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Le futur tracteur autonome sarcleur coûtera environ 500 000 $ à produire.

Le futur tracteur autonome sarcleur coûtera environ 500 000 $ à produire.

Un tracteur électrique et intelligent

SAINT-JÉRÔME — Jean-Marc Pittet entend révolutionner ­l’industrie agricole comme l’a fait la mécanisation de la machinerie au début du 20e siècle.

Depuis janvier 2018, l’homme de 64 ans travaille conjointement avec l’Institut du véhicule innovant (IVI) sur un robot propulsé par l’énergie électrique et doté d’une intelligence artificielle qui le rend apte à désherber les champs et à analyser la santé des sols. « L’arrivée des tracteurs et des trayeuses a permis d’améliorer la vie des producteurs en libérant leurs bras. Demain, c’est l’intelligence artificielle qui aura le même impact », prédit-il.

Jean-Marc Pittet prévoit construire ses premiers tracteurs électriques et autonomes en 2020. Crédit photo : Bernard Lepage

Jean-Marc Pittet prévoit construire ses premiers tracteurs électriques et autonomes en 2020. Crédit photo : Bernard Lepage

Propriétaire d’une Tesla et de l’entreprise Elmec, qui œuvre dans la fabrication de bornes de recharge, Jean-Marc Pittet en connaît déjà beaucoup sur les véhicules électriques et autonomes. « Mais au départ, je suis un agriculteur », précise celui qui est arrivé à Saint-Tite, en Mauricie, avec son frère Alphonse et ses parents au début des années 1980. « Sarcler d’immenses champs de betteraves à s’en étourdir, je faisais ça quand j’étais jeune en Suisse. Une job de débile ­mental », mentionne-t-il en souriant.

Si tout va bien, la première version du robot sera prête à l’été 2019 pour des expériences directement dans les champs.

Propulsé par quatre moteurs-roues électriques qui seront alignés dans les rangs de cultures, le véhicule sera équipé de caméras 3D capables de différencier une mauvaise herbe d’un plant de salade et de contourner les obstacles. Préalablement, le tracteur intelligent aura intégré une cartographie GPS du champ à sarcler. D’une dimension de 10 pi de long sur 6 pi de large et d’un poids de 2 tonnes, le robot aura une puissance mécanique de 30 ch.

« Nous avons organisé des groupes de discussion en compagnie d’une trentaine de producteurs avec le Centre ­d’innovation sociale en agriculture (CISA) de Victoriaville, explique Marc-Antoine Legault, l’ingénieur responsable du projet à l’IVI. Il nous fallait comprendre leur réalité, savoir ce que ça veut dire de ne pas pouvoir aller au champ parce que le sol est trop humide. »

Une flotte de robots à louer

En raison du fait que l’industrie agricole est elle aussi aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre et que les fenêtres de temps sont de plus en plus réduites pour accomplir certaines tâches, les tracteurs sont de plus en plus gros. « Ça amène d’autres problématiques, note Marc-­Antoine Legault, comme la compaction des sols et des investissements de plus en plus importants pour s’équiper. »

Le tracteur électrique autonome devient la solution à ces enjeux, selon Jean-Marc Pittet, qui entend commercialiser son produit en le louant plutôt que de vendre le nouvel engin. Ainsi, dans son plan d’affaires, il offrirait ses services aux agriculteurs en transportant sur un fardier une flotte de six véhicules jusque dans leur champ. « À 30 ch chacun, c’est comme un tracteur de 200 ch, mais le travail est fait six fois plus rapidement », explique Marc-­Antoine Legault. Le fardier transportera également un système de batteries emmagasinant de 1 à 2 mégawatts d’énergie et qui servira à recharger les robots directement sur place. « Il y aura toujours une personne pour superviser le travail », précise Jean-Marc Pittet.

L’ex-agriculteur prévoit que son produit suscitera l’intérêt des producteurs maraîchers biologiques. « Dans la culture traditionnelle, ils vont continuer à utiliser le Roundup pour éliminer les mauvaises herbes, car c’est encore plus économique, mais dans le bio, les coûts de sarclage sont relativement élevés et la main-d’œuvre, difficile à trouver. Étant donné que le gouvernement entend doubler la superficie des cultures biologiques au Québec, le marché est là. » 

Bernard Lepage, collaboration spéciale