique de la pompe à lait (mesure à prendre avec les isolateurs de masse). Crédit photo : Brigitte Verdière

Un raccord de plastique isole du reste du lactoduc le moteur électrique de la pompe à lait (mesure à prendre avec les isolateurs de masse). Crédit photo : Brigitte Verdière

C’est quoi, une tension parasite?

Une tension parasite ou « tension de picotement » apparaît à cause d’une différence de tension électrique entre le sol et le matériel de la ferme relié électriquement à la terre, tels les poteaux métalliques des stalles, les mangeoires, les carcans et les lactoducs. Généralement, ces tensions sont peu intenses et sans danger pour le bétail. Mais un animal qui touche une pièce métallique porteuse d’une telle tension peut ressentir un faible courant électrique. « L’environnement de la ferme et la sensibilité des animaux font la différence dans l’évaluation de la gravité du problème », dit Gaétan Martin.

Il arrive que les tensions parasites fassent diminuer la fertilité, allant même jusqu’à provoquer un nombre alarmant d’avortements.

Les tensions parasites peuvent aussi causer des problèmes aux systèmes électroniques, par exemple à l’ordinateur de la salle de traite.


Des signes qui ne trompent pas

Bien que la baisse de fertilité et les infections mammaires aient souvent d’autres causes, vous pouvez soupçonner un lien avec les tensions parasites si ces symptômes s’accompagnent des comportements anormaux suivants :

– Des vaches qui font beaucoup d’éclaboussures à l’abreuvoir et qui prennent du temps pour y boire, en lapant l’eau avec leur langue au lieu de se tremper le museau;

– Des vaches qui prennent du temps ou qui hésitent à manger dans des mangeoires en acier inoxydable ou en contact avec des pièces en métal, comme les pattes du convoyeur;

– Des traites qui sont inégales ou plus difficiles au même moment, d’une journée à l’autre;

– Des vaches qui ne veulent pas entrer dans le robot ou dans le salon de traite, ou qui en sortent de façon précipitée;

– Des bêtes qui, soudainement, se mettent à agiter leur queue toutes ensemble.