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Michelle Boivin, chercheuse chez Innofibre, travaille sur la phase deux du projet de recherche visant à développer une solution naturelle au problème de pourriture des pommes de terre en entreposage. Photo : Marguerite Cinq-Mars

Michelle Boivin, chercheuse chez Innofibre, travaille sur la phase deux du projet de recherche visant à développer une solution naturelle au problème de pourriture des pommes de terre en entreposage. Photo : Marguerite Cinq-Mars

L’épinette noire à la rescousse des pommes de terre

L’épinette noire pourrait bien venir au secours des producteurs de pommes de terre. Des extraits de résidus forestiers permettraient de lutter contre la pourriture des tubercules pendant l’entreposage. Des chercheurs sont en train de mettre au point un extrait issu de la biomasse qui représenterait une solution naturelle au problème de pourriture et de germination hâtive pendant cette période.

Sophie Massie, chargée de projet chez Agrinova. Photo : Gracieuseté d’Agrinova

Sophie Massie, chargée de projet chez Agrinova. Photo : Gracieuseté d’Agrinova

« On a testé les résidus forestiers de trois essences de bois, soit le sapin, le bouleau jaune et l’épinette noire, et c’est cette dernière qui a donné les meilleurs résultats », explique Michelle Boivin, chercheure chez Innofibre, le Centre d’innovation des produits cellulosiques, rattaché au Cégep de Trois-Rivières.

Une solution de rechange

Michelle Boivin était étudiante à la maîtrise en biologie cellulaire et moléculaire à l’UQTR quand elle s’est jointe en 2018 au projet de recherche ­collaboratif réunissant plusieurs centres de recherche et des acteurs de l’industrie.

« On s’est tournés vers les résidus forestiers parce qu’ils ont des propriétés biologiques intéressantes pour ­lutter contre les microbes et les maladies, affirme la chercheuse. Les producteurs perdent chaque année jusqu’à 10 % de leur récolte en raison de cette détérioration lors de l’entreposage. Dans les pays en développement, les pertes augmentent de façon significative. »

Les producteurs doivent lutter contre deux types de maladies : la pourriture sèche, soit des taches brunâtres qui se développent au centre de la patate, et la pourriture molle, qui liquéfie le tubercule. Quant à la germination, elle affecte la biochimie et la qualité du légume. 

« Il faut trouver une alternative au produit antigerminatif utilisé actuellement, le chlorprophame, qui est en voie d’être banni au Canada », explique Sophie Massie, chargée de projet chez Agrinova, le centre collégial de transfert technologique dédié à l’agriculture.

Encore plus de tests

Pour la phase deux du projet de recherche, quelque 40 000 tubercules de pommes de terre sont testés. Ils sont répartis dans des caissons, chacun séparé en quatre unités d’expérimentation.

Pour la phase deux du projet de recherche, quelque 40 000 tubercules de pommes de terre sont testés. Ils sont répartis dans des caissons, chacun séparé en quatre unités d’expérimentation.

Après des tests menés en ­laboratoire, c’est maintenant dans l’entrepôt expérimental d’Agrinova que des extraits d’épinette noire sont testés sur quelque 40 000 tubercules. ­Différentes variétés de pommes de terre sont utilisées, dont la Chieftain, la Goldrush et la AC Chaleur. La phase un du projet de recherche se terminera en avril, alors que la phase deux doit débuter l’automne prochain et s’étaler sur trois ans.

« Il faut mener d’autres tests pour s’assurer que le produit n’affecte pas le goût des pommes de terre, explique Michelle Boivin. Il reste aussi du travail à faire pour trouver la bonne formulation afin de faciliter l’application du produit et d’optimiser son efficacité. »
« Jusqu’à maintenant, on a testé des tubercules destinés à la table, ajoute Mme Massie. On veut aussi mener des tests sur les pommes de terre utilisées dans le marché de la transformation. Elles doivent être entreposées sur de plus longues périodes et à des températures plus élevées; elles germent donc plus rapidement. »

Les producteurs devront toutefois attendre pour retrouver le produit sur le marché. « La commercialisation pourrait débuter sur un horizon de 5 à 10 ans », précise Mme Massie. 

Sylvie Lemieux, collaboration spéciale