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Crédit photo: Jean-Charles Gagné

Crédit photo: Jean-Charles Gagné

Métier - Opérateur de moissonneuse-batteuse

SAINT-ATHANASE — La conduite des moissonneuses-batteuses n’a plus de secret pour Jean-Marie Poulain après 29 années à récolter des grains sur des milliers d’hectares en Montérégie.

Ce fils d’agriculteur d’origine belge est reconnu comme le plus gros acheteur de batteuses du coin après en avoir acquis une trentaine chez le concessionnaire Case IH, à Marieville. Et pourtant, il vibre autant qu’à ses débuts lorsque arrive la période des moissons. « Rien ne se compare à l’émotion que je ressens quand je contemple un beau champ de grains par une belle température, à l’automne », a-t-il confié à L’UtiliTerre, le 15 mai dernier.

C’est grâce à des travaux à forfait que M. Poulain a pu pratiquer ce métier. « Je n’aurais jamais acheté de moissonneuse-batteuse juste pour mes 325 ha en maïs-soya. » Jusqu’en 2006, il a évolué sur 3 500 ha par an.

Poulain défait d’entrée de jeu l’illusion voulant que ces énormes machines, bardées d’appareils électroniques sophistiqués, se déplacent et effectuent la récolte toutes seules. « Quelqu’un peut se rabattre sur les programmes automatiques déjà intégrés pour moissonner le blé, l’orge, le soya et le maïs. Mais ces configurations sont générales et un bon chauffeur ne s’y limite pas, parce que les conditions peuvent changer d’une variété de blé à l’autre. Le plus difficile, dans ce métier, consiste à effectuer des ajustements optimaux afin d’éviter de casser le grain et de limiter les pertes. » M. Poulain y trouve son compte, car il achète environ 85 % des grains qu’il récolte.

Qualités requises

L’entrepreneur a appris par lui-même sur la petite batteuse de son père puis sur son propre équipement. « Conduire de tels monstres exige beaucoup d’attention et de minutie. Un bon opérateur ne se contente pas des informations fournies sur les moniteurs, sinon il risque d’avoir de grosses surprises », prévient M. Poulain. Idéalement, il descend fréquemment du véhicule pour effectuer une rapide inspection.

Manœuvrer une moissonneuse-batteuse demande une bonne capacité de concentration. « La somnolence peut facilement faire son apparition après une quinzaine d’heures de travail sans bouger, surtout quand on fonctionne en mode automatique. » M. Poulain passe souvent en mode manuel, en soirée, afin de repousser le sommeil, le cas échéant.

Ce métier nécessite en outre une bonne résistance physique, car la saison des récoltes est courte et intense. « J’ai souvent battu durant 24 heures d’affilée et je suis retourné au travail après avoir dormi une heure et pris une douche. »

Faire obéir de tels mastodontes demande « un doigté inversement proportionnel à leur taille », note notre interlocuteur arrivé au début de la soixantaine. On ne peut se permettre d’être brusque avec ces machines, qui figurent parmi celles comportant le plus de mécanique, ajoute-t-il. Le moindre bris peut facilement occasionner une dépense de 10 000 $.

Atout incontournable : il faut aimer la mécanique. « J’ai l’avantage de connaître la mécanique et je fais les réparations dans mon garage, sauf en ce qui a trait à l’électronique. Ça, c’est une spécialité qui n’existait pas dans l’équipement il y a 15 ans et qui m’oblige à aller chez le concessionnaire, car je n’ai pas l’ordinateur requis pour détecter les problèmes. »

Il faut enfin « une touche spéciale » pour déplacer de tels véhicules sur des routes de campagne étroites alors que les automobilistes sont de moins en moins patients.

Poulain a embauché six chauffeurs à l’époque où J.M. Poulain & Fils battait jour et nuit. Mais les occasions de manœuvrer ces énormes engins comme employé sont devenues très rares. « Le marché du battage est pas mal saturé en Montérégie. Plusieurs agriculteurs ont leur propre batteuse usagée qu’ils conduisent eux-mêmes. Je récolte des grains sur près de la moitié des 3 500 ha battus en 2005, mais avec une machine au lieu de trois. » De plus, rentabiliser par des travaux à forfait une moissonneuse-batteuse, qui peut coûter 800 000 $, est devenu un pari très risqué. D’après ses calculs, le propriétaire ne fait pas un sou sur les premiers 110 000 $ de revenus, qui servent à couvrir la dépréciation, les réparations, le carburant et le temps de l’opérateur.

Coffre d’outils

Il serait fastidieux d’énumérer tous les outils requis pour faire l’entretien et la réparation d’une batteuse. Chose certaine, M. Poulain les possède et plus encore, car il voit aussi au bon état de ses tracteurs, de ses camions et de son arroseuse dans son immense garage.