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Rassemblés autour du professeur de l’EPSH Daniel Rodier, les cultivateurs écoutent ses conseils pour réussir la prochaine étape de leur assemblage. Crédit photo: Charles Prémont

Rassemblés autour du professeur de l’EPSH Daniel Rodier, les cultivateurs écoutent ses conseils pour réussir la prochaine étape de leur assemblage. Crédit photo: Charles Prémont

Construire ses outils pour répondre à ses besoins

Peu d’outils agricoles sont adaptés aux besoins des producteurs biologiques et de petites fermes, qui exploitent souvent des surfaces réduites et une grande variété de cultures.

La déchaumeuse en est un bon exemple. La plus connue, la Lemken Rubin 9, est un instrument performant qui a fait ses preuves, mais convient mal à des cultures exiguës. Impossible donc de trouver un petit modèle en Amérique du Nord. Pour ce faire, il faut regarder du côté de l’Europe, mais encore faut-il réussir à dénicher et importer le modèle idéal.

C’est pourquoi, du 4 au 8 février 2017, une quinzaine de producteurs ont soudé leur propre déchaumeuse de six pieds de large. Un projet mis sur pied par le comité d’autoconstruction de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ).

Tous les participants s’entraident, mais il est de la responsabilité de chacun de peaufiner sa machine. Crédit photo: Charles Prémont

Tous les participants s’entraident, mais il est de la responsabilité de chacun de peaufiner sa machine. Crédit photo: Charles Prémont

Bon an, mal an, des cultivateurs se mobilisent pour passer quelques jours à couper, assembler, clouer et souder pour se créer des outils qui conviennent à leurs besoins. En payant un coût de formation de 800 $ et en absorbant la valeur du matériel, ces producteurs repartiront chez eux avec leur nouvelle déchaumeuse pour moins de 5 000 $.

Une idée importée de France

C’est lors d’une visite en France, à l’Atelier paysan, une coopérative inspirée du mouvement « open source » – qui invente, dessine et crée ses propres outils pour ensuite en distribuer les plans, libres de droits –, qu’est venue l’idée à Alain Robitaille, enseignant en horticulture de l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe (EPSH), d’importer le concept au Québec.

La CAPÉ a pris le relais en mettant sur pied un comité d’autoconstruction en partenariat avec Parcours Formation, qui coordonne tout l’aspect pédagogique du projet. Aujourd’hui, les Québécois ont construit six différents outils et collaborent avec les Français en échangeant idées et pratiques.

Tous les participants s’entraident, mais il est de la responsabilité de chacun de peaufiner sa machine. Crédit photo: Charles Prémont

Tous les participants s’entraident, mais il est de la responsabilité de chacun de peaufiner sa machine. Crédit photo: Charles Prémont

Se rassemblant chaque automne, les agriculteurs voulant participer à la formation discutent de ce qu’ils aimeraient construire. « Ce qui est bien, c’est que l’on répond à un besoin exprimé par les producteurs, explique Alain Robitaille. Ce sont des outils en constante évolution. Je crée le prototype, on fait un essai en champ, on en discute, on continue à l’améliorer en communiquant sur les réseaux sociaux jusqu’à arriver à notre produit final. Et quand on refera 15 autres déchaumeuses dans deux ou trois ans, elles auront encore évolué. »

Les membres du comité d’autoconstruction de la CAPÉ ont même été jusqu’à inventer leur propre machine, la « souleveuse », qui sert à arracher les légumes du sol. « Au-delà de l’argent épargné, je crois que ce que les gens viennent chercher, ce sont des connaissances, explique Reid Allaway, producteur à la ferme Tourne-Sol et coordonnateur du projet pour la CAPÉ. Après avoir construit son outil, on est capable de le réparer. On repart d’ici avec une expertise qu’on n’avait pas avant. C’est ce qui fait que c’est motivant. »

Un point de vue partagé par le producteur José Sicotte, qui a participé à quatre ateliers d’autoconstruction de la CAPÉ jusqu’à maintenant. « Ma blonde et moi avons commencé avant même de lancer notre ferme, explique-t-il. On savait qu’on allait avoir besoin de ces outils; on n’a pas hésité. »

Pour lui, les avantages de telles formations sont multiples. « Premièrement, ça nous permet de rencontrer des gens qui font la même chose que nous, explique-t-il. C’est rare, alors ne serait-ce que pour cet aspect social, ça vaut la peine. Aussi, on peut s’équiper d’outils auxquels on n’aurait pas accès autrement. » Depuis ses formations, José modifie couramment ses instruments pour les adapter à la réalité de sa ferme.

Un apport exceptionnel de l’EPSH

Reid Allaway est le premier à le reconnaître, les plans de la CAPÉ ne pourraient avoir autant d’envergure sans la participation de l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe. Non seulement celle-ci met-elle à leur disposition des enseignants spécialisés pour les accompagner, mais elle leur permet également d’utiliser l’impressionnant atelier du programme de Fabrication de structure métallique et de métaux ouvrés, situé à Acton Vale.

« On ne pourrait pas créer des projets aussi complexes si on n’avait pas accès à cet atelier, explique-t-il. Ici, des outils spécialisés sont disponibles et on a un espace sécuritaire, conçu par des professionnels. »

Même les étudiants du programme de l’EPSH mettent la main à la tâche. « Ce qu’on forme, ce sont des assembleurs, indique Dominique Richard, professeur. Ce sont des gens qui savent souder, mais surtout bien lire un plan et en monter les pièces. On les fait participer autant que possible. Il n’est pas rare d’en voir venir la fin de semaine pour aider les agriculteurs. »

Charles Prémont, Collaboration spéciale.