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Nuits blanches dans les champs

Devant l’ampleur de la tâche que représente la récolte automnale, le travail de nuit s’avère un incontournable pour certains producteurs et forfaitaires. Lorsque le soleil se couche, deux mots d’ordre sont de rigueur : organisation et sécurité.

Fin d’après-midi d’automne à Henryville. Pendant que la brunante et le temps frais s’installent dans les champs de maïs, seul le vrombissement de la batteuse de Réal St-Denis perce le silence qui règne sur la petite municipalité de la Montérégie. Bien que la moissonneuse récolte le maïs depuis les premières heures du matin, l’imposante machine est loin d’avoir terminé sa journée de travail.

« On essaie quand même de travailler le plus possible le jour, lance Réal St-Denis, qui effectue du battage à forfait depuis 39 ans. Mais avec tous les champs que j’ai à récolter, je n’ai pas le choix d’en faire la nuit. »

Il explique que la saison 2013 a été très clémente. « Il a fait chaud assez longtemps cette année, soutient-il. Certaines saisons, il faut arrêter de battre vers 22 heures parce que ça gèle. On ne peut pas le faire dans de telles conditions. »

Producteur de grandes cultures à Saint-Alexis, dans Lanaudière, Normand Marsolais effectue lui-même le battage de ses champs. À l’instar de Réal St-Denis, il tente de limiter ses heures de travail la nuit. « C’est plus facile de travailler à la clarté, mais quand les prévisions météo annoncent de la pluie dans les prochains jours, on essaie d’en faire le plus possible, avance-t-il. À quelques reprises, cette année, on a fini nos journées à 23 heures. » Lorsque Normand Marsolais récolte à la noirceur, il s’assure cependant de travailler sur des surfaces qu’il connaît bien. « On choisit les champs faciles d’accès et en bonne condition », ajoute-t-il. Pour sa part, Réal St-Denis redouble de prudence la nuit quand les terrains risquent d’être accidentés. « Quand on connaît des automnes humides, certains bouts de champ s’érodent, stipule-t-il. La nuit, on voit moins bien les dommages de l’érosion, il y a plus de danger de tomber. Il faut rester vigilant. » Le forfaitaire indique aussi qu’il faut parfois ralentir la vitesse de récolte parce que l’humidité du feuillage la nuit provoque des bourrages dans le nez de la moissonneuse.

Des précautions à prendre
Au beau milieu de l’océan de maïs qui se dresse devant sa moissonneuse, Réal St-Denis observe le soleil qui, au loin, se couche derrière le mont St-Grégoire. « C’est ça la grosse différence. Le soir, on ne voit pas la montagne, lance Réal St-Denis. On a beau être bien équipé, on voit moins. » C’est pour cette raison qu’il est important de se doter de codes de sécurité, selon lui. Pour le producteur agricole, la clé pour un travail sécuritaire le soir, c’est de demeurer visible. Les batteuses qui lui appartiennent sont bien éclairées, tout comme les hommes qu’il emploie. « Mes gars de soir portent des casquettes munies d’une lumière, souligne-t-il. Pour ma part, j’ai toujours une lampe de poche sur moi. »
De plus, pour Réal St-Denis, les nouvelles technologies facilitent beaucoup les récoltes nocturnes. « Avec les caméras, on peut plus facilement observer ce qui se passe en arrière, note-t-il. On voit mieux s’il y a vertialun arbre ou un tuyau qui obstrue le chemin de la batteuse quand on recule. »Au beau milieu d’une rangée de maïs, Réal St-Denis se tourne la tête pour regarder si le réservoir de sa batteuse est plein. Il immobilise son véhicule et active les clignotants. « Ah oui! Ça c’est un autre truc qu’on s’est donné, débute-t-il. Lorsqu’on recule, on avertit avec nos clignotants. On a commencé à le faire le soir, mais on le fait aussi le jour maintenant. » Pour éviter les accrochages malencontreux, toutes les voitures doivent être stationnées aux abords des champs lorsque les moissonneuses sont en marche, explique le copropriétaire de la ferme RCR. Les véhicules de l’entreprise sont également munis de triangles réfléchissants afin qu’ils soient bien visibles en déplacement sur les routes.

Une organisation hors pair
Tout en guidant le conducteur de la voiture à grains, Réal St-Denis déplace la vis de déchargement, manœuvre la batteuse et répond aux nombreux appels qu’il reçoit. « Ça prend toute une organisation pour travailler 24 heures sur 24 », s’exclame-t-il. Le producteur, qui possède trois moissonneuses pour remplir ses contrats de battage, engage sept ou huit chauffeurs spécialisés chaque année. La moitié travaille le jour, l’autre, la nuit.

« Le travail de nuit, c’est plus épuisant, allègue-t-il. C’est important de disposer de travailleurs en forme. Il en va de la sécurité de tout le monde. »

Rien n’est laissé au hasard avec Réal St-Denis. À toute heure, un employé veille au grain afin d’aider un chauffeur à déplacer une moissonneuse lorsque son quart de travail est terminé. Cette personne apporte de l’essence dans un réservoir pour pouvoir faire le plein dans la batteuse. « Pendant qu’on remplit le réservoir, on s’affaire à l’entretien de l’appareil, rapporte Réal St-Denis. On change l’huile des chaînes, on vérifie l’état de la transmission, on nettoie les vitres. » L’entreprise engage également un mécanicien à temps complet pendant la période des récoltes afin de pouvoir effectuer des ajustements rapides si nécessaire. « C’est important pour nous que nos moissonneuses soient bien entretenues et que les réparations soient réalisées rapidement pour éviter les interruptions dans notre travail », expose le producteur agricole. En outre, M. St-Denis a développé une méthode de travail qui évite à ses clients de l’attendre pour le début du battage pendant plusieurs heures en cas d’imprévus. « Au lieu d’aviser le client qu’on va arriver à minuit, par exemple, on lui dit qu’on va l’appeler une heure avant notre arrivée, indique-t-il. Comme ça, il peut dormir ou faire autre chose en nous attendant. »

Dans le champ où la moissonneuse a battu du maïs tout l’après-midi, le soleil a fait place à la lune. Réal St-Denis éteint le moteur de son appareil. Après avoir fait le plein d’essence, huilé les chaînes et lavé les vitres, le conducteur et sa monture retourneront à la récolte.

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