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Christopher Liebrecht, ingénieur et agronome conseiller chez Vivaco (à droite sur la photo), donne de précieux conseils sur la fertilisation. Crédit photo: Gracieuseté de Vivaco Groupe Coopératif

Christopher Liebrecht, ingénieur et agronome conseiller chez Vivaco (à droite sur la photo), donne de précieux conseils sur la fertilisation. Crédit photo: Gracieuseté de Vivaco Groupe Coopératif

Quand doit-on fertiliser le maïs et le soya?

La Terre de chez nous a demandé à trois experts quels étaient les meilleurs moments pour épandre l’engrais minéral dans le maïs-grain et le soya. 

Avant de fertiliser, on préparera ses doses d’engrais selon les recommandations du Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), rappelle l’agronome Annie DesRosiers, directrice des ventes chez Frigon, une entreprise de Louiseville offrant notamment des services de fertilisation. Rappelons que ces recommandations se basent sur les analyses de sol et, entre autres, sur le Guide de référence en fertilisation du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ).

« Il est bon, aussi, de connaître le profil de ses sols, pour détecter par exemple tout problème de compactage », ajoute Louis Robert, conseiller expert en grandes cultures en Montérégie et en Chaudière-Appalaches pour le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

« Et l’analyse des sols, que l’on peut géoréférencer par GPS, nous permet maintenant de fertiliser à taux variable en postlevée », se réjouit l’agronome Pierre Pagé, directeur en recherche et développement et services agronomiques chez Synagri, une firme offrant des produits et services en production végétale. 

Quand fertiliser le maïs?

Pour voir, consultons le Guide de référence en fertilisation du CRAAQ. Pour le maïs-grain, on y préconise un apport d’engrais « démarreur » près de la semence lors du semis et un autre après la levée (en postlevée). On vise un total de 120 à 170 unités d’azote (c’est-à-dire des kilogrammes d’azote par hectare). Parmi ces unités d’azote, 30 à 50 seront appliquées dans le maïs au semis en bande. Le phosphore (P) sera appliqué à raison de 0 à 80 unités de P2O5 (principalement au semis, car il favorise la croissance de la plantule à ce moment, dans nos sols froids), et le potassium (K), à raison de 0 à 80 unités de K2O (potasse), au semis ou à l’automne. 

Précisons que l’enfouissement en présemis de 50 à 70 unités d’azote avec des produits à base d’urée donne aussi des résultats intéressants, note M. Pagé. 

« Dans le maïs, suivant les recommandations du PAEF, nous apportons tout le phosphore au démarreur, avec, au besoin, une portion d’azote et de potasse, confirme Annie DesRosiers, de chez Frigon. On ne dépasse pas 80 unités de ces deux derniers éléments, pour ne pas brûler les racines de la plantule. »

Selon M. Robert, le meilleur moment pour fertiliser en postlevée du maïs se situerait vers le stade V6 et pas plus tard que le stade V8. À ces stades, on compte six et huit feuilles dont on voit le collet, précise l’agronome. « Tout à fait exact, corrobore M. Pagé. Et on applique alors le complément d’azote sous forme de solution azotée à 32 % incorporée au milieu du rang, idéalement à 10 cm [4 po] de profondeur, pour mieux rejoindre les racines. La météo nous force parfois à épandre l’azote plus tard en saison, par exemple sous forme d’urée granulaire à la volée. On devrait alors toujours enfouir l’urée, parce que son azote se volatilise. »

Les producteurs suivis par Mme DesRosiers entament généralement leur application de postlevée au stade quatre feuilles pour terminer à six feuilles. « Plus l’agriculteur a de terres, plus il commence vers le quatre feuilles, dit Annie DesRosiers. Mais plus c’est tard, mieux c’est [en prenant soin de ne pas briser les plantes!], car le maïs a aussi besoin de cet azote en fin de saison, notamment vers le moment de sa pollinisation. » 

