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Récolte de plantes fourragères. Crédit photo : Martin Ménard / TCN

Récolte de plantes fourragères. Crédit photo : Martin Ménard / TCN

Faire parler les données

L’étudiant postdoctoral Maxime Leduc a un projet en tête : faire communiquer entre eux les systèmes de collecte de données. Mais avant d’y arriver, il devra convaincre toute l’industrie de travailler avec lui.

Chaque fois qu’un agriculteur sort son tracteur au champ, il est susceptible d’acquérir une série de données sur sa production et sur le coût d’utilisation de sa machinerie. Ajoutez à cela des données d’analyse du sol, de drainage et de fertilisation et vous aurez un cocktail d’informations pouvant optimiser toute la production de l’agriculteur d’année en année, notamment celle des plantes fourragères.

Mais il y a un hic. Aucun outil ne permet présentement d’intégrer toutes ces informations et de les comparer à des valeurs historiques, souligne Maxime Leduc, spécialiste en systèmes fourragers chez Valacta. « Les données ne voyagent pas d’un système à l’autre, dit-il. Tout le monde fonctionne en vase clos. »

Voilà pourquoi l’étudiant a lancé l’idée du Datahub, un projet qu’il a présenté en février au Colloque sur les plantes fourragères 2018. Le Datahub se veut un point d’accès unique accessible à l’ensemble des acteurs de l’industrie, du producteur aux manufacturiers, en passant par les créateurs d’applications.

« On se trouve présentement dans un cercle vicieux, mentionne-t-il. Les agriculteurs peuvent collecter des données, mais les outils sont mal adaptés pour qu’ils en tirent tous les bénéfices. »

Selon lui, en regroupant l’information provenant de plusieurs sources, on créerait un incitatif pour amener les programmeurs à développer les outils qui manquent aux producteurs.

De tels regroupements ont pris forme aux États-Unis (Agricultural Data Coalition) ainsi qu’en France (AgGate), notamment. Un projet a aussi vu le jour en Ontario, par l’entremise de Canada Digital Agri-Food.

Besoin d’automatisation

Si l’on permet aux producteurs de profiter davantage de leurs données, il leur faudra tout de même miser sur des outils de collecte mieux adaptés à leur situation, souligne Maxime Leduc.

« À la fin d’une longue journée de travail dans les champs, on n’a pas nécessairement envie de tout comptabiliser, dit-il. Il faut automatiser le plus possible la collecte et le traitement de l’information. »

Certains outils sont déjà sur le marché, « mais ils sont soit trop coûteux, soit impossibles à intégrer à de l’équipement existant ou aux autres systèmes », ajoute-t-il.

L’entreprise saguenéenne AGTIA y travaille d’ailleurs. Elle a développé un outil de collecte de données qui s’adapte à l’appareil agricole auquel il est greffé.

Nicolas Lavoie, président et cofondateur d’AGTIA, mènera cet été un projet pilote à cet effet avec l’appui du Conseil national de recherches Canada (CNRC).

« L’objectif, c’est de limiter le besoin d’intervention de l’agriculteur, ­mentionne-t-il. Notre système collecte automatiquement les données et génère ses propres inscriptions. »

L’entrepreneur souhaite offrir son produit à moins de 500 $ l’unité alors que des outils comparables se vendent présentement selon lui à un minimum de 3 000 $.
AGTIA compte terminer le développement de son système d’ici quelques mois, puis préparer sa commercialisation. « Lorsque l’outil sera finalisé, le producteur devra encore entrer lui-même un minimum d’informations, mais qu’il fasse 2 ou 25 champs, ça ne lui prendra toujours que deux minutes de son temps. » 

Martin Primeau, journaliste