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Le défi consistait à développer des capteurs fiables pouvant compenser certaines contraintes dans les équipements. Photo : Shutterstock

Le défi consistait à développer des capteurs fiables pouvant compenser certaines contraintes dans les équipements. Photo : Shutterstock

Intelligence artificielle : suivre les patates à la trace

Avec les milliers de tonnes récoltées annuellement, comment mesurer le résultat de chacun des champs, mais également retracer la parcelle où chaque pomme de terre a été cultivée?

Nul besoin d’imagerie par satellite ou de drones; les systèmes « terre à terre » RiteYield et RiteTrace rivalisent d’ingéniosité pour assurer le suivi du rendement ainsi que la traçabilité du tubercule. La technologie GreenTronics permet d’assurer la traçabilité du champ à l’entrepôt, mais également de calibrer le rendement précis de chaque parcelle afin de prendre des décisions agronomiques en lien avec les informations collectées.

En raison des énormes volumes amassés à la récolte, on ne peut peser chaque patate une à une pour évaluer la quantité produite. Depuis plus de 30 ans, on utilise des outils électroniques de mesure du rendement dans les cultures comme le maïs, le soya, les céréales, etc.« La méthode standard des fabricants pour les grandes cultures consiste à insérer des capteurs de rendement sur les moissonneuses-batteuses, explique Patrick Boivin, directeur, Agriculture de précision et optimisation chez Agritex.

Les producteurs de pommes de terre n’avaient pas d’équivalent pour générer les cartes de rendement de leur principale production et étaient souvent limités aux totaux de récoltes. Cette approche cumulait les totaux au champ, mais ne distinguait pas les parcelles. » « Le défi, poursuit-il, consistait à développer des ­capteurs fiables pouvant compenser certaines variations mécaniques et contraintes dans les équipements afin d’obtenir une mesure le plus près de la réalité. »

Cartographier le rendement

La technologie a été conçue pour l’installateur et l’utilisateur final. On a quelques composants (moniteur, cellules de charge, capteur de vitesse, lecteur de température, etc.) pour en faciliter le ­montage et la configuration en un rien de temps. Avec quelques étapes ­d’étalonnage, et une connexion au signal GPS et à l’équipement d’enregistrement de données, le matériel est prêt à fonctionner tout en s’intégrant dans certaines consoles déjà utilisées dans les ­équipements.

Pendant que la récolteuse procède à l’arrachage, un émetteur « scanne » le véhicule et un capteur sur la boîte cumule les données et les envoie par transpondeur à l’ordinateur de GreenTronics qui les intègre à leur algorithme, les interprète et génère des cartes couleur des champs. Photos : Gracieuseté Greentronics

Pendant que la récolteuse procède à l’arrachage, un émetteur « scanne » le véhicule et un capteur sur la boîte cumule les données et les envoie par transpondeur à l’ordinateur de GreenTronics qui les intègre à leur algorithme, les interprète et génère des cartes couleur des champs. Photos : Gracieuseté Greentronics

Basé sur un système d’identification semblable au RFID (radiofréquences), le suivi des chargements de la récolte à l’entreposage en vrac est automatique. Installées sur le convoyeur qui emplit le camion, des cellules de charge saisissent le poids des légumes. Le système prend également en considération un facteur d’impuretés (pierres, sable, poussière) au chargement. Les convoyeurs roulent en continu et chargent dans les camions. Pendant que la récolteuse procède à l’arrachage, un émetteur « scanne » le véhicule et un capteur sur la boîte cumule les données et les envoie par transpondeur (appareil qui transmet un message prédéterminé) à l’ordinateur de GreenTronics qui les intègre à leur algorithme, les interprète et génère des cartes couleur des champs.

Au fur et à mesure que la récolteuse passe au-dessus des capteurs du convoyeur, on connaît le poids du lot cueilli et on identifie le camion. Combinées aux données d’un récepteur GPS, ces informations génèrent des cartes de rendement complètes en direct lors de la récolte au moyen du moniteur John Deere 2630, 4600 ou 4640. Ces données peuvent être visionnées en ligne via la plateforme gratuite du manufacturier, soit le Centre des opérations de MyJohnDeere.

