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Photos : Roger Riendeau

Photos : Roger Riendeau

Solutions mur à mur pour des silos en mauvaise posture

À l’exception d’un effondrement, la plupart des silos-tours mal-en-point peuvent être réparés ou restaurés. Même si l’on ne peut négliger les contraintes mécaniques exercées sur les parois de la structure par la masse d’aliments présente à l’intérieur (l’effet de gravité), les intempéries ou le passage du temps pour expliquer la dégradation, c’est plutôt la teneur en humidité du fourrage qui s’avère, la plupart du temps, être le principal coupable.

Le liquide de fermentation demeure le traumatisme le plus courant pour le fermier dans la détérioration de ces ouvrages en hauteur. Dernier maillon de la chaîne de récolte, ces ­gigantesques garde-manger subissent trop souvent les effets en cascades des nombreuses opérations au champ qui aboutissent toutes au même endroit. L’état des végétaux à entreposer aura une influence déterminante sur la qualité des fourrages une fois stockés et conséquemment sur la condition du bâtiment lui-même.

Fondations érodées, inclinaison, béton assailli, métal rongé : ces anomalies peuvent conduire à des bris ­structuraux. Quel que soit l’état de la charpente, il existe généralement une solution pour remettre sur pied un silo abîmé. Toutefois, ces opérations plus ou moins délicates requièrent le plus souvent l’expertise du fabricant ou de firmes spécialisées.

En béton coulé sur place ou en douves, les acides d’ensilage s’attaquent aux parois internes. Ces liqueurs corrosives affaiblissent et endommagent les ­éléments métalliques, dont les frettes (anneaux entourant le silo), l’acier d’armature et les ferrures.

La détérioration s’opère plus ou moins rapidement suivant les dimensions du bâtiment, la teneur en matières sèches des denrées ensilées ainsi que le degré de protection du matériel. De plus, la compaction provoquée par le tassement du matériau exerce une influence majeure en particulier dans le bas de l’ouvrage.

Ressusciter les structures

Pendant que des propriétaires s’affairent à redonner une seconde vie à leur silo en mauvais état, ailleurs, on démonte et reconstruit de nouveaux silos à partir de structures « debout ».

« On déboulonne pièce par pièce des ­silos bleus usagés dans l’Ouest canadien, raconte Jean-Marc Lambert, président de Silo J.M. Lambert. On les nettoie, les rapporte et les monte ici; on est spécialisé dans le reconditionnement. Du côté américain, ce sont eux qui défont les silos pour nous et nous les envoient par camion. »

Sur les 200 grandes feuilles, seule une dizaine ne sont pas réutilisables parce que « poquées » ou abîmées. On les ­nettoie et les frotte à la laine d’acier sur les deux côtés afin de les rajeunir.

« Si l’on fait le moindrement attention, ça n’a presque pas de fin de vie, estime le président de Silo J.M. Lambert. La vitre fondue sur l’acier protège contre le jus d’ensilage. À Plessisville, dans le Centre-du-Québec, nous avons un silo bleu édifié en 1952 et rénové en 1968 qui est toujours en fonction. »

Quant au silo de blocs de béton pressés, on peut également le récupérer si abîmé. Après plusieurs années, il est possible de le déconstruire et le déménager tout en changeant les pièces brisées. Le silo doit être démonté tuile par tuile et transporté au nouvel endroit de construction. La structure peut être érigée rapidement. Au Québec, plus de la moitié de ces bâtiments proviennent du déménagement d’anciens silos. Leur durée de vie s’échelonne sur plus de 50 ans.

Un projet coulé dans le béton

Les parois endommagées du silo en mortier coulé peuvent être restaurées par la technique de béton projeté. L’opération consiste à laver la surface à haute pression et à projeter du béton sur la partie désagrégée. En plus de la résistance supérieure au cycle gel-dégel, cette méthode offre une meilleure endurance au lessivage, une excellente adhésion et une faible perméabilité.

« Le procédé de béton projeté produit un béton plus dense, homogène et imperméable que tout autre type de béton, diminuant ainsi grandement son taux d’absorption et le rendant moins vulnérable aux attaques de l’acide d’ensilage », estime Michel Lagacé, directeur général de Silo Supérieur.

Des silos d’« aplomb »

Les silos à céréales en acier galvanisé peuvent accueillir entre 250 et 2000 tonnes de grains. À moins de bris, ces réservoirs métalliques requièrent peu d’entretien. La corrosion constitue généralement le problème le plus fréquent.

En dépit de leur fabrication de plus en plus robuste, s’ils reposent sur un sol instable, leur équilibre n’est pas assuré. L’affaissement peut être graduel (écarts de température, sécheresse, pluies abondantes, nappe phréatique surélevée, etc.) ou spontané comme lors du remplissage. Une approche durable consiste en la pose de pieux de fondation ancrés sur l’assise et aptes à solidifier la semelle.

Par ailleurs, selon l’utilisation, les feuilles peuvent être changées. On peut également démonter entièrement cet actif et l’installer sur une autre exploitation.

En milieu rural, si on a le sens de la protection des ressources, les silos en font partie et rares sont ceux qui se font détruire sans qu’on ait évalué au préalable les possibilités de « survie » ou de réfection.

Roger Riendeau, collaboration spéciale