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Vicky Beaudoin sillonne les rangs du Québec avec un seul objectif : venir en aide aux agriculteurs qui vivent de la détresse. Crédit photo : Charles Prémont

Vicky Beaudoin sillonne les rangs du Québec avec un seul objectif : venir en aide aux agriculteurs qui vivent de la détresse. Crédit photo : Charles Prémont

Métier : travailleuse de rang

Vicky Beaudoin sillonne les rangs du Québec avec un seul objectif : venir en aide aux agriculteurs qui vivent de la détresse. Ce n’est pas un métier facile, mais la travailleuse de rang du réseau Au cœur des familles agricoles (ACFA) y tient comme à la prunelle de ses yeux. « Mon plus beau cadeau, c’est de voir des gens se prendre en main et effectuer des changements positifs dans leur vie », dit-elle.

Vicky a grandi dans une ferme laitière. Un milieu qu’elle connaît et adore. Malheureusement, selon elle, ceux qui vivent à la campagne sont plus vulnérables que ce que laisse croire l’image que l’on véhicule d’ordinaire. « Les émissions comme L’amour est dans le pré vendent du rêve, estime-t-elle. On a une vision idéalisée de l’agriculture, du retour à la terre, mais ça ne reflète pas la réalité. »

Trop souvent, l’endettement et l’isolation pèsent lourd sur ceux qui ont choisi ce mode de vie. Oui, habiter dans un rang a ses avantages, mais lorsque l’on s’y sent seul, la distance qui nous sépare des autres devient un obstacle à notre épanouissement. C’est là que la travailleuse de rang intervient.

Briser l’isolement

Mais pour que les gens fassent appel aux travailleurs de rang – dont les services sont gratuits et confidentiels –, ils doivent d’abord savoir que ceux-ci existent. Vicky présente donc ce qu’elle fait dans des réunions, auprès de
syndicats ou de représentants qui
fréquentent les agriculteurs. Le but est que tous les intervenants qui gravitent autour de ceux-ci puissent contacter l’organisme si jamais ils s’inquiètent pour un voisin, un collaborateur ou un client.

Puis, il y a la « run de lait ». Les travailleuses de rang (ce sont surtout des femmes) sillonnent les campagnes et vont à la rencontre des agriculteurs qu’elles aperçoivent de la route. « On va les voir en leur assurant qu’on ne vend rien, dit Vicky. Déjà, pour eux, ça fait une différence parce que trop souvent, les gens qui les approchent cherchent à leur faire acheter quelque chose. On leur parle un peu, on s’intéresse à eux. C’est juste pour semer une graine dans leur esprit. »

Vicky Beaudoin a grandi dans une ferme laitière. Un milieu qu’elle connaît et adore. Crédit photo : Charles Prémont

Vicky Beaudoin a grandi dans une ferme laitière. Un milieu qu’elle connaît et adore. Crédit photo : Charles Prémont

Intervenir

Vient le moment où le téléphone sonne, où quelqu’un a besoin d’aide. Souvent, ce sont des voisins, des amis, des proches qui contactent, confidentiellement,
l’organisme pour dire qu’ils s’inquiètent du moral d’une personne. « À ce moment-là, on l’appelle, dit-elle. Parfois, les gens savent déjà que quelqu’un nous a parlé, mais il arrive que non. On explique qui on est, ce qu’on fait, qu’il y a quelqu’un qui se fait du tracas pour eux. Puis, on leur propose de se rencontrer. Les réactions sont diverses, mais c’est très rare qu’on nous refuse une première rencontre, même si ça reste leur choix avant tout. »

Par la suite, elle évalue la situation et établit un plan d’intervention. Les visites subséquentes peuvent se faire individuellement, en groupe ou même en famille. « Je dirais que 45 % des interventions que je fais sont liées à des conflits familiaux, dit-elle. Mais il y a également des problèmes de dépendance, de violence, de deuil… »

Tout se déroule selon les besoins de la personne. « Parfois, les gens disparaissent pendant un temps, puis reviennent pour une nouvelle rencontre, explique Vicky. C’est souvent lié aux saisons et à leur travail. On est là pour les aider, on s’adapte. »

Pour ceux qui n’en peuvent plus, l’ACFA possède aussi une maison de répit à Saint-Hyacinthe, dans un quartier résidentiel. Loin des champs et des tracteurs, la personne peut alors prendre le temps de se ressourcer. 

• Boîte à outils

Outre le téléphone, un ordinateur et une voiture, ce sont surtout des capacités que le travailleur doit développer pour exceller dans son métier.

• La capacité d’adaptation

Il faut être prêt à faire face à toutes les situations. « Il arrive qu’on doive faire notre intervention dans le tracteur ou pendant la traite des vaches parce que c’est le seul temps dont l’agriculteur dispose », explique Vicky.

• L’empathie

Être à l’écoute et ne pas juger sont des habiletés essentielles pour ce métier. En même temps, il ne faut pas trop s’apitoyer sur le sort des agriculteurs. « La plupart [d’entre eux] veulent qu’on soit assez directes, estime Vicky. Ils aiment qu’on soit des intervenants proactifs qui n’hésitent pas à leur dire leurs quatre vérités au besoin. »

La charge émotive de certains cas peut être intense. Il faut donc que la travailleuse de rang se connaisse assez pour savoir quand elle a elle-même besoin d’aide pour passer à travers quelque chose de difficile. « On s’appelle entre nous, explique Vicky. On est sept travailleuses de rang au Québec et on se soutient mutuellement. »

• La connaissance du milieu agricole

Il faut être sensible à la réalité des agriculteurs pour réussir à les comprendre. Selon Vicky, quelqu’un qui n’a aucune expérience de ce que représente la gestion d’une entreprise agricole aurait du mal à exercer ce métier.