Sa collègue Diane Côté, technologiste et conseillère-représentante, ajoute : « Les producteurs tiennent compte de la température et de l’équipement dont ils disposent. » Ainsi, certains d’entre eux distribuent un engrais granulaire, en espérant qu’il pleuve rapidement par la suite. Ceux qui épandent la solution azotée liquide à 32 % le font quand les conditions de terrain le permettent. Mais certains producteurs appliquent tout leur engrais au printemps, faute de temps. Dans ce cas, le produit est protégé par un stabilisateur d’azote. « En ce qui a trait à la potasse, on peut toujours en corriger les carences au printemps ou à l’automne », précise Mme DesRosiers.

Peu de gains par la suite

Par ailleurs, Louis Robert précise qu’une fertilisation effectuée après les stades six à huit feuilles n’apporterait que de faibles gains économiques. Pourtant, le maïs absorbe de 55 à 70 % de ses besoins en azote entre le stade 10 feuilles et la floraison femelle, et de 20 à 35 % jusqu’au remplissage des grains. D’ailleurs, des agriculteurs américains auraient bénéficié d’une légère hausse de rendement en épandant de l’azote à partir du stade V10. Ils ont utilisé pour cela un système d’application de solution d’azote avec tuyaux « pendillards » disposés en Y.

Possible, mais ce système n’améliore pas toujours les rendements, prévient Louis Robert. Mentionnons à cet égard une expérience récente menée par le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) : l’azote épandu par le dispositif d’épandage en Y entre les stades V10 et V14 n’y a augmenté le rendement que dans un site sur six. D’autres recherches s’imposent. 

Mais pourquoi ces améliorations légères ou inexistantes alors que les besoins sont si grands? « À ce stade, les plants de maïs ont des racines bien développées qui tirent déjà profit de l’azote présent dans le sol, rappelle M. Robert. Car le sol couvre à lui seul autour de 50 % des besoins des cultures en azote, en phosphore et en potassium. Et l’azote distribué en surface à ces stades avancés ne rejoint pas si facilement les racines, surtout s’il fait sec, alors que les racines superficielles se dessèchent. » 

Il arrive même que la fertilisation prodiguée au semis suffise. « Pour savoir ce qu’il reste à apporter à la culture en postlevée, on aurait grand avantage à adopter un test de nitrates du sol tel le PSNT, au stade  V6, poursuit Louis Robert. Ce diagnostic d’une excellente précision est déjà largement utilisé aux États-Unis, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Des études montrent qu’il permettrait de réduire jusqu’à 35 % la dose d’azote recommandée et de plus de 50 % la dose appliquée. »

Quand fertiliser le soya?

Dans le soya, la fertilisation se fait en général au printemps, à la volée, décrit l’agronome Annie DesRosiers. D’autre part, le directeur de recherche Pierre Pagé a régulièrement observé de bons résultats à la ferme de Synagri en y appliquant l’engrais comme démarreur en bande au semis. 

Le Guide de référence en fertilisation recommande de 0 à 30 kg d’azote à l’hectare. « En mettre plus nuirait à la nodulation du soya », explique Mme DesRosiers. En effet, cette légumineuse abrite dans des renflements de ses racines, les nodosités, les bactéries rhizobium qui rendent l’azote de l’air assimilable par la plante. « Et ces rhizobiums survivent dans le sol; c’est pourquoi le soya répond peu à l’ajout d’azote sur une terre où on l’a déjà cultivé », fait remarquer M. Robert. 

En ce qui a trait au phosphore et au potassium, le Guide recommande d’épandre de 0 à 60 kg de P2O5/ha et de 0 à 80 kg de K2O/ha. Il ne faut jamais négliger la potasse, dont la carence nuirait beaucoup au soya, précisent Pierre Pagé et Annie DesRosiers. « Et cette application de potasse, contrairement à celle de l’engrais démarreur, convient parfaitement à la fertilisation à taux variable », observe M. Pagé.