Du champ à l’entrepôt

Par ailleurs, en raison des préoccupations récentes pour la sécurité alimentaire, on a mis en place de nouvelles réglementations liées à la traçabilité des cultures. La pomme de terre n’y échappe pas. « Une grande partie de la tenue de registres requise prend de plus en plus de temps et n’ajoute bien souvent pas de valeur réelle à l’entreprise, reconnaît M. Boivin. En automatisant ces tâches et en enregistrant avec précision les données pour les dates, heures et lieux de récolte et où chaque chargement est situé dans les ­stockages, le système RiteTrace offre une méthode claire et simple pour relier les produits stockés en entrepôt à des emplacements dans les champs. »

L’entreposage s’effectue majoritairement en vrac et il devient très difficile de suivre à la trace le légume dans ces conditions. À partir du scan du camion dans la zone de déchargement, le suivi est fait jusqu’au convoyeur empileur dans l’entrepôt, qui est muni de capteurs ­enregistrant la position précise du chargement. Les piles peuvent avoir jusqu’à 15 pieds de haut en plus d’une longueur et d’une largeur très variables d’un bâtiment à l’autre.

On a une vue en trois dimensions une fois les données modélisées sur le portail de GreenTronics. Au conditionnement, on peut ainsi retracer la charge et sa position dans le champ pour chaque emballage. Ce volume peut être rattaché à une zone ou à une parcelle précise et avec le géopositionnement, on peut rapidement identifier la variété de pommes de terre, connaître les conditions de récolte au champ ou encore savoir s’il y avait d’autres problèmes afin d’isoler ce lot particulier.

Carottes et betteraves aussi

Testée avec succès sur la pomme de terre depuis quelques années, la technologie s’applique à plusieurs légumes racines. Les producteurs de carottes, betteraves et rutabaga, notamment, pourraient trouver leur compte à l’utilisation de ces dispositifs électroniques. « À partir du moment où la récolteuse dispose d’un convoyeur manutentionnant la récolte, on est capable en théorie de mesurer le poids et donc, un rendement, ou encore d’intégrer un système de pesage en continu abordable sur presque n’importe quelle machine avec une bande transporteuse », ajoute ­M. ­Boivin. 

La technologie GreenTronics permet d’assurer la traçabilité du champ à l’entrepôt.

La technologie GreenTronics permet d’assurer la traçabilité du champ à l’entrepôt.

Au Québec

La Ferme Roger Cantin, de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, est le premier ­producteur à utiliser ces technologies en sol québécois. « L’outil nous permet d’optimiser la qualité et le rendement de nos terres, constate Stéphane Cantin. On peut savoir par exemple pourquoi les légumes récoltés dans les bouts de champ [trous d’eau] ou les buttes de sable où on vire avec la machinerie et dont la qualité n’était pas optimale causaient des problèmes en entrepôt. »

De plus, en hiver, le lecteur de température à la récolte et à la station de déchargement ­permet de ­vérifier si un lot a des blessures (ouvertures à la maladie) ou encore si l’on a récolté les patates lorsqu’elles étaient trop froides. Au Québec, cette vivace par ses        tubercules appartenant à la famille des solanacées occupe une ­superficie d’un peu plus de 20 000 hectares.

Victime du plus grand nombre de maladies et de ­ravageurs causant des dégâts importants aux cultures, la filière possède désormais une technologie peu coûteuse pour s’attaquer à ces problèmes. « Le producteur et son conseiller agronomique peuvent maintenant superposer des cartes de type de sol, de pH ou autre avec des cartes de rendement comme ils peuvent déjà le faire dans les grandes cultures. D’avoir des données plus complètes et de meilleure qualité sont les bases pour permettre des décisions plus éclairées ayant pour but l’amélioration de la ­productivité », conclut Patrick Boivin.

Roger Riendeau, collaboration spéciale