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L’ingénieur en robotique Mathieu Goulet participe au développement de la récolteuse SAMI. Photo : Gracieuseté de Lapalme conception mécanique

L’ingénieur en robotique Mathieu Goulet participe au développement de la récolteuse SAMI. Photo : Gracieuseté de Lapalme conception mécanique

Recherche : encore beaucoup de progrès à venir

Ceux qui imaginaient déjà les robots comme une solution miracle à la pénurie de main-d’œuvre risquent de déchanter. Dans certains cas, beaucoup de progrès reste à accomplir pour atteindre la même qualité de travail que les humains. Cependant, leur démocratisation entraînera plusieurs changements dans l’organisation du travail à la ferme.

On ne remplacera probablement jamais complètement les humains par les robots. Par contre, on pourra demander à des robots de faire des tâches plus répétitives et éreintantes, tandis qu’on confiera des tâches de précision et de réflexion aux travailleurs », affirme Mathieu Goulet, chercheur en robotique au Centre de robotique et de vision industrielle (CRVI). 

Un avis que partage Alain N. Rousseau, chercheur à l’INRS en modélisation hydrologique et spécialiste de l’agriculture de précision. « Le défi pour l’agriculture sera de trouver une main-d’œuvre qui a une courbe d’apprentissage plus rapide dans les nouvelles technologies. Le transfert de connaissances sera crucial pour favoriser l’apparition d’une prochaine génération de travailleurs agricoles mieux formés sur le plan technologique. »

Selon Mathieu Goulet, qui participe au développement du robot québécois SAMI, la robotisation dans les productions horticoles est encore dans une phase de « prototypage », surtout en ce qui concerne les récolteuses. « Sur le plan de l’automatisation dans la machinerie lourde, on arrive à des technologies assez mûres pour les cultures dont la récolte se fait en même temps comme les céréales ou les pommes de terre. Par contre, dans les productions où il y a une cueillette sélective, les développeurs sont confrontés à plusieurs défis là où le travailleur pose un jugement presque par réflexe avec une très bonne vitesse d’exécution. »

Pour ce qui est des robots sarcleurs autonomes, souvent plus légers et fonctionnant avec des énergies renouvelables, le chercheur croit que ce type d’équipements est plus près de la maturité, bien qu’il y ait toujours place à l’amélioration. « Deux tendances se dessinent dans le domaine. D’un côté, il y a le développement de tracteurs autonomes assez puissants pour tirer différents outils comme on a l’habitude d’en voir dans l’agriculture à grande échelle. Ça représente un défi énergétique important. En contrepartie, de petits véhicules moins énergivores pourraient agir en essaim et miser sur la fréquence des passages, observe Mathieu Goulet. Reste à savoir qui va gagner la course. »

Des défis à relever

Le chercheur du CRVI estime que les fabricants devront concentrer leurs efforts à améliorer les systèmes de détection et la capacité d’analyse des robots récolteurs pour se rapprocher du taux de récolte des travailleurs. « Distinguer un légume prêt pour la récolte d’un autre dont la croissance n’est pas achevée demeure un gros défi pour l’intelligence artificielle. Il en va de même pour détecter les légumes dans un champ alors que la végétation est dense », explique-t-il. 

D’autres obstacles limitent par ailleurs la démocratisation de ces technologies, fait valoir Alain N. Rousseau. « Il y a certainement un défi énergétique si les appareils fonctionnent à l’électricité ou au solaire. Leur batterie a-t-elle une autonomie suffisante pour faire de longues journées de travail? Aussi, il faut s’assurer que le réseau sans fil soit assez développé en région pour que l’information circule entre la machine et le producteur. »

Par ailleurs, le chercheur de l’INRS pense qu’éliminer les barrières à l’exploitation et au partage des données collectées par les différents robots permettrait d’accélérer les progrès dans le domaine. « Qui possède les données? Il faudrait régler cette question. Présentement, ça varie d’un fabricant à l’autre selon le contrat avec le producteur, mais il y a tout un dilemme, car au final, ce sont grâce aux données produites dans le champ d’un producteur que le fabricant peut développer et améliorer ses produits. Aussi, il faudrait que les différentes technologies puissent communiquer entre elles. »


Selon Mathieu Goulet, qui participe au développement du robot québécois SAMI, la robotisation dans les productions horticoles est encore dans une phase de « prototypage », surtout en ce qui concerne les récolteuses.

Selon Mathieu Goulet, qui participe au développement du robot québécois SAMI, la robotisation dans les productions horticoles est encore dans une phase de « prototypage », surtout en ce qui concerne les récolteuses.

Un monde de possibilités avec la vision industrielle

La robotisation dans les productions horticoles ne se limitera pas à l’élimination des opérations répétitives pour les travailleurs, explique Badr Bouziane, expert en vision industrielle au CRVI et conférencier aux Journées horticoles et grandes cultures. « L’utilisation du trio technologique vision, intelligence artificielle et robotique nous ouvre plusieurs portes. (…) Divers projets en cours emploient l’imagerie hyperspectrale pour faire le tri des fruits et légumes prêts à la cueillette, la détection de maladies et de carences et l’évaluation du stress hydrique. » Enfin, la lecture des ondes térahertz – la même technologie qui sert au fonctionnement des scanneurs dans les aéroports – permettrait éventuellement à un robot de détecter des légumes même lorsqu’ils sont dissimulés par la végétation. « Cependant, beaucoup de recherche reste à accomplir dans ce domaine », tempère-t-il.